Lu dans la presse
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Publié le 9 Juillet 2020

Culture - Les "Étoiles vagabondes" du Yiddishland

Dans un grand roman méconnu, Sholem Aleykhem raconte avec humour la vie d’une troupe de théâtre en yiddish, au début du XXe siècle.

Publié le 9 juillet dans La Croix

Etoiles vagabondes, de Sholem Aleykhem. Traduit du yiddish par Jean Spector. Le Tripode, 618 p., 25 €

En 161 courts chapitres, cette saga de Sholem Aleykhem raconte la vie de bohème d’une troupe de théâtre juif, partie d’une petite ville de Bessarabie (l’actuelle Moldavie) pour arriver jusqu’à New York, au tout début du XXe siècle. Jouant en yiddish, la troupe connaît d’extraordinaires succès et des revers de fortune, passant par Bucarest, Vienne, Lemberg (l’actuelle Lviv, en Ukraine) ou Londres, dans une intrigue pleine de rebondissements et d’humour.

Une galerie de personnages truculents

La petite troupe est riche en personnages truculents, dont un directeur, Hotzmakh, qui se montre particulièrement inventif pour inventer de nouveaux jurons. Elle compte aussi dans ses rangs un jeune premier, Rafalesco, doué, idéaliste et épris de son art, ainsi que la belle Rosa Spivak, chanteuse aux yeux couleur de charbon. En leur compagnie, on parcourt tout le monde juif de cette Europe d’avant la Première Guerre mondiale, au moment où l’élan culturel du yiddish est à son apogée et où les spectateurs se pressent à la porte des théâtres.

Ces Étoiles vagabondes sont d’abord parues en feuilleton dans la presse juive polonaise entre 1909 et 1911. Puis édité sous forme de livre, ce roman picaresque a été traduit en anglais. Grâce aujourd’hui au traducteur Jean Spector, qui a passé plus de dix ans sur la version française, ce grand roman devient enfin accessible aux lecteurs francophones. Son auteur, Sholem Aleykhem, est l’un des écrivains les plus populaires de son temps, et dont on redécouvre aujourd’hui l’importance. Il est de ceux qui ont écrit les premières pages de la littérature en yiddish.

En usage parmi les communautés juives d’Europe centrale, le yiddish était le langage du quotidien, par opposition à l’hébreu utilisé pour la prière. « Sholem Aleykhem et quelques autres ont extrait le yiddish du foyer familial, pour en faire de la littérature », explique Jean Spector. Du fait de la Shoah, le yiddish a ensuite quasiment disparu d’Europe centrale. Mais quelques amoureux de cette langue, comme Jean Spector, s’attachent à faire vivre son riche héritage, dont Sholem Aleykhem est un des maîtres.

Sholem Aleykhem, un écrivain témoin de son temps

Né en Ukraine en 1859, près de Kiev, et mort à New York en 1916, Sholem Aleykhem est l’auteur de nombreux contes, récits satyriques ou pièces de théâtres. On lui doit notamment Tèvié le laitier, qui raconte comment un pauvre juif d’Ukraine a marié ses cinq filles. Ce récit a fourni la trame de la célèbre comédie musicale américaine Un violon sur le toit, créée en 1964. On lui doit aussi les Contes ferroviaires ou Menahem-Mendl le rêveur.

Avec ces Étoiles vagabondes, il révèle une autre facette de son talent. À l’opposé des nouvelles et petits récits, il livre ici un grand roman, foisonnant, œuvre de la maturité qui vient démontrer que cet écrivain a sa place parmi les classiques du roman populaire de la fin du XIXe siècle. Sa verve comique, son sens de l’observation, et sa capacité à faire vivre toute une galerie de personnages ont fait de Sholem Aleykhem un témoin de son temps. Mais il est aussi un grand écrivain dont le propos va au-delà de l’intérêt documentaire, pour faire entendre une musique douce-amère, une ironie qui est la quintessence de ce qu’on nomme parfois l’humour juif.

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