Lu dans la presse
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Publié le 12 Juin 2018

#Europe #DroitsHomme - Migrants : l'Italie met l'Europe au pied du mur

Les éditorialistes de la presse française jugent que le coup de force de Matteo Salvini, qui a refusé lundi d'accueillir 629 rescapés, oblige l'Europe à sortir de sa léthargie.

Publié le 12 juin dans Le Point

En refusant d'accueillir l'Aquarius, un navire transportant 629 migrants secourus au large de la Libye, l'Italie place l'Union européenne « face à ses inconséquences » et l'oblige à sortir de sa « léthargie », jugent les éditorialistes de la presse écrite mardi. Malte et l'Italie ont toutes deux décidé de fermer leurs ports au navire affrété par SOS Méditerranée. L'Espagne a proposé lundi de l'accueillir, mais l'ONG française a répliqué que les conditions de sécurité n'étaient pas réunies pour ce nouveau voyage.

« Le blocus italien met la question migratoire en tête de l'agenda européen », analyse Laurent Marchand dans Ouest-France. Or ni l'angélisme d'un accueil inconditionnel souvent irréaliste pour un tissu social déjà éprouvé par la crise ni la brutalité du rejet aveugle n'offrent de solutions pratiques à ce qui s'annonce comme une réalité durable. C'est sur un plan politique qu'il faut placer le débat, pas uniquement sur un plan moral", juge l'éditorialiste, avant de constater que le statu quo qui consistait à sous-traiter le problème avec la Turquie a fait long feu : « L'argent donné à Erdogan pour tarir le flux en Méditerranée orientale a ménagé la posture d'accueil allemande, mais n'avait rien de moral », écrit-il.

« Partager la charge »

« Il y a certainement dans l'attitude italienne une volonté de provoquer une crise pour mettre le reste de l'Europe en face de ses inconséquences, estime également Guillaume Goubert dans La Croix. Le souci humanitaire est affiché, mais chacun préférerait - plus ou moins consciemment, plus ou moins honteusement - que le flot des réfugiés passe loin de chez lui. L'Italie, elle, de par sa situation géographique, n'a pas le choix. Il ne faut plus la laisser seule face à cette charge. S'il maintient son refus de secours aux naufragés, Matteo Salvini sera le premier coupable. Mais c'est toute l'Europe qui sera responsable. »

« Le flux migratoire ayant baissé par rapport aux années 2015-2016, l'Europe a manqué de courage en refusant d'installer des quotas de répartition. Cela n'aurait pas réglé tous les problèmes, mais cela aurait au moins permis de partager la charge que les pays du Sud, principalement l'Italie, Malte et la Grèce, ont portée plus que de raison, explique Laurent Bodin dans L'Alsace. Aussi choquante soit-elle, la méthode italienne est une réaction forte à l'inertie des autres pays de l'Union européenne. »

C'est pourquoi, « en mettant les pieds dans le plat, les nouvelles autorités italiennes ont eu objectivement le mérite de pousser l'Europe à trouver rapidement des solutions qui ne soient pas des échappatoires, souligne aussi Patrice Chabanet dans Le Journal de la Haute-Marne. Ce n'est pas le moindre des paradoxes que des partis nationalistes contraignent l'Union européenne à se ressaisir, à affronter des défis autrement plus ardus que les dossiers économiques. La solution ne sera pas celle des barbelés et des miradors autour de chaque État membre. Elle ne pourra pas être non plus dans la transmission du mistigri au voisin italien. »

Le silence de la France

Pour Pascal Coquis des Dernières Nouvelles d'Alsace, « les principaux pays européens qui faisaient jusqu'à présent la sourde oreille ne vont pas pouvoir laisser les cas de ce genre se multiplier, ni laisser dériver des bateaux chargés de personnes en danger sans réagir. Ils vont devoir négocier sous la pression. Paradoxalement, en offrant une main généreuse aux passagers de l'Aquarius, l'Espagne a offert une première victoire à la Ligue, pour qui le chantage est devenu un instrument du pouvoir. »

La France, qui s'est abstenue de tout commentaire depuis le début de cette crise, « est le symbole de cette léthargie européenne », déplore Maurice Bontinck dans La Charente libre. « Emmanuel Macron attend peut-être de recevoir vendredi à l'Élysée le président du Conseil italien Giuseppe Conte pour s'exprimer », veut-il croire. Avant de lâcher sévèrement : « Puisque le tweet fait aujourd'hui figure de règle diplomatique valable jusqu'au suivant, on se contentera du dernier posté par le président, à propos du G7 dimanche : Soyons dignes de nos peuples. »

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