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Publié le 7 Juillet 2020

Europe - Djihadisme, séparatisme, violence politique : l'Europe reste sous la menace terroriste

Une étude d'Europol retrace toutes les attaques violentes auxquelles le Vieux Continent doit faire face.

Publié le 1er juillet dans Le Figaro

En 2019, 1 004 personnes ont été arrêtées pour faits de terrorisme dans l'Union européenne. Un nombre en baisse par rapport aux années précédentes, rapporte l'étude annuelle d'Europol, l'organisme d'entre-aide des polices européennes, sur le terrorisme. La majeure partie a lieu dans cinq pays : la Belgique, la France, l'Italie, l'Espagne et le Royaume-Uni. Sans surprise, c'est le djihadisme qui constitue la menace terroriste principale sur le Vieux Continent. Nouveauté par rapport aux années précédentes : la violence d'extrême droite est en hausse, faisant, elle aussi, des victimes.

L'infographie ci-dessous dénombre, en rouge, les attaques de nature terroristes menées dans les États membres, en bleu, les arrestations liées.

Carte des attentats et arrestations en Europe, en 2019.

Carte des attentats et arrestations en Europe, en 2019. Europol

Djihadisme

Le djihadisme représente toujours la principale menace terroriste en Europe. Quinze États européens ont procédé à des arrestations d’islamistes radicaux en lien avec des activités terroristes en 2019. La crête de la vague semble cependant être passée : le nombre d'attaques abouties, manquées ou déjouées est en baisse depuis trois ans. De 33 en 2017, nous sommes passés à 24 en 2018 puis 21 en 2019, dont seules trois ont abouti. Au total, dix personnes sont mortes : quatre dans le tram d'Utrecht, aux Pays-Bas, quatre à la préfecture de police de Paris, deux sur le London Bridge, à Londres. Au total, 14 attaques ont été déjouées. Toutes les tentatives, réussies ou non, ont été le fait d'individus agissant seuls, excepté une.

Concernant le profil des terroristes, ceux-ci sont majoritairement jeunes, entre 20 et 28 ans, 85% sont des hommes. Près de 60% d'entre eux étaient citoyens des pays qu'ils ont attaqués. Leurs cibles sont majoritairement des lieux publics et les forces de l'ordre. Les attaques au couteau et les fusillades sont privilégiées tandis que les attentats à la bombe sont plus souvent déjoués.

Europol note que l'affaiblissement de l'EI puis la défaite militaire de l'organisation terroriste l'ont conduite à changer de stratégie au fil du temps. Un temps formé sur les zones de conflits avant d'être envoyés, les terroristes sont maintenant «incités à agir sans attendre un soutien à distance» avec comme récompense d'être promu «martyr» par l'organisation, note le rapport. Les départs et les retours du Moyen-Orient sont aujourd'hui quasi-nuls.

À l’inverse des exécutants, les diffuseurs de propagande semblent avoir une plus longue expérience. Ainsi en Espagne, deux prises d'importance, un homme et une femme, étaient âgés respectivement de 49 et 45 ans. Par ailleurs la présence en ligne de l'EI a été affaiblie «lorsque, les 21 et 22 novembre 2019, les États membres de l'UE et Europol ont coordonné une action ciblant l'écosystème en ligne», supprimant les «chaînes et groupes pro-EI sur Telegram». «Les tentatives ultérieures des partisans de l'EI de régénérer leurs réseaux via la création de nouveaux groupes et chaînes ont été en grande partie infructueuses.»

Les suspects arrêtés pour djihadisme en 2019

Les suspects arrêtés pour djihadisme en 2019 Europol

Europol s'inquiète en revanche de la situation en prison, tout particulièrement en France. Dans notre pays, des centaines de terroristes islamistes sont incarcérés. L'étude rappelle qu'entre la mi-2018 et fin 2019, un total de quatre attaques ont été stoppées derrière les barreaux. Elle avertit également sur la sortie des terroristes: «La Belgique a observé que certains détenus préfèrent purger toute leur peine sans demander de libération anticipée car aucune condition ni mesure de probation ne peut être imposée après leur libération.»

Les séparatistes

Les actions des séparatistes représentent la majeure partie des actes terroristes recensés en Europe (57 sur 119). L'Irlande du Nord en prend la plus grande part. Des groupes paramilitaires, républicains ou loyalistes continuent d'utiliser des moyens d'action violents. Ainsi, une journaliste est morte, le 18 avril 2019, alors qu'elle se tenait près d'un véhicule de police en train d'observer des émeutes à Derry/Londonderry, touchée par une balle. Ces mêmes groupes «continuent d'être impliqués dans des activités criminelles utilisant une violence et une intimidation extrêmes pour exercer un contrôle sur les communautés».

