Lu dans la presse
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Publié le 19 Mai 2016

Gilles Kepel : "On se trouve aujourd’hui dans le déni du 13 novembre et du mois de mars dernier"

Gilles Kepel analyse les mutations du "djihadisme 3 G"

Après le 13 novembre, une rumeur avait accusé le Mossad d'avoir mis en œuvre une 'solution finale contre les musulmans'

Par Steve Nadjar, publié dans Actualité Juive le 17 mai 2016
 
Actualité Juive : La presse américaine annonce que le concepteur et le planificateur des attentats de novembre en Ile-de-France serait un Français, Abou Souleyman Al Firansi. Cette information vous paraît-elle crédible ?
 
Gilles Kepel : A ce stade, il est difficile de le savoir tant qu’elle n’a pas été recoupée. L’organisation Etat islamique fonctionne de manière différente d’Al Qaïda. Al Qaïda était une machine pyramidale, où les donneurs d’ordre, Ben Laden et son cercle proche, étaient identifiés et où la direction avait envoyé, pour le 11 septembre, des exécutants préalablement entraînés. 
 
Dans le djihadisme de troisième génération, dont les pères fondateurs sont Abou Moussab Al Souri pour les aspects idéologiques et pour tout ce qui a trait à l’Europe, et Abou Moussab Al Zarqaoui, pour la dimension proprement irakienne de l’Etat islamique, on est davantage dans une logique où la feuille de route est fixée en haut lieu, mais où l’exécution est très largement déléguée à ceux qui vont prendre en charge l’opération. 
 
C’est cela qui explique les succès initiaux des attentats de 3e génération, parce qu’ils passeront sous les radars des services de sécurité. Le premier en France qui s’inscrit dans cette logique est Mohammed Merah en 2012. Il commence par tuer des « apostats », c’est-à-dire des soldats qu’ils supposent être tous des musulmans – ce qui n’est pas le cas – puis des enfants juifs et leur professeur à l’école Ozar Hatorah de Toulouse, le 19 mars 2012, le jour du cinquantenaire du cessez-le-feu de la guerre d’Algérie. 
 
A l’époque, les renseignements et les commentateurs, qui n’ont pas lu le texte de Souri, le qualifient de « loup solitaire » et ne comprennent pas dans quoi cette action s’inscrit. Les attentats qui suivront, en Belgique en 2014 puis en mars 2016, et en France en 2015, illustrent à la fois, dans un premier temps, la capacité de ce terrorisme réticulaire de prendre au dépourvu les services de renseignement, habitués à gérer un terrorisme pyramidal. En revanche, le fait de déléguer l’exécution à des gens qui ne sont pas au niveau, non formés politiquement, et surtout constitués de repris de justice, pose un problème aux djihadistes. 
 
L’opération de janvier a été, de leur point de vue, une semi-réussite puisqu’ils ont réussi à cliver la société française entre les « Je suis Charlie » et les « Je ne suis pas Charlie » ou « Je suis Charlie Coulibaly ». Cela n’a néanmoins pas conduit à la logique pogromiste suscitée par effet de provocation par les djihadistes pour casser les sociétés européennes et créer des guerres d’enclave qui aboutiraient à l’édification du califat sur les ruines de l’Europe... Lire l'intégralité.

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