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Publié le 22 Décembre 2020

Interview Crif - "L’antisémitisme contemporain peut désormais revêtir l’apparence de l’antisionisme", Sylvain Maillard

Ce weekend, April Benayoum, une jeune femme, française, candidate au titre de Miss France, a été la cible de propos antisémites en raison de ses origines israéliennes sur les réseaux sociaux. Le député Sylvain Maillard a porté le projet de résolution approuvant la définition de l'antisémitisme utilisée par l’IHRA, grâce à laquelle l'antisionisme est reconnu comme une forme d'antisémitisme. Entretien.

Elu Député en 2017, vous êtes président du groupe d’études sur l’antisémitisme et vice-président du groupe d’amitié France-Israël à l'Assemblée nationale.

Le 3 décembre 2019, vous faisiez voter la résolution approuvant la définition de l'antisémitisme utilisée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), donnant une définition large de l'antisémitisme et permettant notamment de reconnaître l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme.

A l'époque vous avez dû faire face à l'opposition de certains de vos adversaires politiques, mais aussi de certains de vos amis. Vous avez tenu bon. Depuis, cette définition a également été approuvée par de nombreux états et organisations.

Ce weekend, April Benayoum, une jeune femme, française, candidate au titre de Miss France, se faisait lyncher sur les réseaux sociaux après avoir déclaré que son père était israélien. 

Le Crif : Pourquoi votre combat pour une définition large de l'antisémitisme était-il important ? Pensez-vous que les choses ont évolué depuis en France, qu'il est entendu que l'antisionisme ou la haine d'Israel est une forme d'antisémitisme ; et que reste-t'il à faire ?  

Sylvain Maillard : Le triste épisode auquel nous avons assisté durant le concours de Miss France, au cours duquel April Benayoum, du fait de ses origines, a été prises à partie de façon intolérable sur les réseaux sociaux, est malheureusement une preuve supplémentaire que la lutte contre l’antisémitisme est un combat actuel et de tous les instants. On assiste d’ailleurs a une augmentation régulière des actes antisémites, qui ont augmenté de 27% en 2019 après une hausse de 74% en 2018…

Tout cela démontre la nécessité de mieux définir ce qu’est l’antisémitisme contemporain et comprendre que celui-ci peut désormais revêtir l’apparence de l’antisionisme.

Il est ainsi important d’ouvrir les yeux sur la différence fondamentale qui existe entre la critique argumentée et raisonnée d’une politique avec laquelle l’on a le droit d’être en désaccord, et une haine irréfléchie et néfaste envers un pays du fait de sa seule existence. Car Israël est l’un des rares pays auquel on nie la légitimité même d’exister ; imaginez que l’on dise cela de l’Albanie, de la Tunisie ou Koweït…ce serait intolérable.

Je pense que sur ce point, cette définition peut permettre d’ouvrir les yeux sur l’antisémitisme qui peut apparaître dans des positions antisionistes.

Sur ce qui reste à faire depuis le vote de l’année dernière, je crois qu’il conviendrait que la définition de l’IHRA qui est le cœur de la résolution que je portais à l’Assemblée nationale, soit d’avantage utilisée par notre système éducatif afin d’informer sur les différents visages de l’antisémitisme. Comme l’a souligné le chef de l’État dans son discours devant le Crif en février 2019, cette définition a pour but de raffermir les pratiques de nos forces de l’ordre, de nos magistrats, de nos enseignants, afin qu’ils puissent mieux lutter contre ceux qui cachent derrière le rejet d’Israël la négation même de l’existence d’Israël.

En parallèle de ce travail de pédagogie, il convient également de sanctionner plus efficacement les commentaires haineux qui peuvent survenir, notamment sur les réseaux sociaux. Je salue à cet égard le travail mené depuis longtemps par ma collègue Laetitia Avia sur la haine en ligne et les nombreuses initiatives prises à ce sujet par le Garde des Sceaux, Eric Dupont-Moretti, que l’on retrouve dans le projet de loi confortant le respect des principes de la République et qui sera débattu en début d’année prochaine à l’Assemblée nationale. Je prendrai d’ailleurs toute ma part dans le débat autour de ce texte car je considère qu’il peut être une étape importante afin de faire reculer la haine qui sapent les principes d’égalité et de fraternité qui sont le socle de notre République.  

 Il reste donc beaucoup à faire, mais nous sommes nombreux, parmi les élus, à mener ce combat.

 

Le Crif : Depuis quatre mois, à l'initiative du Président américain Trump, Israël a signé des traités de normalisation diplomatiques et économiques avec quatre pays arabes et un pays du Sud Est asiatique. Pendant ce temps certains continuent à s'acharner sur Israël – et sur les Juifs – plutôt que de reconnaitre ces évolutions positives. En France, tant sur un plan politique et diplomatique que médiatique, ces événements sont restés très discrets. Pourtant les choses sont en train de bouger. Pensez-vous que la France pourrait jouer un rôle plus important au Moyen-Orient ?

Sylvain Maillard : Je pense que la France a traditionnellement un rôle à jouer en Orient, du fait de son histoire bien sûr, qui la lie à certains des pays qui bordent ce pan de la Méditerranée, mais aussi du fait des principes qu’elle porte et qui résonnent encore intensément dans cette partie du monde, comme l’ont rappelé les révolutions arabes de 2011. Principes qu’Israël, en tant qu’unique démocratie de la région, a longtemps été seul à promouvoir. 

Le Président de la République a d’ailleurs souvent été source de propositions, depuis son élection, afin d’enclencher le dialogue sur les sujets qui agitent le Moyen-Orient. Il suffit de penser à son apport décisif dans la crise politique traversée par le Liban ou encore au sujet des tensions frontalières survenues en Méditerranée orientale.

Il est cependant important de comprendre qu’un seul pays, aussi puissant soit-il, ne peut pas résoudre seul les nombreuses problématiques qui agitent cette région du monde. C’est pour cela que la France a toujours fait le choix du dialogue avec des pays aussi divers que l’Égypte, l’Arabie Saoudite ou l’Irak. C’est aussi dans le but d’une solution pérenne qu’elle a, depuis toujours, promu le dialogue entre Israéliens et Palestiniens.

Cependant, comment ne pas se réjouir de l’initiative américaine et de l’ambition de paix qui existe dans cette région depuis quelques semaines. La normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays arabes est un pas supplémentaire pour d’avantage de sécurité au Proche et Moyen-Orient.

 

Propos recueillis par Robert Ejnes, Directeur exécutif du Crif

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