Lu dans la presse
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Publié le 31 Juillet 2017

​#France #Shoah - Interné à Drancy : le destin d'Eugène Handschuh

Eugène Handschuh est mort le 8 juillet. Le journal Libération l'avait rencontré l’an dernier. Il avait raconté l’épopée à laquelle il participa : la tentative de fuir l’antichambre d’Auschwitz puis son évasion d’un train.

Publié dans Libération le 30 juillet 2017

Le récit débute en 1923, à Budapest. Voilà pour l’état civil. 

«Dans la famille, on a toujours été à gauche, poursuit Eugène Handschuh. Mon père était communiste. Il faisait même partie de l’armée rouge hongroise. Les chiens ne font pas des chats, hein ?» Eugène, ses yeux et sa moustache sourient quand il racontel’errance de sa famille, Juifs de Hongrie, à 6 ans, à travers l’Europe centrale avec ses parents Oscar et Victoria, et son frère Louis, de trois ans son aîné. L’emménagement dans le XIXe arrondissement, puis dans le Marais. Il rigole encore : «Ce n’était pas extraordinaire à ce moment-là, le Marais.» Et les deux jeunes chats ? Ils militent aux Jeunesses communistes. Ce sera ensuite, logiquement, la Résistance, avec les MOI. Eugène ne s’étend pas, ni sur l’attaque à la grenade d’une position allemande, face au Rex, et la planque dans le Xe arrondissement. Ni sur la peur permanente. «On avait des faux papiers, qui arrivaient à expiration ; il fallait récupérer les nouveaux à notre ancien domicile dans le Marais. Mais les gens qui les avaient se sont fait repérer, suivre et on s’est fait cueillir.» C’était le 28 décembre 1942.

Eugène tient à nous montrer sa collection personnelle de souvenirs. Il porte beau et s’il doit extirper sa longue carcasse d’un canapé, Eugène maîtrise parfaitement les télécommandes pour lancer DVD et vieilles cassettes vidéo. L’histoire du camp de Drancy est connue ; celle du tunnel, qu’il veut nous conter par le menu, un peu moins (1). Les détails restent dans sa tête. Il a soif de raconter cette année 1943. Eugène s’inquiète de l’enregistreur posé devant lui : « Je peux parler plus fort si vous voulez.»«Ce sont les Français qui nous ont arrêtés. On est d’abord allés à la Conciergerie. C’était une abomination. Je crois que ça n’a pas changé. Ce sont les Français qui nous ont interrogés. Durement. On a pris des coups de nerf de bœuf. Puis ils nous ont passés aux Allemands, rue des Saussaies, le siège de la Gestapo. En y arrivant, j’ai cru mourir. On voyait des gars pleins d’eau qu’on traînait. Au début, je ne savais pas ce que c’était. Après j’ai su.» Il fait une pause. Silence.

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