Lu dans la presse
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Publié le 18 Juillet 2012

17 juillet 1942 : qui se souvient des juifs de Kerfaouët ?

A Saint-Nazaire il y a 70 ans, près de 70 juifs étaient raflés avec l'aide de la police, regroupés et déportés. Un groupe de Nazairiens veut exhumer cet épisode et lance un appel à témoins. 

L'initiative

 

A la place des actuels HLM de Kerfaouët, au bout de la rue Marcel-Sembat et non loin de la plage de Villès, était autrefois une demeure bourgeoise entourée d'un magnifique parc arboré. Les Nazairiens de longue date se souviennent encore de la grille qui en marquait l'entrée, et qui ne fut abattue que lors de la construction des logements. Peu en revanche se rappellent l'événement tragique de la Seconde Guerre mondiale dont elle fut le théâtre.

 

A Auschwitz, via Drancy

 

C'est dans cette villa en effet, à l'époque propriété d'une famille anglaise, que furent regroupés, jusqu'au 17 juillet 1942, les juifs arrêtés la veille et l'avant-veille par la police française d'alors, sur ordre des autorités allemandes d'occupation. De là, ils furent transférés par la Werhmacht à Angers puis déportés, à Auschwitz notamment, sans doute via Drancy.

 

« Tous raflés »

 

Combien étaient-ils ? La liste archivée au Mémorial de la Shoah contient 65 noms. « Ils étaient environ 70. Certains avaient été arrêtés avant, d'autres après. Tous, à en croire le sous-préfet en fonction durant des jours-là, furent raflés par la police française, sur la demande des autorités d'occupation allemande », avance l'ex-avocat Charles-Henri de Choiseul Praslin qui s'est penché sur leur histoire un peu par hasard : « Nous avions trouvé des éléments importants en travaillant sur un documentaire sur la base sous-marine de Saint-Nazaire ».

 

« Ne pas les tuer une seconde fois »

 

Avec deux autres Nazairiens, Renée Cadilhon et Yves Ryo, il a donc entrepris de faire toute la lumière sur ce douloureux épisode. Car s'il est connu des historiens, il l'est moins du grand public, plus familier d'autres faits de guerre tout aussi dramatiques, mais plus officiellement commémorés : la tragédie du Lancastria, l'opération Chariot, le massacre des Apprentis.

 

Pourquoi ce relatif oubli ? Existe-t-il un « tabou » plus ou moins conscient ? « Nous estimons [...] indispensable de faire connaître largement cette histoire pour ne pas tuer une seconde fois ces victimes par notre indifférence », écrit en tout cas le petit groupe dans un courrier au maire, dans lequel il sollicite une aide pour faire poser une plaque commémorative.

 

Appel à témoins

 

Leurs recherches ont rejoint celle de Sarah Francis, une écrivain britannique vivant à Saint-Marc, qui travaille depuis deux ans sur les déportés juifs baulois. L'inauguration d'une plaque commémorative en mai à La Baule lui doit beaucoup. Tous lancent aujourd'hui un appel à témoin : « Comment se déroula à Saint-Nazaire cette opération « Vent printanier », comme l'ont appelée le régime nazi puis, à sa suite et avec quel empressement, celui de Vichy, et qui ne se limita donc pas à la rafle du Vel d'Hiv ? Des témoins que nous avons retrouvés et des documents administratifs le racontent », mais « il y a encore des recherches à faire pour raconter l'histoire dans son entier ».

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