Lu dans la presse
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Publié le 11 Juillet 2016

#Education - Des professeurs ont rendez-vous avec l’histoire de la Shoah

Une centaine de professeurs suivent à Paris et Drancy une formation pour mieux enseigner la Shoah.

Cette université d’été est l’occasion d’une précieuse réflexion scientifique, philosophique et pédagogique.

Par Denis Peiron, publié dans la Croix le 8 juillet 2016
 
Le vieil homme remonte sa manche, dénude son avant-bras. Un tatouage : 51055. Ce numéro de matricule, qu’il est encore capable de décliner en allemand, en polonais, en russe, a éclipsé son nom dans les ténèbres d’Auschwitz, symbole d’un système conçu pour priver méthodiquement les déportés de leur humanité, avant de leur ôter la vie.
 
Malgré ses 89 ans, Henri Borlant continue, encore et toujours, de raconter son histoire. Ce qui le motive ? « Le contexte actuel en France, en Europe, dans le monde, avec toutes ces idéologies qui cherchent à exploiter la crise. On sait ce que cela a donné à partir de 1933 », glisse l’ancien médecin.
 
Face à lui, dans les locaux du Mémorial de la Shoah à Drancy (Seine-Saint-Denis), se trouve une centaine de professeurs du secondaire, de tous âges, qui ont choisi de se former, une semaine durant, à l’enseignement de ces pages les plus sombres du XXe siècle.
 
Un camp redevenu cité HLM
 
Ida Grinspan est elle aussi venue témoigner. Elle avait 14 ans quand, arrêtée par la gendarmerie dans les Deux-Sèvres, elle a été d’abord envoyée, comme 63 000 autres juifs, au camp de Drancy, que les enseignants visiteront après son témoignage.
 
Dans ce qui est curieusement redevenu une cité HLM, tout juste flanquée d’un monument et d’un wagon du souvenir, la fillette d’alors a vécu, en 1944, sa première semaine d’internement, dans un état d’esprit irréel.
 
« Je planais de bonheur, confie-t-elle. On nous avait dit que nous allions partir travailler dans des camps en Allemagne, que nous y retrouverions les membres de notre famille. J’allais enfin revoir ma mère, arrêtée un an et demi plus tôt. »
 
Des professeurs « désemparés »
 
La suite a été toute autre. Cinq jours parqués dans un wagon à bestiaux, puis la porte qui s’ouvre sur l’inconnu, la neige, les cris, la sélection, la fumée des cheminées, les explications d’autres déportées qu’on ne veut pas croire.
 
Dans la salle, une enseignante a sorti son téléphone portable pour enregistrer, consciente qu’au fil des ans, les témoignages se feront de plus en plus rares.
 
Si Stéphane a décidé de participer à cette université d’été, c’est précisément pour « préparer un voyage à Auschwitz », prévu avec une classe de son lycée professionnel de l’Essonne. Ce professeur avoue se sentir « désemparé » quand, par exemple, ses élèves lui demandent « pourquoi les juifs ne se sont pas rebellés »... Lire l'intégralité.
 
Les formations du Mémorial de la Shoah
 
Le Mémorial de la Shoah propose depuis 17 ans aux enseignants du secondaire (prioritairement à ceux d’histoire-géographie) trois cycles complémentaires de formation, à Paris et Drancy, en Pologne et en Israël. Cette année, 150 professeurs participent, sur la base du volontariat, à ces universités. Une autre formation, à Paris, s’adresse, elle, à des enseignants du premier degré.
 
A lire aussi, sur ce sujet : Enseigner la Shoah aux profs (la Dépêche)

 

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