Lu dans la presse
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Publié le 8 Février 2018

#Europe - L'Europe face à l'antisémitisme : comment en est-on arrivé là ?

Un peu partout, le lien social se fissure et, sur fond de communautarisme, les identités se consolident les unes contre les autres. Il est dramatique de devoir écrire cela aujourd'hui mais non, l'antisémitisme n'est pas une opinion comme une autre.

Publié le 7 février 2018 dans L'Obs sous le titre L'Europe face à une vague d'antisémitisme : comment en est-on arrivé là ? - Numéro spécial "Les nouvelles haines antisémites", à découvrir en ligne et dans tous les bons kiosques

Comment en est-on arrivé là ? Un petit garçon de 8 ans portant une kippa agressé par deux adolescents à Sarcelles ; des juifs qui plient bagage en Seine-Saint-Denis ; une synagogue transformée en bunker en Suède ; des écoles vidées de leurs enfants juifs dans le centre de Bruxelles ; l'explosion d'actes antisémites à Berlin.

Comme si, avec la disparition des derniers survivants de l'Holocauste, s'estompait le traumatisme de la Shoah. Comme si l'antisémitisme pouvait redevenir une opinion comme une autre. On était pourtant certain que ces terribles débordements appartenaient désormais à une histoire tragique mais révolue.

Aurait-on imaginé, encore il y a quelques années, pouvoir tolérer ces manifestations anti-israéliennes en Allemagne ou en France ou l'on scande "mort aux juifs" (1) ? Que s'est-il donc passé pour qu'on assiste à l'expression décomplexée de cette haine nauséabonde vis-à-vis des juifs d'Europe ?

Il y a d'abord eu, bien sûr, la montée des extrêmes : de la démocratie  "illibérale" de Viktor Orbán en Hongrie ; de l'AfD devenu troisième force politique du Bundestag ; du FPÖ en Autriche ou du Parti nationaliste flamand en Belgique. Ces partis institutionnalisent au cœur de l'Etat leur révisionnisme. Ainsi en Pologne, la droite récrit-elle l'histoire, et une loi vient d'être votée pour condamner quiconque mettrait en cause la connivence de Polonais avec l'extermination de la population juive durant la guerre et l'organisation de pogroms dans l'immédiate après-guerre.

Ensuite, depuis la deuxième Intifada, on assiste à la " djihadisation " de la cause palestinienne. Ainsi, c'est au nom des enfants palestiniens que Mohamed Merah a massacré les enfants juifs de l'école Ozar Hatorah. Parce que nos principes d'hospitalité ne doivent pas nous empêcher de regarder la réalité en face, il y a aussi, dans plusieurs pays européens, l'arrivée de migrants venus de pays musulmans perméables aux préjugés antisémites. Au point que l'Allemagne examine une loi qui permettrait de renvoyer chez eux ceux qui professent de telles opinions.

Est-ce à dire qu'il faut cesser d'accueillir des migrants ou renoncer à lutter pour les droits des Palestiniens ? Evidemment, non. Dans notre journal, nous avons depuis toujours pour ligne de distinguer l'antisémitisme d'un antisionisme pourvu qu'il n'appelle pas à l'éradication de l'Etat d'Israël.

Notre principe est de lutter inlassablement pour les droits des Palestiniens à avoir un Etat, mais en même temps, de condamner fermement le négationnisme et l'antisémitisme. Cette ligne nous a valu des ennemis. Nous continuons pourtant de penser que la modération n'est pas synonyme de faiblesse. Nous devons rester intransigeants et ne pas laisser les juifs seuls dans leur lutte contre l'antisémitisme. Il est dramatique de devoir écrire cela aujourd'hui mais non, l'antisémitisme n'est pas une opinion comme une autre.

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