Lu dans la presse
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Publié le 9 Janvier 2018

#Cinema - Claude Lanzmann ou le don des électrochocs

Avec son dernier film, le réalisateur frappe un nouveau grand coup sur les cœurs et les consciences.

Publié le 8 janvier 2018 dans The Jerusalem Post - Edition Française

On aurait pu croire qu’après Shoah, son chef d’œuvre sorti en 1985 qu’il avait mis 12 ans à réaliser, le cinéaste et écrivain Claude Lanzmann ne pourrait plus nous surprendre, ni renouer avec une telle intensité dramatique. Et pourtant. Bien après que les lumières se soient rallumées dans la salle du Quartier latin à Paris où était présenté à la presse Les quatre sœurs, son nouveau film, les spectateurs restaient immobiles dans leurs fauteuils, comme terrassés par ce qu’ils venaient de voir.

Quand l’art devient mission

Les quatre femmes au centre de la dernière œuvre du réalisateur sont pratiquement les seules survivantes de leurs familles. « A chaque fois que je revois le film, je pleure », m’a affirmé Claude Lanzmann. « Je le connais par cœur, et pourtant je ne peux m’empêcher de pleurer. »

Les quatre sœurs est en réalité constitué de quatre longs-métrages distincts. L’un dure une heure et demie et les trois autres environ une heure chacun, ce qui est court selon les standards du réalisateur : Shoah, rappelons-le, s’étend sur neuf heures. Peut-être est-ce justement leur concentration qui confère à ces films leur intensité rare et tragique. Chaque volet est centré sur l’interview menée par Claude Lanzmann, il y a 35 ans, de ces quatre rescapées de la Shoah, qui sans avoir de liens familiaux, présentent des récits tout aussi effroyables. De courts extraits de deux de ces entretiens apparaissaient déjà dans Shoah. Depuis plusieurs années, le cinéaste produit ainsi de nouveaux films en utilisant du matériel initialement destiné à ce long-métrage emblématique. L’avant-dernière de ses réalisations sortie en 2013, Le dernier des injustes, évoquait le rabbin autrichien Benjamin Murmelstein, le seul dirigeant d’un Judenrat (Conseils juif nommé par les nazis) à avoir survécu à la guerre.

«Les quatre sœurs n’est pas du tout marginal par rapport à Shoah, il en est le cœur. C’est ainsi que je le vois. Il ne s’agit pas d’un « à-côté », explique Claude Lanzmann, installé dans son bureau encombré de livres, situé dans son appartement parisien proche du quartier Montparnasse. Si le cinéaste conserve sa carrure et sa voix grave et assurée, il se dit fatigué après une pneumonie qui l’a contraint à rester au lit pendant trois semaines. 

Le film a déjà été programmé dans deux festivals internationaux, mais sa première présentation mondiale au public aura lieu les 23 et 30 janvier sur la chaîne de télévision franco-allemande Arte, avec deux films différents diffusés à chaque date dans les deux pays. Parmi ces femmes qui témoignent, deux parlent hébreu, l’une yiddish et la quatrième, anglais. Toutes sont décédées depuis. Les films sortiront en salles aux Etats-Unis et en Israël en 2018.
« M’exprimer dans le Jerusalem Post me tient particulièrement à cœur », dit Claude Lanzmann. « Car les Israéliens ont souvent un très mauvais rapport à leur propre pays, et je pense que ces films redonnent la fierté et l’orgueil d’être juif, en sachant comment des hommes et des femmes comme Ruth Elias (l’une des intervenantes) se sont battus », explique le réalisateur. 

Claude Lanzmann et un très grand admirateur d’Israël en raison des épreuves auxquelles il est  confronté. « Les guerres, ce sont les Israéliens qui les font, ce sont eux qui meurent dans des batailles terribles – qui valent bien celles de la Seconde Guerre mondiale – contre des armées parfois plus puissantes. Ils savent mieux que personne ce qu’est la Shoah, ce qu’est la guerre », dit le réalisateur, qui  a longtemps suivi Tsahal sur le terrain comme journaliste, après avoir été lui-même un jeune combattant de l’ombre dans les maquis d’Auvergne en France sous Occupation allemande. 

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