Lu dans la presse
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Publié le 25 Juillet 2016

#Islamisme - Laurent Bouvet : l'islamisme, la gauche et le complexe colonial

Le professeur de Science politique décrypte les origines et les rouages de l'islamo-gauchisme.

Cette gauche aveuglée voit dans les islamistes des damnés de la terre à défendre...

Interview par Alexis Feertchak, publiée dans le Figarovox le 22 juillet 2016
 
... Comment expliquer le glissement historique d'une gauche largement anticléricale quand elle faisait face à l'Eglise à une gauche très défensive quand il s'agit d'appliquer le cadre de la laïcité à l'Islam?
 
...L'effondrement des grands récits idéologiques du XXe siècle a laissé cette gauche dans le désarroi. Ne plus pouvoir opposer de Vérité au réel lui était d'une certaine manière insupportable. D'où la transformation rapide, dans les années 1990-2000, de la pensée postcoloniale en une forme idéologique autonome et surdéterminante (alors qu'auparavant elle pouvait encore être incluse dans le récit communiste global).
 
Le rapport de cette gauche à l'Église est resté le même que celui de la période précédente, alliant d'une forme d'anticléricalisme viscéral à la condamnation du caractère rétrograde de l'Église sur les questions de mœurs en particulier - on l'a bien vu au moment du «mariage pour tous». La laïcité n'étant ici ni discutée ni discutable d'une certaine manière. Même si sur d'autres sujets, l'Église est plutôt considérée comme une alliée à gauche. C'est le cas en ce qui concerne l'accueil des migrants par exemple.
 
En revanche, le rapport à l'islam est lui nouveau historiquement. Cette religion, y compris dans ses formes les plus radicales, n'est pas considérée d'abord et avant tout comme une religion, comme un possible «opium du peuple», mais comme un des traits identitaires spécifiques des victimes et des dominés du monde postcolonial. Ce qui conduit à des choses étranges sur le plan philosophique, comme la défense du voile islamique au nom de la liberté individuelle par des responsables ou des militants politiques se réclamant du marxisme. On repense ici, par exemple, à l'épisode de la jeune candidate du NPA portant le voile aux régionales de 2010 en région PACA qui avait été défendue pour ce motif par Olivier Besancenot notamment.
 
On assiste donc, très largement au sein de la gauche, toutes familles politiques confondues, à ce deux poids deux mesures étonnant sur la laïcité. Comme si celle-ci était à géométrie variable selon la religion concernée. Ainsi, autre exemple, nombre d'élus de gauche sont-ils prompts à souhaiter publiquement aux musulmans de bonnes fêtes à l'occasion de la fin du Ramadan sans le faire pour d'autres religions. Or il me semble difficile d'adapter ainsi son attitude en fonction de telle ou telle religion. Il me semble difficile d'accueillir une cérémonie de rupture du jeûne dans une mairie alors qu'on n'y interdit la crèche de Noël pour prendre un autre exemple. La laïcité devrait simplement enjoindre aux élus à ne pas se mêler, dans le cadre de leurs fonctions, de religion.
 
Que pensez-vous des références nombreuses à la Seconde Guerre mondiale, au régime de Vichy pour parler de l'état d'urgence ou au parallèle entre les musulmans et les juifs?
 
Je suis toujours très circonspect sur les évocations historiques de ce genre au regard de la situation actuelle. D'autant plus qu'elles servent beaucoup, depuis quelques années, avec l'explosion de l'usage des réseaux sociaux, à disqualifier l'adversaire. C'est le fameux point Godwin qui veut que dans une conversation sur un réseau social, à un moment donné, dans le cadre d'un désaccord, on vous traite de nazi.
 
Concernant l'état d'urgence, nul besoin d'évoquer Vichy. Il suffit simplement de comparer ce qu'est l'état d'urgence dans un grand pays démocratique, dans un état de droit ancien et solide comme la France, à celui qui vient d'être décrété par Erdogan en Turquie. L'évocation sans plus de précaution dans le débat politique français de Vichy ces dernières semaines à propos de l'état d'urgence ou de l'usage du 49.3 par le gouvernement est tout simplement ridicule. Elles témoignent, plus profondément, me semble-t-il, du désarroi d'une partie, réduire et extrême, de la gauche qui n'a plus que ça pour tenter de se faire entendre parce que son poids politique est tellement réduit qu'elle est tout simplement inaudible. C'est la même logique que la violence symbolique et parfois physique qui sourd régulièrement de cette extrême-gauche, sur les réseaux sociaux, dans les manifestations…
Quant au parallèle entre juifs et musulmans comme boucs émissaires, là aussi, attention. Outre la comparaison historique oiseuse qui consiste à faire des musulmans d'aujourd'hui ce qu'étaient les juifs hier à l'époque nazie, la situation n'est pas du tout comparable. Personne n'extermine en masse les musulmans ou n'a même décidé de le faire. Et les morts musulmans aujourd'hui dans le monde en raison de la guerre ou du terrorisme le sont d'abord sous les coups d'autres musulmans. Je ne suis pas certain qu'une telle comparaison serve le propos de ceux qui s'y risquent... Lire l'intégralité.

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