Lu dans la presse
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Publié le 5 Décembre 2017

#France - Déclaration fraternelle du Protestantisme au Judaïsme

Lundi 4 décembre à 18h30 à la maison du Protestantisme, le Protestantisme français a délivré aux autorités Juives de France une déclaration fraternelle intitulée "Cette mémoire qui engage" à l’occasion du 500ème anniversaire de la Réforme. La cérémonie s'est déroulé en présence des responsables de Culte et des autorités publiques.

Photo : François Clavairoly, Président de la Fédération Protestante de France

Cette mémoire qui engage

Déclaration fraternelle de la Fédération protestante de France au Judaïsme, à l’occasion du 500e anniversaire de la Réforme

En 2017, les protestants commémorent 500 ans de Réformes. Dans leur grande diversité, les héritiers de Martin Luther abordent cet événement avec reconnaissance. Ils souhaitent partager la pertinence des grands principes théologiques de la Réforme, l’actualité des spiritualités et des expressions ecclésiales qu’elle a suscitées, ainsi que l’esprit de liberté et de responsabilité qu’elle a éveillé. En plaçant les Écritures, parole à interpréter, comme ultime autorité au cœur de la vie de foi de chacun et de celle de l’Église, la Réforme a notoirement contribué à façonner le visage du christianisme contemporain. En redécouvrant la gratuité du salut, la Réforme a permis l’émergence d’un souffle de liberté, d’une spiritualité de la confiance, d’une éthique de la reconnaissance, d’une théologie de l’espérance. L’occasion de cette commémoration lève légitimement un sentiment de gratitude et de joie.

La Fédération protestante de France se sait aussi redevable d’une histoire à assumer, car l’œuvre de mémoire convoque également le regard critique sur le passé. Ainsi, en cette année 2017, les protestants doivent regarder en face le fait que les acteurs de la Réforme n’ont pas été en mesure de susciter une vision théologique nouvelle du rapport entre l’Église et Israël1, ni renouveler leur compréhension du Judaïsme. À de rares exceptions près, les réformateurs ont reproduit la pensée antijuive séculaire qui s’enracinait dans une certaine lecture du Nouveau Testament. Ils n’ont pas su s’extraire de l’opposition à Israël dans laquelle l’Église s’étaient installée. Dans un XVIe siècle qui n’arrivait pas à concevoir la coexistence de cultes différents et à une époque où la notion de tolérance n’existait pas, le jeune Martin Luther avait publié un écrit manifestant une certaine ouverture, certes ambiguë, dans lequel il reconnaissait la judéité de Jésus – «Que Jésus-Christ est né juif ». Nourrissant l’espoir d’un ralliement à l’Église, il demandait un accueil et une attitude amicale à l’égard des juifs. Mais après les années 1530, ses propos se firent plus durs, atteignant dans trois écrits des années 1542–1543, une violence insoutenable envers eux. Si les efforts de contextualisation des historiens, sans chercher à relativiser ni excuser, en donnent des clés de compréhension, ils n’atténuent en rien leur caractère inadmissible. La Fédération protestante de France rejette ces propos et continue à dénoncer avec la plus grande fermeté l’exploitation qui a pu en être faite. La famille protestante se sent responsable de la manière dont les propos antijuifs de Luther pourraient aujourd’hui encore être instrumentalisés à des fins discriminatoires ou antisémites. La Fédération protestante de France se sait également héritière d’une affinité particulière que le Protestantisme français a développée avec le Judaïsme.

Concentrant sa démarche interprétative sur la quête de l’argument singulier d’un texte biblique, le réformateur français Jean Calvin, trouve à équivalence dans les deux Testaments de la Bible, l’expression d’une norme permanente pour la vie du croyant et celle de l’Église. De ce fait, il accorde à la Bible hébraïque une validité permanente et insiste sur l’unité de l’alliance exprimée par les deux Testaments de la Bible chré- tienne. Sa quête de l’Évangile ne l’amène pas à durcir le rapport à la loi. Cette approche particulière qui n’a pas d’emblée porté les fruits qu’elle contenait en germe, a néanmoins suscité une grande familiarité des protestants français avec la Bible hébraïque ainsi qu’une affinité avec les Hébreux, qui est à l’origine de ce lien de solidarité particulier avec les juifs et le Judaïsme. La situation sociologique de religion minoritaire et la mémoire de leur propre persécution ont encore renforcé cette identification largement partagée à la destinée d’Israël. Dans les heures sombres de l’histoire d’Israël, cette proximité a suscité des actes d’une solidarité exemplaire et mobilisé le soutien vigilant de responsables d’Église, de l’affaire Dreyfus à la deuxième guerre mondiale et aux récentes manifestations d’antisémitisme. La Fédération protestante de France se sait avant tout engagée par les acquis du processus de dialogue et de travail théologique qui a mis en évidence le lien particulier et indissoluble entre l’Église et Israël. En effet, la tragédie de la Shoah a réveillé les consciences et engagé les Églises dans un processus de révision de leur rapport au Judaïsme. De nombreuses déclarations ont énoncé des principes décisifs, renouvelant en profondeur la nature des relations entre l’Église et le Judaïsme. La Fédération protestante de France condamne l’antisémitisme sous toutes ses formes, comme cela a déjà été demandé, lors de sa fondation en 1948, par le Conseil Œcuménique des Églises (COE).

Lire la déclaration en intégralité en téléchargeant le document en haut de cet article

Visiter le site Internet de la Fédération Protestante de France 

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