Lu dans la presse
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Publié le 20 Juin 2016

Elisabeth Badinter, la griffe de la République

Son combat contre la soumission des femmes selon une certaine pratique de l’islam.

Elle lutte contre la soumission des femmes selon une certaine pratique de l’islam

Par Marion Van Renterghem, publié dans le Monde le 19 juin 2016
 
François Mitterrand trouvait qu’elle exagérait. Il le lui avait dit de cet air faussement taquin, qui n’était que la version polie de sa contrariété. « Vous êtes intolérante ! Moi je les trouve charmantes, ces petites, avec leur foulard… » C’était à Saint-Malo, où, le temps d’un week-end, le président socialiste avait rejoint ses amis Robert et Elisabeth, l’ancien garde des sceaux et la philosophe-essayiste. De Belle-Ile au mont Sinaï, seul ou en compagnie d’Anne Pingeot et de leur fille encore secrète, Mazarine, le président raffolait de ces escapades avec « les Badinter », couple mythique de la gauche et de l’élite française, dont le nom sonne désormais comme un label.
 
Ils ont de quoi discuter au café, ce jour de novembre 1989, devant les remparts de la ville bretonne. Les Français se sont trouvé l’un de ces sujets qui fâchent, dont ils ont la passion : « l’affaire de Creil ». Trois collégiennes de cette ville de l’Oise, portant le voile islamique, doivent cesser de suivre les cours à la demande du principal du collège, au motif du « respect de la laïcité ». Les parents ne cèdent pas, les élèves sont exclues. SOS Racisme s’indigne. Le ministre de l’éducation, Lionel Jospin, invente une solution mi-chèvre, mi-chou : « L’école doit être une école de tolérance », mais il ne faut pas afficher les signes religieux « de façon ostentatoire ». La réintégration des collégiennes de Creil ne calme pas les débats. Au contraire.
 
Durant ce week-end présidentiel entre amis à Saint-Malo, Elisabeth Badinter est au cœur du volcan. Elle et quatre autres professeurs, tous intellectuels dits « de gauche », font la une du Nouvel Observateur pour leur lettre ouverte à Lionel Jospin. Ils adressent au ministre une mise en garde contre « un Munich de l’école républicaine », et demandent l’exclusion des élèves qui persisteraient dans leur intention de porter le foulard en classe. Leur « Profs, ne capitulons pas ! » est le chiffon rouge qui excite les médias, les politiques, et anime les dîners en ville. Les signataires : ­Elisabeth Badinter, Régis Debray, Alain Finkielkraut, Elisabeth de Fontenay, Catherine Kintzler. « A gauche, on était déjà assez seuls », se souvient la première de la liste...
 
« Le nom de Robert me protège »
 
Tout serait plus simple si elle n’était pas de gauche. Pire : une statue du commandeur. Tout à la fois féministe de la première heure, historienne de l’ambition féminine au XVIIIe siècle, inconditionnelle de Condorcet et des Lumières, et épouse de Robert Badinter, père de l’abolition de la peine de mort, vénéré pour sa droiture et sa sagesse. L’intéressée n’est pas dupe : « Le nom de Robert me protège. C’est devenu un nom respectable. Si je ne m’appelais pas Badinter, j’aurais été encore plus attaquée. »
 
Elisabeth Badinter est une icône de la gauche, et elle brouille les cartes. Son féminisme radical, en symbiose avec sa famille politique, est entré en collision avec un autre principe de gauche, tout aussi honorable : la tolérance. Tolérance à l’égard de l’autre, des traditions de l’autre, de la religion de l’autre. En s’opposant au port du foulard autant qu’à l’excision ou à la polygamie, signes de soumission des femmes selon une certaine pratique de l’islam, l’universaliste se heurte aux relativistes et différencialistes : admettre ce qui nous est étranger est une vertu. Jack Lang ou Danielle Mitterrand, respectivement ancien ministre et épouse du président de la République, lui reprochaient, eux aussi, sa raideur... Lire l'intégralité.

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