Lu dans la presse
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Publié le 23 Novembre 2018

Monde - La liberté religieuse menacée dans un pays sur cinq

Hier soir, quatre monuments religieux, juif, catholique, orthodoxe, musulman, la synagogue de la rue de la Victoire, la basilique du Sacré-Cœur, la cathédrale orthodoxe du quai Branly, la Grande Mosquée de Paris, seront illuminés en rouge pour protester contre les persécutions religieuses dans le monde, à l'initiative de l'association internationale Aide à l'Église en Détresse (AED) qui publie le 22 novembre, son 14° rapport sur la liberté religieuse.

Publié le 22 novembre 2018 dans Le Figaro

«Le rouge est la couleur du sang. C'est la conséquence, dans trop de pays, de l'absence de liberté religieuse, explique Marc Fromager, directeur de l'AED France. Nous aimerions que le sang cesse de couler à cause des limitations ou de l'absence de liberté religieuse. Illuminer trois édifices religieux est une manière de montrer que ces différentes religions sont capables de faire quelque chose en commun.»

«60 % des habitants de la planète vivent dans un pays où la liberté religieuse n'est pas respectée»

La situation est toutefois tendue pour «20 % des pays» dans le monde où, selon cette organisation, 38 pays sur 196 ont connu des «violations importantes de la liberté religieuse» entre juin 2016 et juin 2018, période étudiée par cette édition du rapport, soit «un pays sur cinq». Rapporté à la population mondiale, l'AED estime que «60 % des habitants de la planète vivent dans un pays où la liberté religieuse n'est pas respectée». Parmi eux «500 millions de chrétiens», soit «un chrétien sur quatre» qui connaîtrait des restrictions de liberté religieuse. «Ce qui ne veut pas dire que ces gens souffrent au jour le jour, précise Marc Fromager, mais notre classification qui traite de toutes les religions, répertorie des discriminations communes aux persécutions sanglantes».

Des «persécutions» qui ne sont pas un «concept» a-t-il insisté, en présentant un témoin, Moussa Diabatte, musulman du Mali, converti au catholicisme qui a dû changer de nom, de pays pour échapper à la mort après sa conversion. Alors qu'il était encore jeune musulman, cet homme avait été précisément programmé, «pour tuer» un musulman qui s'était converti au christianisme…

«Je suis né musulman, a témoigné Moussa Diabatte, mais je suis aujourd'hui un chrétien persécuté. Après avoir appris, de l'âge de 3 à 6 ans, le Coran par cœur, puis travaillé son interprétation entre 6 et 11 ans, j'ai dû passer à la phase de radicalisation entre l'âge de 11 et 15 ans. Il m'a alors été demandé de poser un acte de confirmation de ma foi musulmane, par le sacrifice de soi ou de quelqu'un dans le cadre du djihad.»

Il raconte alors cette incroyable histoire: «A 15 ans je suis donc allé tuer un chrétien qui se trouvait être un musulman converti. Ce dernier avait été soigné gratuitement de la tuberculose par deux religieuses catholiques». Mais comme «les musulmans convertis n'ont pas de grâce, pas de pardon, ce sont des traîtres, ils doivent mourir» il était donc «à sa recherche pour l'assassiner». Ajoutant même: «Je pensais lui faire du bien.»

Mais «armé et arrivé devant sa cible, Moussa Diabatte, a été saisi par la «foi communicative» de sa victime et il a basculé lui-même dans la foi chrétienne! «C'est une chose que je ne peux pas expliquer», commente-t-il. Il a alors dû tout quitter, sous peine de mourir lui-même, couper tous les contacts y compris avec ses parents, changer d'identité, de date de naissance. Il vit désormais au Brésil où il est enseignant universitaire.

«Banalisation dans l'opinion des atteintes aux libertés religieuses»

Parmi les éléments d'analyse des situations de persécution religieuse, Marc Fromager a donc souligné «le développement de l'islam radical» avec un «fondamentalisme» qui met en œuvre une «hyperviolence» mais qui «marque aussi sa progression sur le terrain sans faire de bruit dans plusieurs pays.» Parmi les facteurs de persécutions, il a également noté «l'ultranationalisme agressif» qui progresse selon l'AED, «en Inde et en Chine».

Ce responsable associatif a enfin regretté «la banalisation dans l'opinion des atteintes aux libertés religieuses qui se montre souvent indifférente». D'où cette idée des actions d'illuminations de monuments en rouge dans plusieurs pays pour marquer la publication de ce rapport mondial et de la constance des persécutions religieuses.

Une initiative néanmoins soutenue par le député LaREM de Lorient (Morbihan) Gwendal Rouillard, co-président du groupe d'études pour les chrétiens d'Orient à l'Assemblée nationale, qui accueillait cette conférence de presse dans une salle de l'Assemblée nationale à Paris.

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