Lu dans la presse
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Publié le 13 Mai 2016

Malek Boutih : "Le quinquennat de Hollande ressemble à un bilan municipal"

Alors, "ça va mieux" ou pas ? A gauche, la formule de François Hollande est loin d'être partagée.

Malek Boutih prône l'émergence d'une autre candidature au sein du PS pour 2017.

Propos recueillis par Louis Hausalter, entretien publié dans Marianne le 13 mai 2016
 
A télécharger, ci-contre : le rapport "Génération radicale", rédigé par Malek Boutih et remis en juin 2015 au Chef de l'Etat (PDF). 
 
Alors que le chef de l'Etat a entamé contre vents et marées le service après-vente de ses réformes, Malek Boutih, député socialiste de l'Essonne, dresse pour "Marianne" un réquisitoire implacable contre son bilan. 
 
Marianne : Est-ce que, comme François Hollande, vous diriez que "ça va mieux" en France ?
 
Malek Boutih : Non, pas du tout ! C'est de bonne guerre d'utiliser la méthode Coué, mais les indicateurs macro-économiques ne veulent plus rien dire aujourd'hui. Il est indéniable que nous avons de meilleures perspectives en matière de croissance et que nous avons réussi un exploit en étant dans les clous du déficit budgétaire. Mais les chiffres sur l'exclusion, l'insécurité, les violences sont là et la peur de l'avenir est très ancrée. Cette expression "ça va mieux", c'est un point de vue technocratique, pas politique.
 
Vous voulez dire que l'état du pays ne peut pas être seulement jugé sur les résultats économiques ?
 
La question sociale et la question identitaire sont très interpénétrées. Le trouble de destin de la communauté républicaine française aggrave la crise économique, parce qu'elle paralyse le pouvoir politique, crée une culture de défiance à tous les étages de la société et favorise le chacun pour soi. La décomposition républicaine fragilise la France dans la reprise.
 
Vous n'avez donc pas changé d'avis depuis mars, lorsque vous affirmiez dans L'Obs que vous ne soutiendriez pas Hollande en 2017 ?
 
Non. Pourtant, j'avais été l'un des derniers à le soutenir avant 2012, quand tout le monde avait rallié Dominique Strauss-Kahn. François Hollande est un homme intelligent mais le problème, c'est que le gars a eu un comportement individualiste. Il a géré son propre destin, pas celui du pays. Il a sacrifié la gauche, qui n'a jamais perdu autant de positions politiques, électorales, territoriales que depuis son élection. Il a troublé, déconstruit, improvisé. Je ne lui fais pas le faux procès d'être de droite ou d'être un renégat. Le vrai problème, c'est qu'il n'a même pas mouillé le maillot.
 
Ce que je lui reproche le plus, c'est de s'être enfermé dans cette fausse posture de sphinx où il ne dit plus rien, y compris sur des réformes qu'il a lui-même initiées. L'épisode de la réforme sur la déchéance de nationalité est le symbole de tout son quinquennat. C'est son idée, c'est lui qui la met dans le débat et à aucun moment il ne la défend. En revanche, il intègre dans son gouvernement des gens qui ont voté contre. On est dans l'embrouille la plus totale.
 
Retenez-vous tout de même des réformes à mettre à son crédit ?
 
On va dire le mariage pour tous. D'un point de vue républicain, c'est une bonne réforme parce qu'elle désacralise la question du couple et de la famille. On échappe un peu plus à la sphère du religieux. Sinon, il y a quelques aménagements par-ci, par-là mais qui ne rentreront pas dans l'histoire, c'est le moins qu'on puisse dire... Lire l'intégralité.
 

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