En revanche, Europol note que le calme persiste dans le Pays basque, où ETA semble respecter son autodissolution, en 2018, bien que la police continue de découvrir régulièrement des caches d'armes. Idem en Corse, restée relativement calme. Mais Europol avertit de «l'émergence de ramification de groupes prônant la violence suscitant des inquiétudes quant à une éventuelle réapparition de la menace.» Ainsi, elle l'apparition du «FLNC pour l'indépendance», en septembre 2019, et la destruction d'une villa par le «FLNC du 22 octobre» en décembre, alors que le groupe avait engagé sa démilitarisation en mai 2016.

Extrême gauche

La Grèce, l'Italie et l'Espagne sont principalement touchées par le terrorisme d'extrême gauche. Les attaques sont en hausse comparées à 2018, (26 contre 19) les arrestations également (111 contre 36) : elles ont plus que triplé. L'Italie est particulièrement touchée par le phénomène.

Quelques exemples des attaques : le 22 mars 2019, deux hommes sur une moto ont lancé une grenade sur le consulat de Russie en Grèce, à Athènes. Deux fois, le siège du parti néonazi Aube dorée a été visé par des engins explosifs artisanaux. En Italie, ce sont les véhicules gouvernementaux ou d'entreprises privées qui sont pris pour cibles. Le siège d'un parti d'extrême droite a également été visé par un engin explosif. La plupart du temps, les auteurs ne sont pas découverts et les actions sont revendiquées en ligne.

L'antifascisme, l'antiracisme et l'action des forces de l'ordre demeurent leurs principales motivations d'action de ces groupes, souvent non hiérarchisés, peu structurés et opérant dans des zones urbaines.

Extrême droite

2019 a été l'année de la résurgence du terrorisme d'extrême droite en Europe, selon Europol. Trois États rapportent six attaques réussies et une ayant échoué, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Lituanie. Une cellule a également été démantelée en Pologne.

L'étude note que les auteurs d'attaques de masse servent d'exemple pour les autres. Ainsi, Anders Breivik a servi de modèle initial. Plusieurs attaques survenues dernièrement s'y réfèrent et se répondent les unes aux autres : Christchurch (Nouvelle-Zélande), Poway (USA), El Paso (USA), Baerum (Norvège) et Halle (Allemagne). Tous se présentent comme des martyrs et précurseurs d'une «guerre raciale» qui ne manquera pas de survenir.

En Europe, les deux attaques majeures ont eu lieu en Allemagnel'assassinat d'un préfet en mars 2019 et celui deux autres personnes dans l'attaque d'une synagogue et d'un restaurant turc, en octobre 2019. Le nombre d'arrestation a diminué de moitié par rapport à 2018, en 2019 (21 contre 44). La plupart des arrestations sont en lien avec la préparation d'une attaque, souvent accompagnée avec la possession illégale d'armes. 40% des personnes arrêtées sont des hommes entre 22 et 30 ans.

Sans passer au terrorisme, Europol note que de nombreux pays européens sont concernés par la montée des violences d'extrême droite et de groupes parfois armés et même parfois, surarmés. En Belgique, France et Slovénie, plusieurs groupes paramilitaires ont émergé pour protéger la population d'un danger islamique. L'étude note l'influence de l'Ukraine et la guerre civile dans l'est du pays qui oppose prorusse et pro ukrainiens. Quelque que soit le camp, des militants d'extrême droite vont parfois prendre les armes pour s'y battre.

Enfin, Europol note la rencontre entre l'extrémisme de droite et l'antiféminisme, qui s'incarne particulièrement chez les «célibataires involontaires» (incel). Ces derniers, qui détestent les femmes au point de vouloir les tuer, ont intégré l'antiféminisme dans la théorie du «grand remplacement». Selon eux, note l'étude, «le féminisme aurait été inventé pour détourner les femmes de leur rôle “naturel” de mère et, par conséquent, est accusé d'être à l'origine de la baisse des taux de natalité dans les pays occidentaux, ce qui à son tour permet les immigrées - dont les femmes n'auraient pas été influencées par la rhétorique féministe - pour devenir plus rapidement la majorité.»

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