Lu dans la presse
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Publié le 1 Décembre 2015

La France vue par l'Etat islamique

Dans la logique salafiste, la France fait partie des pays composés de mécréants.

Entretien avec Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), publié sur Atlantico le 29 novembre 2015
 
Atlantico : Comment l’Etat islamique voit-il la France ? Quelle vision cherche-t-il à en donner à ses affiliés ?
 
Alain Rodier : La France a le privilège d'être l'ennemi "numéro deux" de Daesh, voire désormais de "numéro un". En effet, pour l'idéologie salafiste-djihadiste qui est basée sur un retour aux valeurs initiales de l'islam vues à travers le Coran, les Hadiths et le récit de la vie de Mahomet, la France est un pays de "Dar al-harb" ou "Dar al-kufr" qui veut dire "demeure de la mécréance" ou "de la guerre" par opposition au "Dar al-islam", la "demeure de l'islam" qui est régie par la loi islamique, la charia. En plus, la France a un côté inacceptable pour Daesh : la grande majorité de sa population de religion musulmane se sent française.
 
Cela constitue un affront inacceptable. D'où le piège qui est aujourd'hui tendu : diviser la société française en montant les communautés les unes contre les autres.
 
Pourquoi cultive-t-il une vision si biaisée ? La rhétorique de leur triste communiqué du 14 novembre par exemple, oscillait entre une caricature de discours moral (la France, présentée comme un pays "d’abomination, de perversion" ou encore "d’idôlatrie") et un goût outrancier pour la provocation (les rues "malodorantes" de Paris, le Président qualifié "d’imbécile") ?
 
Sur le plan moral, les choses sont simples pour les salafistes-djihadistes: tous les ressortissants de pays de "Dar al-harb" sont des mécréants. Il y a une distinction dans la détestation entre les "dhimmi" qui appartiennent à la religion du Livre (le Coran) dont font partie les juifs et les chrétiens, et les autres. Une mention particulière est faite pour les chiites qui sont considérés comme des "apostats", donc des traîtres à l'islam. Si les premiers méritent de vivre dans la mesure où ils se convertissent ou, au moins, payent une taxe, la "jizya", les deuxièmes doivent être exterminés.
 
A noter qu'en dehors du berceau syro-irakien, les salafistes-djihadistes de Daesh considèrent que toutes les terres musulmanes doivent être reconquises pour y établir leur vision particulière de l'islam, les dirigeants actuels de ces pays -en particulier la famille royale saoudienne- étant aussi considérés comme des traîtres et des vendus coupables d'apostasie... Lire l'intégralité.

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