Lu dans la presse
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Publié le 8 Octobre 2018

Europe - Peine inédite contre un fonctionnaire européen antisémite

Stefan G. avait qualifié une collègue de "sale juive" en juillet dans une rue de Bruxelles.

Publié le 4 octobre dans Le Monde

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a prononcé une peine inédite et se voulant exemplaire à l’égard d’un fonctionnaire européen, mis en examen pour des actes à caractère antisémite. Dans un jugement prononcé le 21 septembre et publié cette semaine, le tribunal a indiqué à Stefan G., de nationalité maltaise, que sa condamnation pour incitation à la haine et coups et blessures serait suspendue pendant trois ans à condition qu’il effectue un travail bénévole dans une association ou une organisation luttant contre le racisme, l’antisémitisme, la discrimination, la haine ou la violence contre les personnes de confession juive. Il sera aussi soumis au contrôle d’une commission de probation.

C’était dans la soirée du 16 juillet 2015, dans le quartier européen de Bruxelles. Le fonctionnaire européen d’une cinquantaine d’années a fêté un anniversaire et se promène avec, entre les mains, une plaque minéralogique portant la mention « Mussolini ». Interpellé par une autre fonctionnaire, présente à une terrasse, qui lui indique que, « quand même, Mussolini était un dictateur », l’homme s’énerve, frappe, traite la dame de « sale juive » et affirme que « tous les juifs auraient dû être tués ». Il tente aussi de l’étrangler.

Les faits seront confirmés par un témoin. Une personne qui se trouvait avec le fonctionnaire – lequel est par ailleurs représentant d’un syndicat du personnel européen – dira que Stefan G. était ivre et s’était emparé de la plaque de l’un ses amis italiens, sympathisant du fascisme.

Relayée par la presse, l’affaire va entraîner un procès pénal et l’ouverture, par la Commission européenne, d’une enquête administrative. Celle-ci portera aussi sur trois courriels d’intimidation que recevra la victime. Stefan G. niera en être l’auteur.

« Les valeurs des Lumières »

Dans son jugement, le tribunal évoque « des faits graves et inadmissibles dans un Etat de droit qui repose sur des valeurs du siècle des Lumières ». D’autant, relève le magistrat, qu’ils ont été commis par un fonctionnaire européen, dont on pourrait attendre qu’il respecte des valeurs « qui se retrouvent dans la construction de l’Union européenne ».

Le prévenu avait déposé des écrits, portant notamment sur le conflit israélo-palestinien et prouvant, selon lui, qu’il ne serait ni raciste, ni intolérant. Ils ne paraissent pas avoir convaincu le juge, qui n’a pas retenu, en outre, l’excuse d’un état d’ivresse : celui-ci aurait plutôt révélé la « vraie nature » de Stefan G., selon lui. L’intéressé devra se soumettre aussi à un traitement contre l’alcoolisme. Le Centre belge pour l’égalité des chances, chargé notamment de la lutte contre le racisme, s’était constitué partie civile. Il réclamait, et a obtenu, un euro à titre symbolique.

Interrogée par Le Monde, la Commission européenne n’était visiblement pas informée des conclusions de la justice belge. Elle confirme que, conformément au statut des fonctionnaires, Stefan G. est toujours en fonction et qu’une enquête interne se poursuit. Dans son arrêt, le tribunal correctionnel souligne que la suspension de la condamnation vise aussi à ne pas pénaliser le prévenu sur le plan professionnel.

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