Lu dans la presse
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Publié le 24 Décembre 2018

France / antisémitisme - "Agression antisémite" dans le métro : la Préfecture se saisit de l'affaire

Les propos antisémites de trois "gilets jaunes" dans le métro parisien, rapportés cette nuit, font l'objet d'une enquête de la police des transports.

Publié le 23 décembre sur le site de L'Obs 

Journaliste à "20 Minutes", Thibaut Chevillard a publié la nuit dernière un témoignage sur Twitter en "thread" (une série de tweets à dérouler). Il raconte que samedi 22 décembre, peu après 23 heures sur la ligne 4 du métro parisien, trois "gilets jaunes" sont entrés dans sa rame.

Ces hommes d’une quarantaine d’années, "un peu éméchés", hurlant "Macron démission", se sont mis à faire des "quenelles", le geste antisystème (et chargé d'un sous-entendu antisémite) inventé par l’ex-humoriste Dieudonné.

"Dégage la vieille !"

Une vieille dame s’est levée et leur a dit :

"Ce geste est un geste antisémite. Je suis juive, j’ai été déportée à Auschwitz, je vous demande d’arrêter."

Les trois hommes ont ri, continué, et l’un d’eux lui a déclaré que les chambres à gaz n’existaient pas. Un autre a hurlé "Dégage la vieille !", le troisième scandé "On est - chez nous ! On est - chez nous !"

La vieille dame est repartie s’asseoir sous leurs insultes. Puis elle est descendue à la station suivante. Les trois hommes ont repris leurs "Macron démission !", et sont descendus à la station Montparnasse.

Le journaliste souligne que personne dans la voiture "n’a repris leurs chants nauséabonds. La gêne était même palpable. Mais personne ne s’est levé pour prendre la défense de cette petite vieille. J’ai eu honte de ce que je venais de voir. Honte de ne pas avoir bougé. Ce soir, j’ai juste la gerbe."

Et il conclut que si cette vieille femme trouve son fil de tweets et veut déposer plainte, il est prêt à témoigner.

De nombreux commentaires traitent le témoin de menteur

Retweeté plus de 4.000 fois, le thread de ce témoin a beaucoup circulé depuis samedi soir. Dans le millier de commentaires qu’il a suscités, beaucoup d’émotion et de soutiens, à la femme agressée voire à lui, mais aussi des critiques (sur le thème "il fallait réagir"). Un internaute cite "l’effet du témoin", où paradoxalement un témoin est plus inhibé quand il y a d’autres personnes que quand il est seul face à une agression.

Mais on trouve aussi un nombre non négligeable de twittos qui nient totalement l’agression : accusations de fake news, de faux témoignage, "pure invention", "conte de Noël à l’envers", étonnements – "et vous n’avez même pas filmé ?" - "explications" comme quoi une vieille dame ne prend certainement pas le métro après 23 heures, une flopée de commentaires pour lesquels les actes rapportés ne peuvent pas avoir eu lieu, et donc celui qui les raconte n’est nécessairement qu’un menteur.

"Comme par hasard il y avait une rescapée d'Auschwitz pile à ce moment-là dans le métro", explique un twittos qui traite le journaliste de "mytho".

L’affaire n’en restera pas là : la préfecture de police a annoncé ce dimanche, également par Twitter, qu’à la suite de "l’agression antisémite dans une rame de la ligne 4 du métro" hier soir, la police régionale des transports de la Préfecture se saisit de l’affaire et mène une investigation

Ce n'est pas la première fois que certains "gilets jaunes" dérapent gravement, même s'ils ne représentent en aucun cas l'ensemble du mouvement. En novembre, plusieurs avaient tenu des propos racistes à l'encontre d'une automobiliste, d'autres encore crié des injures homophobes à un couple.

Samedi matin, quelques dizaines de "gilets jaunes" ont entonné sur les marches du Sacré-Coeur, à Montmartre, "la quenelle", une chanson de Dieudonné, tout en faisant ce geste.

Et on ose à peine rappeler les agressions répétées de journalistes, rappel que les courageux anonymes des réseaux sociaux considèreront sans doute comme simple corporatisme de "journalopes", "merdias" et autres douceurs.

Mise à jour : "20 Minutes" a été contactée par la vieille dame, dont des neveux ont vu les tweets sur cette affaire. Cette femme de 74 ans confirme ce qu'a relaté le journaliste (hormis que c'est son père et non elle qui a été déporté à Auschwitz), et affirme son mépris pour des "propos d'ivrogne" de la part des trois individus.

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