Lu dans la presse
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Publié le 15 Mai 2019

Israël/Eurovision - Israël à l'Eurovision : 2018 ou la chronique de la victoire annoncée de Netta Barzilai

Tout au long de la semaine, « 20 Minutes » replonge dans les archives de l’Eurovision pour évoquer les chansons marquantes du pays organisateur de l’édition 2019, Israël. Le Crif vous propose de découvrir cette série.

Publié le 10 mai dans 20 Minutes

  • Le 12 mai 2018 à Lisbonne (Portugal), l’Israélienne Netta Barzilai a remporté l’Eurovision avec sa chanson « Toy ».
  • Durant les semaines précédant la finale, elle était présentée comme la grande favorite.
  • Pourtant, Netta Barzilai avait failli quitter le télécrochet qui lui a donné son ticket pour l’Eurovision et était à deux doigts de refuser de chanter « Toy ».

Même ceux qui n’ont pas suivi l’Eurovision 2018 savent que Toy a remporté le concours. Et s’ils ne connaissent pas le titre du morceau, ils en parlent comme de « la chanson avec les bruits de poulets ». Netta Barzilai a offert une quatrième victoire eurovisionnesque à Israël et, même si elle a été la grande favorite plusieurs semaines avant la finale, la belle histoire n’était pas complètement écrite d’avance.

Nous sommes mi-2017. La jeune femme, qui a alors 24 ans, galère à percer dans la musique. Elle se produit surtout dans des petits clubs underground où elle est rémunérée en pintes de bières. « Ma mère voulait que je quitte Tel-Aviv, que je rentre à la maison à Hod HaSharon pour devenir prof », expliquait-elle à 20 Minutes cet automne.

Avant-gardiste et outsider

Alors Netta Barzilai a tenté le tout pour le tout et, accompagnée de sa loop station, un appareil permettant d’enregistrer et jouer des boucles vocales, elle se présente au casting de HaKokhav HaBa. Le gagnant de ce télécrochet, dont la version française a fait un flop sous le titre Rising Star, aura ensuite l’honneur de défendre les chances israéliennes à l’Eurovision.

Banco, elle fait partie des candidats sélectionnés mais estime avoir des chances très faibles de s’imposer. « Au milieu des autres, j’étais l’outsider. J’étais avant-gardiste. Jamais, dans ma vie, je n’ai pensé que j’étais grand public, que je pouvais gagner, être choisie », nous avait confié Netta.

Si son aventure dans HaKokhav HaBa s’est conclue par un succès total, elle a envisagé d’abandonner après que l’un des jurés, Ben-El Tavori, lui a adressé des critiques peu amènes. « Je lui ai dit : "Mais tous les juges disent que tu es bonnes, pourquoi écoutes-tu le seul qui te dis que tu ne l’es pas ?", a raconté Yoav Tzafir, le producteur du télécrochet à Y Net. Elle s’est approchée et m’a dit : "Je m’en vais", donc j’ai eu une discussion avec elle et on a tout posé à plat. Elle crée avec son âme, il lui est donc difficile de recevoir des critiques négatives. » Elle a ainsi fini par rester et la suite lui a donné raison puisqu’elle remporta l’émission qui allait l’emmener à l’Eurovision à Lisbonne (Portugal).

Pas convaincue par « Toy » au premier abord

Encore fallait-il décider de la chanson avec laquelle concourir. Netta Barzilai aurait voulu y aller avec une chanson signée de sa plume, dont le refrain répétait « Sababa Sababa », autrement dit « cool ». Mais la délégation lui suggère plutôt un morceau écrit par Doron Medalie : Toy (« Jouet »). Mais elle n’est pas convaincue. « Elle disait : "Je ne peux pas me connecter à la chanson, je ne m’y retrouve pas, je ne vois pas comment je pourrais la défendre sur scène", se remémore Yoav Tzavir, selon des propos rapportés par Y Net. Alors, la jeune artiste a fait en sorte de s’approprier le morceau et à l’idée d’ajouter les bruits de poulets, ainsi que l’introduction à la loop station… « Je ne suis pas ton jouet, espèce de crétin », chante-t-elle fièrement dans le refrain.

Le clip de Toy est à peine mis en ligne, début mars 2018, que la chanson soulève un enthousiasme général en Israël et à l’international, jusqu’à se retrouver en tête des favoris de l’Eurovision selon les bookmakers.

« Les Israéliens étaient convaincus que Netta avait de bonnes chances de gagner. Pas seulement pour sa chanson, mais aussi pour son message, la manière dont il était connecté au mouvement #metoo, avance Alon Amir, ex-responsable de la presse au sein de la délégation israélienne de l’Eurovision. Elle parle de s’accepter soi-même comme on est, beaucoup de gens s’y sont reconnus. »

La crainte du désamour

« Après l’Eurovision, beaucoup de garçons et de filles m’ont écrit en me disant qu’ils avaient compris avec moi que l’on n’a pas à ressembler, penser ou créer selon les standards pour réussir, a assuré l’artiste à 20 Minutes. Toy est un hymne pour tous ceux qui bataillent au quotidien, qui sont harcelés à l’école, par leurs chefs, ceux qui pensent ne pas être assez bien, assez beaux, pour être ce qu’ils veulent être et leur donner de la force, du courage. Cela signifie beaucoup pour moi. »

Il n’empêche que, une fois arrivé au Portugal, début mai 2018 afin de commencer à répéter, la délégation israélienne craint de sentir le vent tourner en sa défaveur. « Quand on a atterri à Lisbonne, on a eu l’impression que le petit monde de l’Eurovision ne voulait pas que l’on gagne – non pas en raison de l’antisémitisme ou du mouvement BDS [boycott, désinvestissement, sanctions] (…) [mais parce que] toutes les délégations nous jalousaient et il nous semblait qu’elles espéraient qu’un outsider nous batte », a également révélé Yoav Tzavir après coup.

En l’occurrence, celle dont la cote est montée lors de la semaine précédant le concours est Eleni Foureira, la candidate représentant Chypre. « Cela m’a enlevé de la pression, a assuré Netta Barzilai à 20 Minutes. J’avais à démontrer ce que je valais sur scène. Je devais donner le meilleur de moi, selon mes critères. » Et, le soir de la finale de l’Eurovision, le 12 mai, c’est bien l’Israélienne qui s’est imposée.

Loin de la politique

« Avant Toy, disons, pendant une quinzaine d’années, Israël n’a pas eu de bons résultats à l’Eurovision. Les Israéliens pensaient que c’était parce que l’Europe nous détestait, parce qu’il y a de l’antisémitisme, souligne Alon Amir. Je leur ai toujours répondu que c’était faux, qu’il fallait juste qu’on envoie une bonne chanson. Je suis heureux qu’on ait gagné l’an passé car les gens ont pu constater que le monde n’était pas contre nous. Les Européens ne détestent pas vraiment Israël, ils peuvent être en désaccord avec le gouvernement israélien, mais les gens ne haïssent pas Israël en soi. »

D’ailleurs, même si Benyamin Netantahou, le Premier ministre israélien, a appelé Netta Barzilai en direct juste après sa victoire avant de la rencontrer, quelques jours plus tard, la chanteuse préfère se tenir à distance de la politique. « Je suis juste musicienne, élude-t-elle. Je ne prête pas attention à ça, ça me dépasse. Ce que j’aime, c’est créer. » L’artiste chantera bien évidemment, comme le veut la tradition, lors de la finale de l’Eurovision 2019 à Tel Aviv, le 18 mai et remettra le trophée au vainqueur. On devrait donc avoir l’occasion de réentendre les iconiques bruits de poule.

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