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Publié le 17 Septembre 2020

Europe - Le Conseil central des juifs en Allemagne fête ses 70 ans

Le Conseil central des juifs en Allemagne fête ses 70 ans en cette année 2020. Ce mardi 15 septembre Angela Merkel a d’ailleurs tenu un discours pour l’occasion et appelé à la vigilance face à la propagation du racisme et de l’antisémitisme en Allemagne. Retour sur l’histoire de cette institution juive en Allemagne.

Publié le 17 septembre dans DW francophone

Alors que le nombre d’actes antisémites ne cessent d’augmenter en Allemagne, le conseil central des juifs fête ses 70 ans. Angela Merkel a lancé un message fort pour l’occasion.

Le contexte de l’après-guerre

Allemagne, 1950. La seconde guerre mondiale est terminée depuis 5 ans. On pleure encore les plus de soixante millions de morts du conflit. On reconstruit l'Europe et l’Allemagne en partie dévastée par les bombardements. C’est là aussi qu’on tente de tourner la page du nazisme, cette idéologie qui a conduit au conflit et à la persécution des juifs.

On estime le nombre de juifs hommes, femmes, enfants sur le sol allemand à 15 000 à la fin de la guerre en 1945. Peu à peu, d’autres reviennent en Allemagne. Depuis les camps de concentration, mais aussi de pays d’Europe de l’Est où encore des USA où ils s’étaient réfugiés.

Entre temps, en 1948, l’Etat d’Israël est créé. Beaucoup de juifs allemands se demandent alors que faire : continuer à vivre en Allemagne où ils ont été persécutés mais sont parfois nés ? Repartir ? Ceux qui restent veulent reconstruire des synagogues, détruites avant ou pendant la guerre et demander des réparations après les crimes nazis. Le besoin de s’organiser, de se retrouver, d’échanger se fait sentir.

Un conseil lancé en 1950

C’est pour toutes ces raisons qu’en 1950, le 19 juillet, des délégués de communautés juives régionales décident de créer le conseil central des juifs. Une organisation avec des élus représentant les communautés de tout le pays. Heinz Galinski, un des premier présidents à l’époque -depuis mort, en 1992- n’imaginait alors pas que ce conseil serait fait pour durer.

Le Zentralrat der Juden, son nom en allemand, doit aider à l’immigration et à l’émigration vers Israël notamment. "À l'époque, de nombreuses personnes étaient indécises quant à savoir si elles devaient rester en Allemagne ou non", raconte-t-il dans des archives radio de nos confrères de WDR en Allemagne. "À l'époque, tout le monde était confronté à la question de la sensibilisation des communautés juives, de leur donner la possibilité de s'organiser ici aussi, partout où vivent les juifs. J'ai toujours défendu ce principe : il doit y avoir une vie communautaire organisée".

Mais cette vie n'est pas simple. Même si la guerre est terminée, le sentiment anti-juif n’a pas toujours disparu. Pourtant tous les juifs n’émigrent pas. D’autres reviennent même des lieux où ils ont fui la guerre, pour vivre là où ils sont nés ou là où vivaient leurs ancêtres. On reconstruit des synagogues. Des jumelages sont créés entre des villes israéliennes et des villes allemandes. Ainsi, le conseil central poursuit son travail.

L'idée d'une vie juive en Allemagne

Peu à peu l’idée d’une véritable vie en tant que juif en Allemagne s’installe. "Pendant longtemps, il a été très problématique, dans les milieux juifs, d'admettre que l'on vit volontairement en Allemagne", raconte aujourd’hui Josef Schuster, l’actuel président du Conseil central. "Cela a changé sous Werner Nachmann, président de 1969 à 1988. Il a été le premier à dire consciemment : « Oui, il y a une vie juive en Allemagne »". 

Josef Schuster insiste : "Avant cela n'a toujours été le cas. Y compris lors de la création du Conseil central qui n'a pas été fondé comme une véritable représentation des intérêts des juifs en Allemagne en pensant à la vie juive dans 50 ans, dans 70 ans, dans 100 ans, mais comme une organisation de soutien pour faciliter l'immigration, y compris l'émigration, et pour promouvoir la vie juive ici pendant la période où l'on se trouverait encore en Allemagne." 

100.000 membres aujourd'hui

Aujourd'hui, le Conseil central est l'organe représentatif reconnu des communautés juives établies dans le pays. Il compte pas moins 105 communautés locales, avec, selon les chiffres officiels, près de 100 000 membres. Son travail, son poids et sa voix ont pris de l’influence en Allemagne.

Le conseil central, installé à Berlin depuis 1999, travail toujours à l’histoire de la communauté juive en Allemagne, joue un rôle évidemment logistique d’organisation des communautés. Il publie aussi un journal hebdomadaire d’informations. Un tas de services dans l’éducation ou la culture sont aussi gérés par l’institution. Une institution, qui comme les autres cultes, joue aussi un rôle de représentation et de consultation pour les autorités en Allemagne.

Hausse de l'antisémitisme

En 2019, plus de 2000 délits liés à l’antisémitisme ont été recensés en Allemagne

Le problème est que, de plus en plus souvent, le Zentralrat der Juden est amené à réagir après des agressions antisémites. Elles ont encore augmentées de 13% l’an dernier selon les chiffres du ministère fédéral de l’intérieur. Un problème pris au sérieux et mis en avant par le président du Conseil Josef Schuster pour les 20 ans de l’institution. "Je ne pense pas que le nombre de personnes ayant des ressentiments, des idées antisémites ait augmenté ou soit devenu plus important qu'il y a dix, vingt ou trente ans. J'ai le sentiment plutôt- et je tiens l'AfD (parti d'extrême-droite,ndlr) pour responsable de cela - que les gens sont très disposés à exprimer ces pensées qu'ils ont, et pas seulement en petit comité." 

En 2019, plus de 2 000 délits liés à l’antisémitisme ont été recensés. Plus de la moitié étaient des incitations à la haine (56,7 %), souvent lancées sur Internet. De quoi faire réagir une nouvelle fois Angela Merkel ce mardi lors d’un discours à l’occasion des 70 ans du Conseil central des juifs en Allemagne. "C'est une ignominie et me fait honte de voir comment racisme en antisémitisme s’expriment dans notre pays en ce moment", a-t-elle dit. "Il est vrai que le racisme et l'antisémitisme n'ont jamais disparu. Mais depuis quelque temps, ils sont plus visibles et plus désinhibés. Des insultes, des menaces ou des théories du complot sont ouvertement dirigées contre les citoyens juifs sur les médias sociaux", a dénoncé la chancelière. Et d'insister : "Nous ne devons jamais nous taire face à cela.

En ce moment des théories assurant que les juifs seraient responsables de l’épidémie de coronavirus circulent sur le net. Pas de quoi faire renoncer le Conseil central des juifs d’Allemagne pour autant. Il fêtera l’an prochain 1 700 ans de vie juive en Allemagne. Des écrits de l'empereur romain Constantin de 321 font en effet état de la présence d’une communauté juive dans la ville de Cologne déjà à l’époque. 

 

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