Editorial du président
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Publié le 24 Janvier 2012

A la recherche du «gharqad»

 

Le 9 janvier 2012, le grand Mufti de Jérusalem, Muhammad Ahmad Hussein a prononcé lors d’une réunion publique tenue à Jérusalem Est pour commémorer le 47e anniversaire de la fondation du Fatah, un bref discours que le Think Tank « Palestinian Media Watch », auquel il faut rendre hommage, a porté à notre connaissance. Ce discours de trois minutes est à retenir.

Richard Prasquier

Cet épisode est gravissime, mais malheureusement presque banal. Il révèle de la duplicité, je pèse mes mots avec une certaine tristesse, de l’Autorité palestinienne

 

Que dit le Mufti ? Dans une articulation logique qui n’est pas évidente, il explique que la Palestine entière est une révolution et il cite, comme pour le confirmer, un hadith célèbre, celui où il est dit que l’heure de la résurrection ne viendra pas avant que les Musulmans ne tuent les Juifs. Les Juifs se réfugieront derrière les arbres, et les arbres eux-mêmes se mettront à parler, disant : « Musulman, il y a un Juif derrière moi, tue-le ! ». Tous les arbres s’exprimeront ainsi, sauf l’un d’entre eux, le « gharqad », qu’on appelle aussi « l’arbre aux Juifs ». Et c’est pour cela, conclut le Mufti, que les Juifs plantent des « gharqad » autour de leurs habitations…..

 

Je ne connais pas bien la botanique, je ne sais pas quel arbre est le « gharqad », mais je sais où j’ai déjà lu cette déclaration : dans l’article 7 de la charte du Hamas. C’est un article que bien des « spécialistes » du conflit israélo-palestinien refusent de lire avec beaucoup d’obstination : les psychologues ont des explications pour ce déni de réalité. Ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui.

 

Car ici, cet article n’est pas prononcé par un membre du Hamas, mais par le plus haut dignitaire religieux de Cisjordanie, un homme qui a été directement nommé (en 2006) par le Président de l’Autorité Palestinienne, à savoir Mahmoud Abbas. On ne peut pas faire plus officiel.

 

J’ai parfois entendu dire que ce texte est un hadith à l’authenticité douteuse, et donc d’un poids limité. Que non, dit le Mufti : il s’agit d’un « noble » hadith qui a l’imprimatur des commentateurs majeurs, Muslim et Bukhari. Il faut donc le croire, et par conséquent chercher à l’appliquer.

 

Mais quand ? Grande question. Le Mufti, interpellé, se défend, soutenu par le ministre des Affaires religieuses de l’Autorité palestinienne (on n’a pas entendu Mahmoud Abbas réagir) : on l’a mal compris, on a interprété ses mots hors du contexte (en fait il suffit de regarder You Tube….). Non, il ne s’agit pas d’événements (les assassinats de Juifs) qui devraient avoir lieu actuellement, mais seulement dans l’avenir, à l’époque de la résurrection. Bien entendu, au point de vue politique, nous sommes pour la paix, etc. Ouf, les Juifs peuvent respirer, le cours du « gharqad » sur le marché va baisser et mon épouse n’aura pas besoin d’en planter dans le jardin.

 

Au moins pour l’instant, car pour l’avenir, ce serait quand même peut-être plus prudent…

 

Cet épisode est gravissime, mais malheureusement presque banal. Il révèle de la duplicité, je pèse mes mots avec une certaine tristesse, de l’Autorité palestinienne. Muhammad Ahmad Hussein, imam d’Al Aqsa, était considéré comme un modéré quand il fut choisi comme Grand Mufti de Jérusalem : trois mois après sa nomination, il déclarait que les « attentats-suicides » étaient parfaitement acceptables. Qu’est-ce qu’un modéré ?

 

Peut-être le modérateur, justement, de la commémoration où ces paroles furent prononcées est-il aussi un modéré ? Voici les mots par lesquels il appelle le Mufti à la tribune : « Notre guerre contre les descendants des singes et des porcs (devinez de qui il s’agit….) est une guerre de foi et de religion. Longue vie au Fatah ! ».

 

Evidemment, on va nous demander de sourire, hausser les épaules, oublier et exiger que nous réservions notre indignation à la prochaine construction par les Israéliens d’un immeuble à Gilo, car là, c’est vraiment un crime contre l’humanité…Il ne faut pas tenir compte de « paroles verbales ». Nous avions déjà entendu cela dans un autre contexte. La paix, la paix avant tout….La paix sur la base de ce hadith ? De qui se moque-t-on ?

Votre demande a bien été prise en compte.
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