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Publié le 9 Mars 2018

#France #Desinfo - Sur Twitter, les "fake news" voyagent plus vite que les vraies informations

INFOGRAPHIE - Des chercheurs du MIT publient une grande étude sur la propagation de la désinformation sur le réseau social.

Publié le 8 mars 2018 dans Le Figaro 

Les rumeurs voyagent plus vite et plus loin que des informations exactes et vérifiées sur Twitter. Tel est le principal résultat d'une étude sans précédent, publiée dans la revue Sciencedu 9 mars et réalisée par trois chercheurs du Massachusetts Institute of Technology de Cambridge (MIT, États-Unis), dont deux travaillent au prestigieux Media Lab et un troisième à l'école de management Sloan. Une étude importante dans le contexte des débats sur l'impact des «fake news» sur les résultats des récentes élections, aux États-Unis comme en Europe, et au moment ou le gouvernement français prépare une loi pour tenter d'enrayer le phénomène.

L'étude du MIT porte sur 126.000 histoires diffusées via Twitter de 2006 à 2017. Des sujets dont la véracité a été authentifiée ou infirmée par six organisations de «fact checking», c'est-à-dire qui vérifient si le fait propagé est exact, erroné ou entre les deux (comme Snopes.com ou Factcheck.org). Ces organisations peuvent classer une information comme étant mixte, c'est-à-dire à peu près vraie ou à peu près fausse. C'est notamment le cas si un chiffre diffusé est trop arrondi par rapport à ce qui a été mesuré, tel un taux de chômage dans un pays annoncé à 10 % alors que sa valeur réelle est de 11,9 %.

Première validation scientifique du phénomène

L'étude est à la fois très étendue dans le temps, depuis la naissance du site de «microblogging», et remarquable pour la quantité de données compilées. Les chercheurs ont étudié la propagation en cascade, par partages successifs d'un internaute à l'autre, de 126.000 informations par 3 millions de personnes diffusées plus de 4,5 millions de fois. Fait rarissime, le média social a coopéré avec les chercheurs.

«L'étude est originale. C'est la première validation scientifique d'hypothèses qui pouvaient être faites intuitivement mais que personne n'avait pu vérifier à une telle ampleur», souligne Ioana Manolescu, directrice de recherche de l'Inria au centre de Saclay (Essonne). Et d'ajouter: «Les scientifiques ont obtenu une coopération inédite du réseau social. L'ampleur du “corpus” est considérable. Il leur a été possible d'avoir accès à des données incroyables. Notamment quels tweets ont été diffusés et lus par les utilisateurs du réseau social pendant les 60 jours précédents chaque tweet étudié. Les chercheurs ont donc pu calculer une sorte de distance à la nouveauté d'une information qu'une personne allait renvoyer. C'est-à-dire mesurer si un tweet est nouveau ou pas pour une personne qui renvoie un message», précise la chercheuse, experte du domaine. C'est donc la bonne méthode qui aurait été suivie par les chercheurs.

Lourdes conséquences

Les fausses nouvelles voyagent plus vite, plus loin, vers davantage d'utilisateurs du réseau social et sont propagées un bien plus grand nombre de fois que les informations justes. Ainsi, les chercheurs du MIT ont pu calculer que les fausses informations sont renvoyées 70 % de fois plus souvent que celles qui sont exactes, et cela indépendamment de l'âge et de la qualité de l'émetteur du tweet. Transmettre une rumeur inspire à ses émetteurs une plus grande surprise et un plus grand dégoût qu'un fait avéré.

L'effet est le même pour les «bots», ces robots qui renvoient automatiquement des rumeurs pour tenter d'influencer l'opinion publique lors d'élections. Il y a une multitude d'exemples: notamment sur le supposé «état de démence» de la candidate Hillary Clinton. Par ailleurs, un tweet d'une fausse explosion qui aurait blessé Barack Obama a fait perdre 130 milliards de dollars à la capitalisation boursière de Wall Street.

Les chercheurs notent, bien sûr, que le pic d'usage de Twitter s'est produit au moment des élections américaines de 2012 et de 2016. Et que les fausses rumeurs sont propagées indépendamment du nombre de suiveurs et de l'activité d'un utilisateur du réseau social.

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L'éducation, seul rempart

En France, Emmanuel Macron souhaite réglementer la diffusion de rumeurs pendant les périodes électorales. Mais selon l'étude, une telle ambition semble impossible. Une fois encore, la technologie semble dépasser les objectifs de la loi. En 5000 minutes, soit 3,5 jours, une information vraie est rediffusée le long d'une chaîne de 10 à 11 personnes, alors qu'un tweet d'une rumeur est retransmis plus de 20 fois! En deux jours, le mal est fait, la mauvaise rumeur a déjà atteint son but de déstabilisation. Des délais si brefs qu'il sera impossible de réagir à temps pour supprimer les tweets inquiétants. L'éducation serait l'un des meilleurs remparts à ce phénomène.

Toutefois, cette publication doit être considérée avec prudence. «Il peut y avoir un biais. L'étude porte uniquement sur les tweets qui ont fait l'objet d'un “fact checking”. Or les choses évidentes et vraies comme “Trump rencontre Macron à Paris” ne sont pas vérifiées par les grandes organisations de vérification des informations», remarque Ioana Manolescu. Conscients de cette difficulté, les chercheurs ont tenté de confirmer leurs résultats en sélectionnant 169 rumeurs non ciblées par le «fact checking». Mais est-ce que l'algorithme utilisé pour cette opération n'était pas lui-même un peu orienté pour détecter en priorité les rumeurs?

Il reste que Twitter est par essence, comme les autres médias sociaux, une voie de diffusion alternative aux médias traditionnels. N'étant pas réglementés, ils propagent davantage de ragots. Enfin, comme le rappelle la chercheuse de l'Inria, «les éditeurs de réseaux sociaux ont l'habitude de dire qu'ils ne sont pas un média, mais seulement un médium».

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