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Publié le 10 Septembre 2019

Dialogue judéo-chrétien - Hommage au cardinal Roger Etchegaray

Le cardinal Roger Etchegaray était un grand artisan du dialogue entre les Juifs et les Chrétiens. Le Président du Crif Francis Kalifat a adressé un courrier au Président de la Conférence des Évêques pour saluer sa mémoire.

Publié en septembre 2019 sur le site de l'AJCF (Amitié Judéo-Chrétienne de France)

Plusieurs médias ont déjà rendu hommage au cardinal Roger Etchegaray qui vient de nous quitter, le 4 septembre dernier. Ils ont amplement - et à juste titre - salué en lui le pasteur, proche de son peuple, que fut l’Archevêque de Marseille (1970-1984), et souligné sa complicité avec Jean-Paul II lorsque ce dernier l’appela à Rome pour lui confier la présidence des Conseils pontificaux ‘’Justice et Paix’’(1984-1998) et ‘’Cor Unum’’ (1984-1995).

Mais, ici, nous voudrions rappeler l’homme chaleureux, à la voix rocailleuse, doué d’une grande facilité de contact, qui accompagna avec fidélité, à temps et à contretemps, le peuple juif. Qu’il nous suffise de renvoyer le lecteur à quelques messages et actes courageux en direction de la communauté juive et du judaïsme.

Au niveau institutionnel, il faut avant tout signaler sa forte intervention à Rome, en octobre 1983, lors du Synode des Évêques qui était centré sur la Réconciliation et la Pénitence. Il y affirmait que « la grande, l’inévitable question qui est posée à l’Église est celle de la vocation permanente du peuple juif, de sa signification pour les chrétiens eux-mêmes. Il ne suffit pas de découvrir la richesse de notre patrimoine commun. Peu à peu, à la suite du Concile de Vatican II, l’Église, sans rien perdre de son originalité, prend conscience qu’elle est d’autant plus verdoyante qu’elle vit de sa racine juive. La pérennité du peuple juif n’entraîne pas seulement pour l’Église un problème de relation extérieure à améliorer, mais un problème intérieur qui touche à sa propre définition. […]. Tant que le judaïsme restera extérieur à notre histoire du salut, nous serons à la merci de réflexes antisémites (1). » C’est l’occasion de rappeler les nombreuses protestations, déclarations signées par le Cardinal Etchegaray face à la résurgence de l’antisémitisme. Enfin, il insistait, toujours à Rome, devant les Pères synodaux, ses frères Évêques du monde entier, sur « la connivence charnelle et spirituelle [des juifs] avec l’Écriture (2). »

Une deuxième communication, particulièrement importante pour l’AJCF mais essentielle bien au-delà de notre association, est celle qu’il fit le 24 mai 1981, à Marseille, au sein de son diocèse, dans le cadre de l’Assemblée Générale de l’AJCF (3). Il est à noter que le Cardinal Etchegaray était, depuis longtemps et jusqu’à son rappel à Dieu, membre du Comité d’Honneur de l’AJCF et qu’il entretint des relations régulières avec l’AJCF et sa revue Sens (4).

Bien d’autres conférences et actes seraient à signaler. Nous ne pouvons qu’indiquer quelques orientations bibliographiques qui nous semblent précieuses, telle cette courageuse « Défense du pharisien », le pharisien des Évangiles, parue en éditorial dans son bulletin diocésain lorsqu’il était Archevêque de Marseille, le 2 mars 1980 (5), ou bien encore sa conférence marquante au rassemblement annuel de l’ICCJ, en 1997, sous la forme d’une question pressante : « Est-ce que le christianisme a besoin du judaïsme ? ».

Nous pensons aussi à l’aveu de son « premier choc » en 1947, l’année de son ordination sacerdotale : la lecture des ‘’Dix Points de SEELISBERG’’, « texte prophétique et courageux (6) », confiait-il, qui fut le commencement d’un engagement sans faille de plus de 70 ans. 

Enfin, parmi beaucoup d’autres témoignages, comment ne pas renvoyer à son chapitre magnifique qu’il intitula « Je suis né à Jérusalem », reprenant le Psaume 87, de son dernier grand livre constitué d’entretiens avec Bernard Lecomte, J’ai senti battre le cœur du monde (7) .

(1) Jusqu’aux racines de l’antisémitisme [Marseille, le 4 mars 1979], in Sens, 12, 1979, p. 46.
(2) Cf. Sens, 12, 1983, p. 304-306.
(3) Les relations entre Juifs et Chrétiens aujourd’hui, in Sens, 7, 1981, p. 171-176.
(4) Cf. Sens, 3, 1986, p. 115-117 ; Sens, 11, 1997, p. 414-415 ; Sens, 2, 1998, p. 73-80.
(5) Repris dans son livre L’Évangile aux couleurs de la vie, éd. Le Centurion, 1987, p. 148-149.
(6) Est-ce que le christianisme a besoin du judaïsme ? in Sens, 11, 1997, p. 73.
(7)Éd. Fayard, 2007, p. 347-362.

 

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