Tribune
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Publié le 15 Mars 2012

Robert Faurisson, portrait d’un négationniste, de Valérie Igounet

Par Marc Knobel

 

Quelle idée saugrenue me direz-vous ? Comment cela, pourquoi faut-il publier un livre (Denoël, mars 2012, 455 pages) sur Robert Faurisson ? Faut-il lui faire ainsi de la publicité ? Eh bien non, ce n’est pas de la publicité, je l’affirme. Ce livre de 448 pages est une merveille, il est aussi le fruit d’un travail immense. 

Valérie Igounet n’a pas dû ménager son temps, sa force et avec une incroyable détermination, un immense courage et un indéniable talent (et pas seulement au niveau de la narration et de l’écriture), elle révèle tout de l’homme, de sa famille, de sa sœur (Yvonne Schleiter), l’alter égo féminin de son ainé (Robert Faurisson), de l’époux de celle-ci et de leurs fils, militants connus du Front national.

A propos du FN justement, elle rappelle comment Jean-Marie Le Pen (l’actuel Président d’honneur du FN, faut-il une fois encore le rappeler ?) fit scandale en proférant ses thèses, ses « dérapages » et la réactivisation récurrente du thème du « complot Juif » qui participent à la logique négationniste frontiste. Car, explique-telle (p.290), à partir de l’été 1989, et ce, pendant plusieurs années, l’antisémitisme est devenu l’un des thèmes réguliers de la propagande politique du FN. Il s’est agit alors de montrer la « domination juive » en France, afin de délégitimer le pouvoir politique en place.

 

Mais revenons au personnage.

 

Dans son livre, Valérie Igounet a retrouvé des camarades de classe de Robert Faurisson. Ce dût être une tâche difficile que de remonter à eux et aux années 1947-48. Elle raconte (p.44) ce que Charles Malamoud, qui fut en en Khâgne avec lui, dit de lui : Déjà à cette époque, Faurisson était un véritablement fasciste. Il faisait l’apologie de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie - un discours marginal, trois ans après la fin de la guerre, tenu par une extrême droite discréditée. Et, dès ces années, rapporte-t-elle, Faurisson montra indéniablement les signes attestant de sa haine des Juifs (p.45). Plus tard, Faurisson enseigna à Vichy. A plusieurs reprises, des élèves se sont trouvés mal à cause de l’atmosphère pénible et anxiogène de ses cours (p.56). Entre 1958 et 1963, il a reçu des mises en garde écrites mettant en cause son attitude, ses propos vis-à-vis de certaines élèves et son comportement envers la direction. Des témoignages de ses anciennes élèves ont corroboré ces informations et au fil du temps, les élèves ont de moins en moins supporté les excès de cet enseignant. Une élève (Line Corre) se rappelle, par exemple, qu’il incitait ses élèves à lire Mein Kampf (p. 62).

 

C’est à peu près à cette période que Faurisson a entendu parler de Paul Rassinier et qu’il a entrepris la lecture du « Mensonge d’Ulysse ». A partir de ce moment, « l’idée que les chambres à gaz nazies n’avaient peut-être pas existé à cheminé dans mon esprit », se remémore Faurisson (p.67). Au début des années 60, le thème des chambres à gaz s’est donc imposé à Faurisson, c’est le glissement vers la négation historique, si parfaitement montré par Valérie Igounet. L’historienne rapporte aussi comment et pourquoi Robert Faurisson est littéralement passionné par Luis-Ferdinand Céline qu’il tient pour le « plus grand de nos stylistes et le plus fin connaisseur des ressources de notre langue » (p. 135).

 

