Lu dans la presse
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Publié le 17 Octobre 2019

Allemagne - Un gardien de camp nazi devant la justice

À 93 ans, Bruno Dey, qui veillait sur le camp d’extermination du Stutthof, va être jugé à compter de ce jeudi à Hambourg. Au total, 65 000 personnes sont mortes dans le camp de concentration de Stutthof, dont 70 % étaient juifs.

Publié le 17 octobre dans Le Figaro

Une simple fiche de mensuration surmontée du sigle des SS: c’est l’une des dernières pièces conservées dans le dossier de Bruno Dey, gardien du camp d’extermination de Stutthof, et dont le procès pour complicité de meurtres débutera jeudi devant le tribunal de Hambourg. L’homme de 93 ans, qui souffre de troubles cardiaques, n’est pas un ancien officier nazi, mais un ancien «rouage dans la machine de mort», tardivement gagné par le remords, et qui doit sa comparution à un changement de jurisprudence récemment opéré en Allemagne à l’égard des criminels de guerre.

Nul besoin d’avoir occupé un poste élevé dans la hiérarchie nazie ou d’avoir du sang sur les mains pour s’exposer à la justice de son pays. Même les membres des services de sécurité des camps de concentration ont désormais droit à ce traitement. Le procès de Bruno Dey sera probablement l’un des derniers de l’histoire, 23 autres affaires étant en cours d’instruction dans les parquets allemands. Déjà, début avril, l’audience d’un autre gardien du Stutthof tenue au tribunal de Münster, avait été abandonnée en raison de l’état de santé de l’accusé, âgé de 95 ans.

L’accusé a tout vu et tout entendu

Pour des raisons identiques, l’homme qui se présentera à la barre jeudi ne sera convoqué que pour deux heures, à raison de deux fois par semaine jusqu’à la mi-décembre. Il était âgé de 17 ans lorsqu’il a servi dans ce camp proche de Dantzig du 9 août 1944 au 26 avril 1945, jusqu’à la veille de sa libération par l’armée rouge. 5230 meurtres lui sont imputés par procuration, pour le fait d’avoir empêché des prisonniers de s’enfuir ou, pire, de les avoir escortés jusqu’à la chambre à gaz. Au total, 65 000 personnes sont mortes au Stutthof, dont 70 % étaient juifs. La fonction de Bruno Dey était consubstantielle au bon fonctionnement du camp, rappelle l’historien Stephan Hördler, qui sera cité à Hambourg.

Selon l’acte d’accusation, l’accusé a tout vu et entendu des crimes qui se déroulaient dans son entourage: les hurlements des victimes quelques minutes avant de mourir asphyxiés, les cadavres empilés sur le sol, les fumées des bûchers et les prisonniers expirant parmi leurs excréments. «C’était pire que dans le ghetto, les SS m’ont arraché tous les ongles, il leur a fallu des années pour qu’ils repoussent, et ils m’ont arraché les cheveux», a déjà témoigné Judy Meisel, appelée au rang des parties civiles. Cette survivante dont la mère a été gazée en novembre 1944, raconte avoir vu des gardes frapper des enfants, tête contre le mur.

Bien que la possibilité lui ait été donnée de combattre sur le front de l’Est pour échapper à ces sales corvées, Bruno Dey a préféré continuer à servir au Stutthof. Lors de l’instruction, il s’est dépeint comme étranger à l’idéologie nationale-socialiste, se présentant comme un simple garde ayant exécuté les ordres tête baissée. «Je savais bien que c’était des Juifs qui n’avaient commis aucun crime et qui n’étaient là que parce qu’ils étaient juifs. Et ces derniers ont le même droit de travailler et de vivre que les autres êtres humains», a expié le vieillard lors de ses interrogatoires. Un argumentaire maintes fois entendu lors des procès nazis, comme pour tenter de justifier comment - dans son cas - un boulanger de formation s’est retrouvé plongé dans l’horreur avec un fusil dans les mains.

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