Lu dans la presse
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Publié le 16 Mai 2018

#France #Ramadan - Pourquoi faire venir 300 imams étrangers

Ce détachement de religieux en France pour la période du ramadan remonte à plusieurs décennies.

Publié le 15 mai 2018 dans Le Figaro

Une «hérésie». Le coup a été donné par Jeannette Bougrab, ancienne secrétaire d'État chargée de la Jeunesse et des Sports dans le dernier gouvernement Fillon (2010 et 2012). Interrogée fin mars par Le Figaro à l'occasion de la publication de son dernier livre, Lettre d'exil. La barbarie et nous (Éditions du Cerf), elle a attaqué le principe du détachement d'imams étrangers en France pour la période du ramadan. Ce temps religieux devrait commencer ce 16 mai, ou au plus tard jeudi 17 - cela dépend de l'observation de la lune et de l'Arabie saoudite, qui donne le ton -, pour un mois marqué notamment par le jeûne diurne, l'aumône et davantage de prières à la mosquée.

«Organiser la venue d'imams étrangers en France est une hérésie», avait lancé cette fille de harki dont la famille en Algérie a payé par le sang son attachement à la France. Femme de conviction, elle réagissait à l'annonce du ministre des Cultes algérien, Mohammed Aïssa, qui venait de confirmer à Gérard Collomb l'envoi de cent imams en France pour le ramadan 2018. «Comment, dans un État laïque, le ministre de l'Intérieur, certes ministre des Cultes, se préoccupe de faire venir des imams d'Algérie pour le ramadan? On nous casse les oreilles avec la création d'un islam de France, et on fait venir des imams d'Algérie.»

La charge fit mouche. Manuel Valls, ancien premier ministre socialiste, renchérit. Il demanda «de mettre un terme le plus vite possible» aux accords bilatéraux permettant la venue de ces religieux au nom même de «l'idée qu'on doit se faire d'un islam des Lumières». Quant à Nathalie Goulet, sénatrice UDI, sensible aux «risques qui pèsent sur la société française», elle pointa la question du «contrôle» de ces imams, jugeant peu «raisonnable» l'attitude de l'État et du gouvernement. «Certains imams viennent avec des visas touristiques, s'est-elle interrogée, comment voulez-vous les contrôler?»

Polémique significative dans le contexte des attentats, mais sans lendemain. Et surtout sans mémoire, car la venue d'imams en France pour la période du ramadan remonte à plusieurs décennies. Une pratique assumée par des gouvernements de droite - avec Charles Pasqua à l'Intérieur - et de gauche. dont celui de… Manuel Valls !

Des listes contrôlées

De plus, ce ne sont pas «cent imams» étrangers qui débarquent sur le sol français, mais le triple. Avec un gros bataillon de Marocains - environ deux cents - et une poignée de Turcs. Ce détachement de ressortissants religieux étrangers est administrativement encadré par un échange de courrier diplomatique entre le ministère des Affaires étrangères français et les gouvernements concernés. Les listes d'imams sont contrôlées, à la source, dans leur pays d'origine, mais aussi au ministère de l'Intérieur. Sur plusieurs décennies, «les cas de refus de visa pour radicalisme se comptent sur les doigts d'une main», assure une source administrative experte de ce dossier.

Ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve avait été interrogé sur ce point en février 2016 par Nathalie Goulet, auteur, avec le sénateur André Reichardt, de rapports de référence sur l'islam en France qui demandent la prise en main sérieuse de la formation des imams. Bernard Cazeneuve avait assuré: «La liste de ces personnes nous est transmise un mois avant leur arrivée, ce qui permet de procéder au criblage. Ces personnes, qui sont des fonctionnaires des États avec lesquels nous avons signé ces accords, bénéficient d'un visa de court séjour dont l'expiration est fixée au dernier jour du ramadan.»

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