Dans les années 70, à l’Université de Lyon où il a enseigné, ses rapports avec son entourage professionnel étaient pour ainsi dire inexistants. Ses collègues évitaient cet homme. Serge Gaubert parle d’une « espèce de folie » qui s’emparait de lui, raconte Valérie Igounet (p.159). Faurisson est devenu de plus en plus controversé, que ce soit sur sa manière d’appréhender la littérature, sur son comportement ou sur la nature de ses « recherches historiques ». En octobre 1978, la publication par l’Express d’une interview de l’antisémite Louis Darquier de Pellepoix, ancien Commissaire général aux questions juives (CGQJ), sous Vichy, a permis à Faurisson de rebondir. Celui-ci a alors décidé de se mettre en scène et dès ses premières apparitions sur la scène médiatique, il s’est attiré de nouveaux adeptes qui provennaient d’une ultra-gauche en mal d’idéologie ou en phase de reconstruction (p.208). Valérie Igounet s’intéresse plus particulièrement à Pierre Guillaume et à la Vieille taupe, qu’elle décrit avec minutie (pp. 236 et suivantes). Finalement, le quotidien Le Monde a décidé de publier un texte de Faurisson, le 29 décembre 1978, auquel l’historien Georges Wellers a répondu (Wellers fut arrêté en décembre 1941, par la Gestapo, arrêté à Auschwitz et libéré à Buchenwald en avril 45). Par la suite a eu lieu la fameuse interview de Faurisson sur les ondes d’Europe 1, à une heure de grande écoute, en décembre 1980 (p. 249).

 

Dans ce livre, Valérie Igounet démontre bel et bien que Robert Faurisson est d’extrême droite, depuis au moins, la guerre d’Algérie ; elle démontre qu’il est antisémite, il baigne totalement dans l’antisémitisme. Par ailleurs, Robert Faurisson est un falsificateur de l’histoire, car ses méthodes de lecture, d’interprétation de documents historiques sont aux antipodes de la méthode scientifique, précise l’historienne. Enfin, particulièrement imbus de lui-même, il est un provocateur né. Parce que la littérature ne pouvait lui offrir cette « stature », parce qu’il est en mal de reconnaissance, Robert Faurisson est prêt à tout.

 

Prêt à tout ? Oui. Exemple : Faurisson s’identifie aujourd’hui au peuple palestinien et comme eux, il se dit victime d’un système « oppressif » (p.349) et des « arrogances » d’un peuple (comprendre le peuple juif). Mais, c’est surtout avec Mahmoud Ahmadinejad - « un nom qui restera dans l’histoire » selon lui - qu’il obtient une forme de reconnaissance. Ahmadinejad s’inscrit dans une stratégie : accréditer et utiliser le négationnisme dans sa propagande politique afin de démontrer la réalité du pouvoir « judéo-sioniste », et ce, en bravant l’« opinion mondiale » (p.359). 

 

Au-delà, c’est toute la galaxie négationniste que Valérie Igounet présente et décortique avec talent : elle parle longuement, par exemple, de Dieudonné M’Bala M’Bala qui offrit ses lettres de noblesse à Faurisson, sur la scène du Zénith (le 26 décembre 2008). Devant une salle surexcitée, Faurisson faisait le mariole. Dans la salle, raconte Valérie Igounet (p.368), on annonçait la présence de Jean-Marie Le Pen et de sa fille Marie-Caroline, de Dominique Joly, un conseiller régional FN élu sur une liste menée par Marine Le Pen, de l’essayiste de la nouvelle droite Alain de Benoist, de Frédéric Chatillon qui est proche du FN et du … général Moustapha Tlass, ancien ministre syrien de la Défense et actuellement grand maître des services secrets de Bachar el Assad. Valérie Igounet parle aussi du pitoyable Paul-Eric Blanrue dont elle dit qu’il s’est convertir à l’Islam (p.380). Indéniablement, explique-t-elle, il existe une véritable connivence entre Robert Faurisson et Blanrue (p.398). Aujourd’hui, le réalisateur d’un film d’1h32 mn sur Faurisson (Blanrue) s’impose comme son digne successeur.

 

En définitive, le travail titanesque de Valérie Igounet mérite notre reconnaissance. Il était temps que l’on parle et que l’on dissèque tous ces gens, qu’on montre qui ils sont vraiment, les ressorts multiples qui animent ce conglomérat de négationnistes d’ultragauche et/ou d’extrême droite. Les uns et les autres sont mus par la haine et font du mensonge leur fond de commerce. 

 

Alors, je me rappelle comme cela, de mon ancien maître, Georges Wellers. Un jour que je travaillais chez lui et avec lui, il me parla de Robert Faurisson. Il me fit part de son dégoût et de son mépris. Je lisais dans ses yeux la colère de l’ancien déporté. Cette colère, je l’ai faite mienne. Nous devons tous la faire notre. Peut-il en être autrement ?

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