Lu dans la presse
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Publié le 26 Novembre 2015

Gérald Bronner : "Comment lutter contre la radicalisation sur Internet"

L'un des enjeux de cette guerre contre le fanatisme est de trouver des moyens techniques d'améliorer les tests de détection. 
 
Par Gérald Bronner, Spécialiste des croyances et du complotisme associé à l'effort gouvernemental pour la déradicalisation, publié dans le Point le 25 novembre 2015
 
Comment empêcher cette rhétorique djihadiste de séduire de jeunes esprits en formation ? De ce point de vue, on le sait, Internet joue un rôle déterminant puisqu'une bonne part des processus d'endoctrinement a lieu sur la Toile. En effet, si l'on se réfère, par exemple, à la récente étude de Dounia Bouzar et al. (1), 90 % des cas de radicalisation s'effectuent sur Internet.
 
C'est que les entreprises djihadistes ont su mobiliser très tôt toutes les ressources des technologies de l'information. Il faut se souvenir, en effet, que les premiers sites djihadistes ont fait leur apparition dans les années 90, soit à l'âge de pierre d'Internet. En 1991, par exemple, le site IMC (Islamic Media Center) proposait de la propagande et des conseils opérationnels. Beaucoup plus récemment, on dénombrait 46 000 comptes Twitter utilisés par des membres ou des sympathisants de Daech. On sait aussi que ces comptes ont en moyenne cinq fois plus de "followers" qu'un compte ordinaire. 
 
Il est évident que cette guerre est aussi celle de l'information et que le rapport de forces est nettement en faveur des fanatiques de l'islam. Que l'on songe seulement au nombre de vidéos de propagande produites et au fait que non seulement les médias conventionnels n'ont pas toujours résisté à la tentation de les diffuser (même floutées), mais encore qu'il nous est presque impossible de ne pas les commenter (par exemple, sur les réseaux sociaux) pour mesurer combien, en termes d'économie de l'attention, l'entreprise de la terreur a été, jusqu'à présent, un succès. La lutte doit donc avoir lieu sur Internet. Il ne s'agit pas d'éradiquer la présence du fanatisme sur la Toile - c'est là une chose impossible -, mais de ralentir le commerce qu'il fait de l'information. 
 
Pour cela, plusieurs voies sont possibles. D'abord, on sait que la suppression de sites est une solution nécessaire mais peu efficace dans la mesure où leurs contenus se dupliquent facilement. De ce point de vue, la suppression de comptes sur les réseaux sociaux paraît préférable, car il faut un certain temps pour reconstituer son réseau d'"amis" ou de "followers". C'est sans doute pour cette raison que, lorsque Twitter a supprimé des milliers de comptes liés à des contenus djihadistes, après les attentats de janvier à Paris, Jack Dorsey, le cofondateur du réseau, a été directement menacé de mort par Daech.
 
Une autre suggestion astucieuse, proposée par Mark Hecker dans un rapport récent (4), est de faire d'Internet un terrain dangereux pour les fanatiques de l'islam. Ces individus craignent souvent d'être infiltrés et peuvent rapidement être gagnés par une prudence paranoïde. Dans ces conditions, leur donner le sentiment que la plupart de leurs interlocuteurs - qui écrivent le plus souvent sous pseudonyme - ne sont pas fiables est de nature à ralentir beaucoup les processus de recrutement et, d'une façon générale, la fluidification de la radicalité qu'avait permise dans un premier temps Internet.
 
Ensuite, il faut tracer le parcours Internet des individus radicalisés pour identifier les caractéristiques d'un chemin vers le fanatisme que d'autres emprunteront sans doute. Il est à présent bien établi, par exemple, qu'il existe un rapport étroit entre les croyances conspirationnistes et l'extrémisme. Certains sites n'ayant pas un rapport direct avec le djihadisme constituent des étapes vers la radicalisation, notamment religieuse, parce qu'ils aident l'individu à construire un récit à la fois belliqueux et cohérent du monde qui légitimera, à terme, le recours à la violence. Les big data sont terriblement efficaces pour servir les intérêts commerciaux. Pourquoi ne pourraient-elles pas aider à prédire les conduites d'un individu en phase de fanatisation pour lui permettre de rencontrer plus facilement des contre-discours à la propagande terroriste ?... Lire l'intégralité.
 
 
Notes :
1. Dounia Bouzar, Christophe Caupenne, Sulayman Valsan, "La métamorphose opérée chez les jeunes par les nouveaux discours terroristes", Centre de prévention des dérives sectaires liées à l'islam, novembre 2014.
 

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