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Publié le 12 Février 2018

#Europe #Antisemitisme - En Allemagne, les vieux démons resurgissent

De vieux démons resurgissent outre-Rhin. Le gouvernement d’Angela Merkel s’inquiète de l’augmentation du nombre d’agressions visant la communauté juive.

Publié le 9 février 2018 dans L'ObsNuméro spécial "Les nouvelles haines antisémites", à découvrir en ligne etdans tous les bons kiosques

"Quel scandale que des écoles juives et même des jardins d’enfants juifs doivent être protégés par la police !" Anita Lasker-Wallfisch est une survivante de l’Holocauste. Le 31 janvier dernier, cette musicienne âgé de 92 ans, déportée à Auschwitz en 1943, a prononcé un discours vibrant au Bundestag : "L’antisémitisme est un virus vieux de deux mille ans, et apparemment il est incurable."

Berlin voit revenir ses vieux démons, 470 actes antisémites ont été recensés par la police en 2016, et 681 rien que pour la première partie de 2017. Entre les déclarations révisionnistes des leaders d’Alternative pour l’Allemagne (AfD), la propagation de la haine sur les réseaux sociaux, et les agressions par des néonazis, les derniers tabous semblent sauter un à un.

Les services de renseignement ont aussi constaté une lassitude à l’égard du travail de mémoire, une forme de non-repentance qui toucherait 55% de la population, selon un récent rapport parlementaire. Phénomène nouveau, les autorités s’inquiètent de la percée d’un "antisémitisme d’importation" de la part de certains immigrés de pays musulmans où la haine des juifs est propagée. Une épine dans le pied de "Mama" Merkel, en difficulté depuis les élections.

En décembre 2017, la déclaration de Trump voulant reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël a mis le feu aux poudres. Deux manifestations en faveur de la Palestine ont dégénéré à Berlin : l’une devant la porte de Brandebourg, l’autre dans le quartier de Neukölln, où des manifestants ont brûlé des drapeaux israéliens et crié "mort aux juifs". Problème : des réfugiés faisaient partie des manifestants. Choquées, les autorités ont annoncé la nomination d’un commissaire spécial à l’antisémitisme. Une proposition de loi vient d’être déposée par la CDU/CSU, stipulant que :

"quiconque rejette la vie juive en Allemagne ou conteste le droit d’Israël à exister ne peut avoir sa place dans notre pays".

Le texte viserait à faciliter les expulsions des migrants qui propageraient des idées antisémites.

Les associations, elles aussi, se mobilisent. Rent a Jew (Louer un juif), un projet pionnier au titre volontairement provocateur, a été lancé fin 2015. Un programme d’éducation devenu un outil de prévention de l’antisémitisme, notamment dans les écoles. "Pour beaucoup d’Allemands, les juifs sont avant tout des victimes, explique Mascha Schmerling, l’une des cofondatrices. On oublie qu’il y a aussi des juifs jeunes et modernes. Notre idée, c’était de les présenter et d’améliorer la compréhension", poursuit-elle.

Lors de sa première présentation dans une école de Neukölln, un quartier très multikulti de Berlin, Esther Knochenhauer est accueillie par un élève de 13 ans qui lui lance : "Libérez la Palestine !" Née à Berlin d’une mère russe juive et d’un père allemand, Esther sourit, puis réplique qu’elle "ne mange pas les petits enfants". Frange sombre sur des yeux rieurs, Esther, 33 ans, travaille comme chef de projet digital. Durant son temps libre, elle fait partie des "juifs à louer" proposés par le collectif Rent a Jew. Son arme : dialogue et humour pour lutter contre la résurgence de préjugés antisémites qu’on croyait disparus outre-Rhin. Impensables au vu du passé nazi du pays et de la Shoah.

Au fil de ses interventions, Esther a pourtant constaté que "l’antisémitisme n’a jamais disparu en Allemagne, il était caché". Les questions posées par les écoliers en disent long.

"Pourquoi possédez-vous tous les médias ? 
Pourquoi êtes-vous si riches ? 
Pourquoi ne payez-vous pas d’impôts ?" 
"Je leur réponds avec humour : 'Tu veux dire que quand je vais faire mes courses au supermarché, je montre une carte de réduction spéciale juif ?'"

L’exemplarité par l’absurde. Au Bundestag, devant la chancelière, le gouvernement et des dirigeants de partis politiques, Anita Lasker-Wallfisch, d’une voix ferme malgré son âge et les souffrances subies en déportation, avait, elle, conclu sur cet avertissement :

"La haine est un poison et, au final, vous vous empoisonnez vous-même."

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