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Publié le 17 Février 2020

Israël/Histoire - Une ancre égyptienne en pierre de plus de 3400 ans retrouvée au large d’Israël

L’artefact date de l’Âge du bronze. Protégé par le sable pendant des milliers d’années, il est gravé de hiéroglyphes et d’un dessin de la déesse de l’écriture Seshat.

Publié le 16 février dans Le Figaro

Elle reposait dans la mer depuis des millénaires. Une ancre de l’Égypte antique a été découverte le long des côtes israéliennes, près de la ville d’Atlit, au sud de Haïfa. Alors qu’il nageait dans la Méditerranée, un vétérinaire a repéré des inscriptions plutôt inhabituelles sous la surface de l’eau: des hiéroglyphes. «C’était comme entrer dans un temple égyptien au fond de la Méditerranée», raconte Rafi Bahalul, à l’origine de la découverte, au quotidien israélien Haaretz .

La trouvaille de l’homme de 55 ans est une ancre égyptienne en pierre vieille de 3400 ans, plutôt singulière. Elle possède en effet la particularité d’être entièrement décorée de hiéroglyphes et d’un dessin d’une déesse de l’Égypte antique. Pendant des milliers d’années, l’ancre fabriquée en calcaire a été préservée par le sable, jusqu’à ce qu’elle soit récemment emportée par les courants lors d’un orage.

Le nageur a fait part de sa découverte à des experts de l’Autorité des antiquités d’Israël (IAA), une section gouvernementale chargée de la préservation et des fouilles des sites archéologiques du pays. Selon Jacob Sharvit, chef de l’unité d’archéologie maritime de l’IAA, cet artefact vient compléter la collection d’ancres de la même période déjà retrouvées sur le site archéologique. «Parfois, la mer fait le travail pour nous, et heureusement, un nageur a vu [l’ancre] et nous a alertés».

Recyclage à l’Égypte antique

Une fois remontée à l’air libre en janvier dernier, l’ancre a pu faire l’objet d’un examen attentif. Elle était utilisée par les navires à l’Âge du bronze, qui a pris fin il y a environ 3200 ans. Comme la plupart des ancres à cette époque, celle-ci a la forme d’un trapèze aux coins arrondis, avec un trou percé dans la partie supérieure pour y faire passer une corde. Mais ce qui la rend inédite, c’est la qualité des décorations recouvrant sa surface.

Des séries de hiéroglyphes recouvrent la surface de la pierre.

Des séries de hiéroglyphes recouvrent la surface de la pierre. Laura Lachman/Israel Museum

Outre les hiéroglyphes, un dessin représentant une femme écrivant sur une tablette est gravé sur la partie inférieure. Il s’agit de la déesse Seshat, identifiable au symbole au-dessus de sa tête. Elle est aussi reconnaissable à l’inscription en hiéroglyphes qui accompagne le dessin: «Maîtresse de la maison des livres». Dans l’Égypte antique, Seshat était la divinité de l’écriture et la protectrice des bibliothèques, des scribes et des écoliers.

Selon les archéologues, ces différents dessins n’ont pas été réalisés spécialement pour l’ancre. En réalité, l’objet aurait été taillé dans un plus grand relief déjà décoré issu d’un temple ou d’une enceinte royale en Égypte, comme en témoignent les contours de l’artefact. Ce «recyclage» était courant à l’époque ; la pierre étant une denrée précieuse dans la vallée du Nil, chaque morceau de calcaire était soigneusement réutilisé.

En bas à gauche, la déesse de l’écriture Seshat, représentée avec une tablette à la main.

En bas à gauche, la déesse de l’écriture Seshat, représentée avec une tablette à la main. Laura Lachman/Israel Museum

Grâce au style des hiéroglyphes, les experts ont pu déterminer l’âge des gravures. Celles-ci ont été sculptées vers le XVe siècle avant J.-C., soit il y a plus de 3400 ans, alors que l’Égypte antique était en pleine expansion. Les archéologues cherchent encore à identifier le temple d’où provient le relief. L’ancre aurait quant à elle été taillée à la fin de l’Âge du bronze, entre le XVe et le XIIe siècles avant J.-C à en juger par sa forme. Il est donc possible que peu de temps se soit écoulé entre la sculpture du relief et sa réutilisation.

Si les hiéroglyphes sont en bon état, le visage de la déesse Seshat a été volontairement ciselé et abîmé. Selon Shirly Ben-Dor Evian, curatrice au Musée d’Israël où est actuellement exposé l’objet, il aurait été dégradé afin de lui retirer tout aspect sacré, et permettre sa réutilisation à des fins plus prosaïques, comme sa transformation en ancre de navire. Autre théorie: le relief où a été taillée l’ancre aurait été endommagé lors d’un conflit religieux, fréquent dans l’Égypte antique, ou par un pharaon désireux de faire oublier les œuvres de ses prédécesseurs.

Une ancre aussi richement décorée est une trouvaille inégalée, confie Ben-Dor Evian à Haaretz. Dans la baie d’Atlit, où se retrouvaient de nombreux marchands, il arrivait parfois qu’un navire perde son ancre, coincée dans le sable ou mal accrochée au bateau. Dans ce cas précis, les archéologues estiment cependant que le navire entier a été englouti par les eaux, car d’autres objets ont été retrouvés sur le site.

L’ancre est désormais visible au Musée d’Israël à Jérusalem, dans le cadre de l’exposition Emoglyphs, jusqu’au 12 octobre.

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