Lu dans la presse
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Publié le 6 Septembre 2018

Europe - Pourquoi Jeremy Corbyn est un homme dangereux, par Bernard-Henri Lévy

Jeremy Corbyn, on ne le répétera jamais assez, est ce familier des chaînes de télévision iraniennes se félicitant, en 2012, de la libération de centaines de militants du Hamas palestinien qui avaient, pour nombre d’entre eux, du sang sur les mains et qu’il qualifiait de "frères".

Publié le 6 septembre dans Le Point 

Un illustre Britannique menaça jadis les Européens qui, pour échapper à la guerre, acceptaient le déshonneur de l’hitlérisme : vous récolterez, à l’arrivée, et le déshonneur et la guerre.

Toutes proportions gardées, peut-être revient-il aux Européens de dire à leurs partenaires britanniques d’aujourd’hui : à force de finasser, de jouer avec le feu, de mentir à vos électeurs et à vos alliés, à force de ruser avec l’Histoire et avec votre propre grandeur, vous prenez le risque d’avoir et le Brexit et Jeremy Corbyn.

Sur la catastrophe que sera (serait ?) le Brexit, tout ou presque a été dit – et c’est au Royaume-Uni qu’il appartient désormais soit de rouler à l’abîme, soit, comme disait, cette fois, un illustre Français, de « reprendre son coup ».

Sur le déshonneur que serait, en revanche, dans la patrie de Disraeli et de Churchill, l’arrivée au pouvoir de Jeremy Corbyn, sur le désastre que seraient de nouvelles élections générales où il capitaliserait, comme l’indiquent les sondages, tant sur l’« usure » de son adversaire conservatrice que sur ce qui apparaîtrait, en regard, comme sa « cohérence idéologique », je ne suis pas sûr que les choses soient claires pour tout le monde.

Jeremy Corbyn, on ne le répétera jamais assez, est ce familier des chaînes de télévision iraniennes se félicitant, en 2012, de la libération de centaines de militants du Hamas palestinien qui avaient, pour nombre d’entre eux, du sang sur les mains et qu’il qualifiait de « frères ».

C’est ce parlementaire qui ne perd jamais une occasion de dire la fierté qu’est, pour un militant blanchi sous le harnais d’une représentation politique qui lui paraît peut-être, à force, monotone et manquant de piment, de recevoir sous les ors de Westminster des « camarades » du Hezbollah ou d’y retrouver, autour d’une tasse de thé, un personnage dont toute la contribution à la « cause palestinienne » est d’avoir, tel Raed Saleh, dépeint les juifs comme des « bactéries », ou des « singes », ou des criminels saignant les « enfants non juifs » pour, avec leur sang, confectionner leur pain azyme.

C’est un « pèlerin de la paix » dont la presse britannique vient d’exhumer, cet été, de terribles vidéos le montrant, à Tunis, en train de se recueillir sur des tombes dont l’une au moins était celle, en 1972, de l’un des organisateurs du massacre des athlètes israéliens de Munich.

C’est ce politicien peu regardant qui a accepté de compter, parmi les gros donateurs de sa campagne, un homme, Ibrahim Hamami, qui, après avoir été chroniqueur du journal officiel du Hamas, s’est fait propagandiste de l’assassinat à l’arme blanche des juifs en Israël.

C’est ce délicat ami des arts qui, lorsque des Londoniens s’émurent, en 2012, de l’apparition, sur un mur de Hanbury Street, d’une fresque de l’artiste américain Kalen Ockerman représentant un cercle de banquiers au nez crochu autour d’une mappemonde en forme de Monopoly, elle-même posée sur des dos nus de damnés de la terre, eut pour premier réflexe de crier à la liberté d’expression menacée.C’est cet adepte de la théorie du complot qui ne craint pas, dans des interviews à la presse iranienne encore, d’attribuer à Israël telles opérations de « déstabilisation » réalisées, « en Egypte », par des « djihadistes islamiques ».

Et c’est le pur antisémite qui, en 2013, lors d’une conférence où l’on avait entendu des appels au boycott de la Journée mondiale de commémoration de la Shoah ou de fines remarques sur la possible responsabilité des juifs dans le massacre du 11 Septembre, a été capable de déclarer que les « sionistes », même quand ils ont vécu en Grande-Bretagne « très longtemps », voire « toute leur vie », ont une difficulté atavique à comprendre l’« ironie anglaise ».

Ajoutez à cela son ignorance crasse des mécanismes propres à une économie moderne et le sentiment qu’il donne, quand il parle renationalisations, fiscalité, anti-austérité, système de santé, services publics, d’en être resté au temps de l’archéomarxisme des années 1950.

Ajoutez-y sa haine folle d’une Amérique accusée de tous les maux et à laquelle, selon l’un de ses lieutenants, Seumas Milne, la bonne vieille Union soviétique, du temps de sa splendeur et malgré la bagatelle de ses dizaines de millions de morts, a fait utilement « contrepoids ».

Et je ne parle même pas du tropisme qui l’aligne, presque chaque fois, sur les positions russes : la Syrie bien sûr ; le refus de tenir pour crédible l’hypothèse de la main du Kremlin dans la tentative d’empoisonnement, à Salisbury, de l’ancien espion Skripal et de sa fille ; ou encore, quelques semaines avant sa prise du parti, l’affirmation selon laquelle une machine à fake news comme Russia Today était au moins aussi crédible que la vénérable BBC.

Il y a aujourd’hui, en Occident, une poignée de dirigeants illibéraux que réjouit la perspective d’un crépuscule de la démocratie et des valeurs de l’humanisme européen.

Ils s’appellent Viktor Orban en Hongrie, Matteo Salvini en Italie, Donald Trump aux Etats-Unis ou Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en France.

Et peu importe, en vérité, qu’ils soient « de gauche » ou « de droite » puisqu’ils s’accordent sur l’idée que le temps des Lumières est passé et que Poutine est leur grand homme.

Jeremy Corbyn est l’un d’entre eux.

Et la perspective de le voir venir en renfort de cette Internationale sombre me semble aussi redoutable que celle du Brexit.

 

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