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Publié le 23 Janvier 2020

75 ans - À Jérusalem, 47 dirigeants réunis pour commémorer les 75 ans de la libération d’Auschwitz

Il y a 75 ans, l’Armée rouge libérait Auschwitz-Birkenau. Chefs d’Etat et de gouvernement se réunissent ce jeudi au mémorial de Yad Vashem en mémoire des 6 millions de juifs assassinés par les nazis.

Publié le 23 janvier sur L'Obs

Le 27 janvier 1945, quelques soldats de l’avant-garde de l’Armée rouge, arrivés près de Cracovie, en Pologne, longent les barrières et barbelés qui entourent une immense base. Ils sont sur leur garde, ignorent ce qu’elle abrite. Ils sont devant Auschwitz. Le camp est presque vide. Comme ils le feront partout ailleurs, les Allemands, obsédés par l’idée de ne pas perdre l’armée d’esclaves qu’ils utilisent pour faire tourner leur appareil industriel, ont, quelque temps auparavant, jeté dans ce que l’on appellera les « marches de la mort » les 60 000 personnes qui y étaient parquées. Seuls 7 000 fantômes, trop faibles pour partir, ou ayant réussi à échapper au chaos du départ, sont là, hâves, squelettiques, pour accueillir les soldats russes qui les libèrent. En cinq années, 1,1 million d’hommes, de femmes, d’enfants, parmi lesquels 960 000 juifs, ont été assassinés dans ce camp.

Ce 23 janvier, avec quelques jours d’avance sur la date anniversaire, une énorme délégation formée de 47 dirigeants du monde était présente à Yad Vashem, le mémorial israélien construit (en 1953), en mémoire des 6 millions de juifs assassinés lors de la Shoah, pour rendre hommage à tous les morts et réfléchir aux moyens de lutter contre l’antisémitisme. Parmi eux 26 présidents dont le français Emmanuel Macron, le russe Vladimir Poutine ou l’allemand Walter Steinmeier ; le vice-président américain Mike Pence et Jared Kushner, gendre de Trump et conseiller de celui-ci sur le dossier proche-oriental ; quelques éminents Premiers ministres ; trois rois (Espagne, Belgique et Pays-Bas) un grand-duc (Luxembourg) et le prince Charles d’Angleterre.

Des lieux de souffrance et de mort

Dés mars 1933, quelques semaines après leur arrivée au pouvoir, les nazis avaient ouvert des camps de concentration pour y parquer ceux qu’ils voyaient comme les « ennemis du Reich », les opposants politiques communistes ou socialistes, les « asociaux », les homosexuels, les juifs, les Tziganes. À partir de 1941, quand est mise en œuvre la « solution finale à la question juive », c’est-à-dire la planification de l’extermination de tous les juifs d’Europe (et, parallèlement, des Tziganes) sont ouverts des camps d’extermination, situés majoritairement sur les territoires occupés de l’Est. Tous ces lieux de souffrance et de mort furent libérés, à partir de 1944, au gré de l’avancée des troupes alliés, l’Armée rouge côté est, les Anglo-Américains sur le front ouest. Le premier fut le camp de Majdanek, situé à côté de Lublin : les Soviétiques y arrivèrent en juillet 1944. Le premier côté ouest fut le Struthof, en Alsace, libéré par les Américains en septembre de la même année.

Il fallut encore de longs mois pour parvenir aux grands camps situés au cœur même du Reich. En avril 1945 enfin, les Anglais parviennent ainsi à Bergen-Belsen, ravagé par une épidémie de typhus. Un grand nombre des malheureux qui s’y trouvaient moururent dans les semaines qui suivirent la fin de leur calvaire. Dans ces mêmes semaines, les Américains étaient à Dachau, à côté de Munich, premier camp ouvert douze ans auparavant, puis à Buchenwald, dont les détenus eux-mêmes, organisés en associations de résistance, avaient pris le contrôle quelques heures avant l’arrivée des premières jeeps de l’US Army.

De part et d’autre de l’Europe, les processus qui se mettent en place ne sont pas les mêmes. La plupart du temps, les Américains et les Anglais demandent à des cinéastes, à des photographes de venir faire leur métier pour que la barbarie découverte dans ces lieux soit à jamais gravée dans la mémoire des hommes. Souvent aussi, les généraux forcent les populations allemandes vivant dans les villes voisines à venir voir l’horreur découverte, les fosses, les monceaux de cadavres, les salles de torture, les baraquements infâmes, pour qu’ils voient de leurs yeux ce qui a été commis au nom de leur peuple.

Le 27 janvier, jour de la libération du camp d’Auschwitz

Les Soviétiques sont plus discrets. Pendant longtemps, la libération d’Auschwitz, par exemple, n’aura que peu de place dans l’historiographie soviétique officielle, qui préfère se focaliser sur les victoires militaires de la « glorieuse Armée rouge ». Il arrive aussi que les communistes réouvrent bien vite certains camps pour y placer leurs opposants. Ainsi Buchenwald, après avoir été libéré par les Américains, est donné aux Soviétiques car l’endroit se trouve dans la zone d’occupation qui leur est attribuée : ils le réutilisent partiellement et s’en servent jusqu’au début des années 1950.

Partout, les histoires diffèrent. La trame de cette tragédie est la même. Il fallait, pour ne jamais l’oublier, une date précise. A la suite d’un vote du Conseil de l’Europe de 2002, repris par l’ONU en 2005, il a été décidé que le 27 janvier, jour de la libération du camp d’Auschwitz, serait désormais la « journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’holocauste ». C’est en son honneur que se tient la réunion qui a lieu ce 23 janvier en Israël.

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