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Publié le 15 Juin 2020

France - Rescapé de la Shoah, l'historien et écrivain Maurice Rajsfus, vigie des violences policières, est décédé

Ecrivain, journaliste, militant et historien, Maurice Rajsfus est mort samedi 13 juin à l'âge de 92 ans, a annoncé son fils Marc Plocki. Cet inlassable militant antifasciste, fils de parents assassinés à Auschwitz, a consacré sa vie à dénoncer la répression sous toutes ses formes.

Publié le 14 juin dans Le Point

La France perd un de ses grands militants et de ses témoins de l'Histoire. Samedi, à l'âge de 92 ans, l'écrivain Maurice Rajsfus est décédé. Rescapé de la Shoah, inlassable vigie des violences policières, il a dédié sa vie au combat contre la répression, sous toutes ses formes.

Rescapé de la rafle du Vél d'Hiv

Né le 9 avril 1928 en banlieue parisienne, de parents juifs polonais, sa vie bascule avec la défaite de 1940 et les premières lois antisémites du gouvernement de Vichy. Il doit abandonner l'école, mais le pire est encore à venir.

Le matin du 16 juillet 1942, le jeune Maurice – âgé de 14 ans – et sa famille sont arrêtés chez eux par deux policiers. L'un d'eux est leur voisin de palier. Ils sont victimes de la rafle du Vél d'Hiv. Plus de 13 000 juifs, dont plus de 4 000 enfants, furent arrêtés ce jour-là par les forces de l'ordre françaises au service du régime nazi.

"J'en veux profondément à la police de ce pays"

Si Maurice Rajsfus et sa soeur Jenny, alors âgée de 16 ans, en réchappent (un policier avait dit à sa mère que les enfants de nationalité française de 14 à 16 ans pouvaient sortir du camp où ils avaient été rassemblés avant d'être conduits à Drancy), leurs parents seront assassinés à Auschwitz. Jenny et Maurice vivent deux années difficiles, craignant constamment une nouvelle vague de rafles.

Des années plus tard, Maurice Rajsfus expliquera : "J'en veux profondément à la police de ce pays, plus qu'aux Allemands ; sans cette police, les nazis n'auraient pas pu faire autant de dégâts. Depuis 1942, je me sens en retrait vis-à-vis de mes compatriotes : ils ont été plutôt veules, et ça n'a pas beaucoup changé ensuite."

Maurice Rajsfus s'intéressera par la suite comme historien à cet événement et se fera connaître par un premier ouvrage sur l'Union générale des israélites de France (Ugif) intitulé Des juifs dans la collaboration.

A la Libération, il reprend son apprentissage en joaillerie et adhère aux Jeunesses communistes et au PCF avant d'en être exclu au prétexte d'être un "provocateur policier". Il se rapproche alors des milieux trotskistes puis anarchistes, découvrant au passage les surréalistes. "Je m'enchantais de tout ce qui pouvait mettre à mal cette société à qui je n'avais rien pardonné et avec laquelle mes comptes ne seraient jamais réglés", se rappelait-il en 1992.

"Historien de la répression"

Il travaille dans plusieurs journaux. Il est notamment secrétaire de rédaction au Monde, mais son engagement militant ne faiblit pas. Témoin de la violence des forces de l'ordre le 17 octobre 1961 contre les Algériens manifestant à Paris, le 8 février 1962 au métro Charonne, et pendant Mai-68, il commence à traquer les dérapages de la police.

Maurice Rajsfus devient effectivement "historien de la répression", dressant des fiches jusqu'à en rassembler des milliers. Il avait arrêté ces dernières années de recenser sur ses fiches bristol les dérapages policiers, mais continuait de suivre l'actualité et dénonçait régulièrement les violences policières. Il avait récemment confié à Libération son souhait de vouloir transmettre ses archives d'articles autour de violences policières, méticuleusement constituées de 1968 à 2014.

"Infatigable militant antiraciste et antifasciste, Maurice Rajsfus fut un des créateurs de Ras l'Front au début des années 1990 et animateur du bulletin Que fait la police ? qui dénonça pendant près de vingt-cinq ans les violences et l'arbitraire policier", dit de lui son fils.

En 1994, il avait fondé l'Observatoire des libertés publiques en compagnie de quelques auteurs engagés comme l'écrivain Didier Daeninckx. Enfin, il compte parmi les initiateurs du réseau Ras l'Front (contre le Front national), dont il a été président pendant quelques années.Cité comme témoin de la défense au procès de Maurice Papon, il avait refusé de se soumettre à la convocation et avait finalement été dispensé. « Envoyez-moi les gendarmes. Ça sera bien de voir un rescapé de la rafle du Vél' d'Hiv, fils de victimes, être obligé de témoigner en faveur d'un complice des bourreaux », avait-il écrit au président du tribunal.

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