Lu dans la presse
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Publié le 27 Septembre 2017

#France #Antisemitisme - Elisabeth Badinter : "Ne laissez pas les juifs mener seuls ce combat"

La philosophe Élisabeth Badinter s'émeut de la non-mobilisation face aux violences antisémites des dix dernières années. Et analyse les changements politiques qui l'expliquent.

Publié le 26 septembre 2017 dans l'Express

Au cours des dernières décennies, vous ne vous êtes jamais exprimée publiquement - que ce soit sous forme d'entretien ou de texte - sur la question de l'antisémitisme. Pourquoi le faire aujourd'hui ?

Ce qui m'a décidée, c'est ce qui s'est passé avec Sarah Halimi. Le silence médiatique et politique qui a entouré le martyr de cette femme[NDLR: rouée de coups pendant une heure puis défenestrée au cri d'"Allahou Akbar" la nuit du 4 avril dernier] m'a énormément perturbée. 

Je n'ai pas compris comment, en France, on a pu passer sous silence pendant deux longs mois un acte aussi atroce. Je n'ai pas compris que les premiers articles de fond et enquêtes -en dehors de la presse communautaire- n'aient paru qu'à la fin de mai. Oui, c'est cela qui m'a menée à une réflexion profonde, puis à une prise de parole dont je n'avais pas nécessairement envie jusqu'alors. J'y étais réticente, car je ne veux en aucune sorte porter ombrage à mon pays vis-à-vis de l'étranger. 

Je sais à quel point la presse américaine, notamment, est friande des condamnations successives et excessives de la France sur cette question. Cela me désole, car la France n'est pas antisémite. Néanmoins, après Sarah Halimi, oui, j'ai ressenti le besoin de parler. 

Concernant cet assassinat, justement, certains expliquent le silence par la prudence: la charge d'antisémitisme n'avait à l'époque pas été retenue par le procureur -le parquet a demandé, depuis, que l'acte soit requalifié... Qu'en pensez-vous ?

La prudence est le propre de la justice. Mais ma question est simple : pourquoi la presse n'a-t-elle pas enquêté, sans a-priori ? Pourquoi n'a-t-on pas entendu les hommes et femmes politiques "demander des réponses", eux qui savent généralement si bien le faire ? Enfin, les premiers éléments montraient qu'une femme de 65 ans avait été rouée de coups, défenestrée, que les témoins avaient entendu des choses comme "c'est pour venger mon peuple"...  

Et la presse n'enquête pas ? Ne va pas interroger le voisinage ? A ce point de silence, c'est qu'on a choisi de ne pas enquêter! Au départ, j'ai même cru que c'était une "fake news", tellement le crime était énorme et tellement personne n'en parlait. Certains m'ont également expliqué que le meurtre avait eu lieu quinze jours avant la présidentielle, et que médias comme politiques ne voulaient pas rejouer l'épisode du fait divers ultraviolent qui avait influencé la fin de la campagne de 2002 [NDLR: le passage à tabac d'un retraité]. Désolée, mais cela ne me suffit pas... 

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