Lu dans la presse
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Publié le 13 Juin 2018

#France - Migrants : la France doit-elle faire plus ?

L’Espagne a accepté d’accueillir l’ "Aquarius" avec ses 629 migrants à bord. L’attitude du gouvernement français est à nouveau en débat.

Publié le 13 juin dans Le Parisien

Une fois de plus la dérive de l’« Aquarius », ce navire humanitaire avec 629 réfugiés à bord, pose de façon dramatique la question de l’attitude des pays européens face à cette crise migratoire qui dure depuis plus de cinq ans. Rejet (par l’Italie des populistes au pouvoir, qui a interdit l’accès à ses ports), générosité et courage (pour l’Espagne, seul pays ayant accepté de les accueillir au port de Valence) et apparente indifférence (en France), tel est le spectre des réactions.

Il aura en effet fallu attendre quarante-huit heures avant que le gouvernement français, vivement critiqué au sein même de son parti LREM, sorte de son silence, le Premier ministre, Edouard Philippe, déclarant la France « prête à aider » l’Espagne pour « accueillir » des migrants. Emmanuel Macron, lui, a fustigé mardi « la part de cynisme et d’irresponsabilité » de l’Italie, se faisant taxer en retour « d’hypocrite donneur de leçons » par le gouvernement italien.

« Emmanuel, si tu as le cœur aussi gros que tu le dis, demain nous te donnerons les 9 000 migrants que tu t’étais engagé à prendre », a lancé le vice-Premier ministre — chargé de l’Intérieur — Matteo Salvini (Lega, extrême droite), à la manœuvre dans cette affaire. Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a invité ses homologues italien et espagnol à Paris pour « approfondir le dialogue ».

Sonia Krimi : "Ce silence s’apparente à de la honte"

Quel message de la France attendiez-vous en réponse à la situation des migrants de l’«Aquarius» ?

SONIA KRIMI. J’attendais une réponse forte, à la hauteur de la situation. Quand vous avez plus de 600 personnes dans un bateau, dont des femmes et des enfants, on les accueille d’abord et on discute après. Mais là, il n’y a pas eu de réaction. Ni au niveau du groupe LREM de l’Assemblée, ni au niveau des ministres, ni à l’Elysée. Le gouvernement refuse de voir la réalité, mais l’indifférence sur ce sujet est pire que de prendre une position comme l’a fait Matteo Salvini en Italie. Au moins, lui assume ses convictions, et on ne peut pas le lui reprocher. Que je sache, on n’a pas un gouvernement d’extrême droite en France ! Il y a des silences qui s’apparentent à de la honte. Je comprends qu’Emmanuel Macron ne souhaite pas s’exprimer à chaque fois, mais son Premier ministre aurait pu le faire. Je regrette aussi qu’au niveau du groupe parlementaire, on n’ait pas eu une position commune.

Edouard Philippe a finalement affirmé mardi que la France était «prête à aider» l’Espagne…

Ça arrive trop tard ! Le plus important, c’était de sauver la vie de ces réfugiés. Le Premier ministre nous a expliqué en deux minutes les règles du droit international et maritime, mais le droit humain prime ! Là, on attend que les migrants se noient peut-être et après on nous dit qu’on est prêt à les accueillir…

Que devrait faire la France en matière d’immigration ?

La France doit porter une voix positive au niveau européen pour dire qu’on va accueillir les réfugiés et sans les humilier, même si on ne peut pas recevoir tout le monde. Mais la loi Asile et Immigration a envoyé un mauvais signal et n’était pas à la hauteur des promesses de campagne du président, qui disait que l’Allemagne avait sauvé l’honneur de l’Europe. Aujourd’hui, on parle de l’immigration comme d’un problème. Il faut changer de logique. On a une grande responsabilité, car la politique européenne ne doit pas être tracée par Matteo Salvini ! On ne peut pas continuer non plus à dépenser de l’argent en raccompagnant les migrants dans les pays où ils arrivent en Europe et en mettant la pression sur ces Etats en bordure de la Méditerranée. Le règlement de Dublin (NDLR : qui prévoit l’examen de la demande d’asile d’un réfugié dans le premier pays qui l’a accueilli) n’est pas efficace, car on ne peut pas obliger un migrant qui veut venir en France à rester en Italie parce que c’est là qu’il est arrivé. Il faut supprimer ce statut de « dubliné ».

Éric Ciotti : « La France ne doit pas donner de leçons de morale »

La France aurait-elle dû en faire plus face à la situation de l’Aquarius ?

ÉRIC CIOTTI. C’est une affaire italienne et européenne. J’ai été choqué par les leçons de morale, quasiment insultantes, du président Macron à l’Italie. L’Italie fait face toute seule à un choc migratoire d’une grande ampleur. Devant la passivité de l’Europe, le nouveau gouvernement a décidé d’y mettre un terme. Personnellement je respecte ce choix.

Vous approuvez la décision du ministre italien Salvini de fermer les ports aux bateaux secourant les migrants ?

C’est une décision ultime, mais qui était indispensable. Je suis persuadé que la décision de l’Italie va considérablement limiter les passages en Méditerranée. Elle va créer un choc salutaire qui fera changer d’attitude les Européens. Sous mandat de l’ONU, il faut empêcher, y compris dans les eaux territoriales libyennes, le départ des bateaux de passeurs. Et s’ils ont pris la mer, il faut les arraisonner et les ramener sur les côtes de départ. Pour cela, dotons de plus de moyens l’agence Frontex et développons les opérations navales en Méditerranée. C’est en Afrique même qu’il faut agir, quand les embarcations ont pris la mer il est déjà trop tard. Quant aux ONG, sous couvert de générosité, elles ont consciemment ou inconsciemment contribué à faire prospérer le sinistre commerce des passeurs. Ceux-ci les considèrent comme le dernier chaînon pour arriver en Europe

Mais les Européens ne peuvent pas rester inertes devant des personnes en péril…

Des opérations de secours pour sauver des gens sur des bateaux sont naturellement toujours possibles. Mais c’est à l’Etat de s’en charger, il ne peut pas déléguer cette tâche aux ONG. Aux Etats européens désormais de se mobiliser et d’agir.

Plus globalement, que doit faire la France ?

Au lieu d’attaquer l’Italie, la France devrait s’en montrer plus solidaire. Or l’attitude d’Emmanuel Macron risque d’avoir des conséquences très lourdes. Si demain l’Italie décide d’ouvrir la frontière franco-italienne à Vintimille, ce ne sont pas moins de 500 000 étrangers en situation irrégulière qui pourraient arriver en France à destination de Calais. Je suis élu des Alpes-Maritimes, je sais que les autorités de l’Etat sont terrifiées par cette menace. Je ne souhaite pas que demain, Nice ou Marseille deviennent de nouveaux Lampedusa.

 

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