Editorial du président
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Publié le 3 Avril 2013

L'agression d'Aubagne: une fausse nouvelle

 

Dans une revue de presse publiée le vendredi 29 mars 2013, la Newsletter du CRIF signalait que le cinéaste israélien Yariv Horowitz, en lice au Festival international du film d’Aubagne, pour son long métrage « Rock the Casbah » avait été « agressé et battu pas un groupe d’individus » qui l’avaient « projeté à terre et lui avaient donné des coups de pieds ».

 

L’information, qui avait été reprise de plusieurs autres journaux israéliens, avait été publiée d’abord le 28 mars 2013 par la journaliste Nirit Anderman dans le journal Haaretz. L’interview du cinéaste a donc eu lieu une semaine après les faits, après le retour de Yariv Horowitz en Israël : elle était motivée par le fait que son film avait gagné un prix au festival.

 

Le titre de l’article du Haaretz était sans équivoque : « un cinéaste israélien frappé par des jeunes Arabes en France ». Dans son interview, Horowitz indiquait qu’en se promenant le soir avec l’auteur de la musique de son film, ils avaient été insultés par un groupe de jeunes, auxquels il avait répondu, puis qu’il avait reçu un coup à la tête et qu’il avait brièvement perdu connaissance. Dans l’article, la journaliste écrit que Horowitz a indiqué que les agresseurs étaient à l’évidence arabes et qu’ils étaient ivres. À noter que les insultes que rapportait le cinéaste n’avaient pas de connotation antisémite ou anti-israélienne.

 

Le CRIF a rapporté l’information sur la foi des articles de la presse israélienne, sans écrire qu’il s’agissait d’une agression antisémite, ni mentionner le fait que les agresseurs étaient « arabes ». Nous n’aurions certainement pas dû employer le terme de « lynché », même s’il avait été utilisé ailleurs auparavant.

 

Mais, surtout, nous n’aurions rien dû écrire du tout, car l’information était fausse…

 

Il s’est agi, d’après des témoignages concordants, d’une altercation entre jeunes se promenant le soir dans la rue: œillades, insultes, colère, suivie d’un coup violent, mais heureusement sans gravité. Il n’y a pas eu de dépôt de plainte ; Horowitz, en pleine forme, n’a fait le surlendemain aucune allusion à l’incident lorsqu’il a reçu son prix, et ce n’est qu’après son retour en Israël qu’une polémique fut lancée.

 

Elle pose quelques questions qui ne sont pas insignifiantes : est-ce que le cinéaste a vraiment dit ce qu’on a écrit qu’il avait dit ? Est-ce que les journaux (Haaretz en particulier) n’auraient pas dû vérifier un témoignage fondé sur de simples impressions personnelles avant de le publier ? Enfin est-ce que ce témoignage n’a pas reçu cette publicité justement parce qu’il conforte ce sentiment diffus en Israël que l’antisémitisme sévit partout en France et qu’un Juif court des risques dès qu’il marche dans la rue ?

 

 Si oui, c’est un cas typique de ce que les Américains appellent « self-fulfilling prophecy »  (anticipation auto-réalisatrice) car ces fausses nouvelles ne peuvent que générer de l’antisémitisme en retour.

 

M. Horowitz aura peut-être l’occasion de présenter ses excuses, ou au moins ses explications, en venant à Paris au Festival du film israélien. Nous le lui conseillons. En ce qui nous concerne, nous présentons ici les nôtres aux lecteurs de la Newsletter du CRIF.

 

Richard Prasquier

Président du CRIF

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