Lu dans la presse
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Publié le 15 Juin 2020

France - Religions : Il y a 60 ans, un sommet du dialogue judéo-chrétien

Le 13 juin 1960, le pape Jean XXIII recevait en audience le professeur d’histoire et penseur juif, né à Rennes, Jules Isaac. C’était deux ans avant le concile Vatican II. Un moment clé du dialogue entre juifs et chrétiens que saluent le groupe Jules-Isaac et l’association culturelle et cultuelle israélite de Rennes.

Publié le 12 juin dans Ouest-France

Mon premier est né à Rennes il y a 143 ans, au hasard des affectations militaires de son père, et son nom fut attaché à des manuels scolaires qui marquèrent leur temps, et aujourd’hui encore à une école élémentaire publique rennaise, située dans le quartier de la Bellangerais.

Mon second est venu à deux reprises, en 1946 et 1950, dans la capitale bretonne en sa qualité de prélat du Vatican, et son nom est attaché à la dernière grande réforme de l’Église catholique, ainsi qu’à l’une des paroisses catholiques de Rennes. Et tous deux ont impulsé un bond de géant au dialogue interreligieux.

Ce samedi est la date anniversaire de la rencontre du 13 juin 1960 entre le pape Jean XXIII et le professeur d’histoire juif Jules Isaac. Deux ans seulement avant le concile Vatican II.

Jean-Léon Cohen, fondateur du groupe Jules-Isaac de Rennes, Philippe Stroll, président de l’association culturelle et cultuelle israélite de Rennes, et Joël Thierry, président du groupe Jules-Isaac. | OUEST-FRANCE

« À près de 83 ans, Jules Isaac est reçu le 13 juin 1960 en audience privée par le Pape Jean XXIII, à Rome. L’entrevue, d’une durée de plus de vingt minutes, est chaleureuse, indique Joël Thierry, actuel président du groupe Jules-Isaac à Rennes. Fondateur de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France (1948) avec un groupe de chrétiens et de juifs, Jules Isaac a préparé depuis près de huit mois ce rendez-vous. C’est l’aboutissement d’un long combat contre l’antisémitisme qui a submergé l’Europe et la France, du statut des juifs de Vichy à la déportation des siens, que résume bien avec une poignante sobriété sa dédicace dans son livre Jésus et Israël : « À ma femme, à ma fille martyres, tuées par les nazis d’Hitler, tuées simplement parce qu’elles s’appelaient Isaac. »

Un colloque il y a 43 ans

L’œuvre de Jules Isaac, qui consacra les vingt dernières années de sa vie à rapprocher la chrétienté du judaïsme inspire encore aujourd’hui. C’est un colloque qui lui a été consacré à Rennes, en 1977, qui donnera naissance au groupe de réflexion Jules-Isaac. « C’était pour le centenaire de sa naissance. Ce colloque avait été organisé avec Michel Denis, alors président de l’université de Rennes », se souvient Jean-Léon Cohen, ancien professeur de piano au conservatoire et fondateur du groupe Jules-Isaac de Rennes. Il en existe un autre à Montpellier et une association à Aix-en-Provence, c’est tout.

Le baptême d’un établissement scolaire rennais du nom du penseur juif tient aussi de la rencontre. « J’avais suggéré à Victor Janton, ancien adjoint à la culture de Rennes et professeur au lycée Émile-Zola, de donner son nom à une rue, poursuit Jean-Léon Cohen. Il a proposé une école ! »

« La place de Rennes dans l’histoire »

Jules Isaac parle-t-il encore aux jeunes générations ? « Je savais le rôle de Jean XXIII dans le dialogue judéo-chrétien, j’ai entendu parler du Jules-Isaac à la faveur des rencontres avec les membres du groupe, concède Philippe Strol, président de l’association culturelle et cultuelle israélite de Rennes. Ce qui me frappe aussi c’est la place qu’a la ville de Rennes dans l’histoire : Jules Isaac y est né, le procès en appel Dreyfus s’y est tenu et Mgr d’Ornellas, évêque de Rennes, reçoit le prix de l’amitié judéo-chrétienne de France… Dans la tradition juive, le hasard n’existe pas. »

Jean-Léon Cohen devait remettre le 22 mars à Mgr d’Ornellas une médaille gravée par Jean-Claude, fils Jules Isaac. « Compte tenu du confinement, nous avons dû reporter cette réunion, indique Joël Thierry. Ce sera à l’automne. »

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