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Publié le 3 Janvier 2018

#Monde - Six questions pour comprendre ce qu’il se passe en Iran

Le mouvement de protestation, qui s’était propagé cinq jours durant dans une quarantaine de villes a semblé marqué un temps d’arrêt mardi.

Publié le 3 janvier 2018 dans Le Monde

L’Iran avait été cinq jours durant, depuis jeudi 28 décembre 2017, le théâtre de violentes protestations contre les difficultés économiques et le régime. Mardi 2 janvier, ce mouvement, qui s’était propagé dans une quarantaine de villes, devenant plus violent, a semblé marqué un temps d’arrêt, alors que, dans la journée, le Guide suprême, Ali Khamenei, la plus haute autorité du pays, avait lancé un rappel à l’ordre et que les forces de sécurité et l’institution judiciaire se disaient prêtes à la plus extrême sévérité.

Des regroupements ont eu lieu à Touyserkan, petite ville de l’ouest du pays où six personnes avaient été tuées dimanche, à Karaj (nord), à Chiraz (centre), ainsi que dans la capitale, Téhéran.

La télévision d’Etat a, quant à elle, diffusé, mercredi, matin, des images de manifestations pro-régime dans plusieurs villes. Munis de pancartes dénonçant les « fauteurs de troubles », les manifestants scandaient des slogans en faveur du Guide suprême, mais aussi « mort à l’Amérique », « mort à Israël » et « mort aux Monafegh », terme qui désigne les Moudjahidines du peuple dans la bouche des autorités.

Comment le mouvement a-t-il débuté ?

Les manifestations ont commencé à Machhad (Est), la deuxième ville du pays, avec des slogans contre la corruption et la situation économique du pays. Très rapidement, le mouvement s’est propagé à tout le territoire, gagnant une quarantaine de villes, dont Téhéran. Dans la capitale, une poignée de manifestants seulement ont tenté de se rassembler dans le quartier de l’université, dans le centre de la capitale.

Ces manifestations ont été provoquées par la prise de mesures réduisant les aides sociales à certains retraités, mais aussi par des annonces d’augmentation du prix de l’essence et des œufs. C’est pour cette raison que les manifestants parlent, depuis dimanche, de la « révolution des œufs ».

La promesse de relancer l’économie, affaiblie par les sanctions, a été au cœur des campagnes présidentielles de M. Rohani, un religieux modéré réélu en mai 2017 pour un deuxième mandat. Le président a obtenu la levée de certaines sanctions économiques après l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015 et il a réussi à maîtriser l’inflation à environ 10 %. Mais le taux de chômage demeure élevé (12 %), notamment chez les jeunes (28,8 %, selon des statistiques officielles sous-évaluées).

Les manifestations ont également pris une tournure politique, visant tout le système et la diplomatie régionale de Téhéran, notamment son engagement financier et militaire en Syrie, aux côtés du président Bachar Al-Assad.

Il s’agit du mouvement de contestation antigouvernemental le plus important qu’ait connu l’Iran depuis la « révolution verte » de 2009, qui avait suivi la réélection de Mahmoud Ahmadinejad.

Qui est à l’origine de ces manifestations ?

Il s’agit, a priori, d’un mouvement sans chef de file et largement provincial. Parmi les protestataires qui ont appelé à la démission du président Hassan Rohani « se trouvent de nombreux jeunes iraniens issus des classes populaires qui ne font pas partie de l’élite d’opposition éduquée », soulignent Ramin Mostaghim et Shashank Bengali, les deux correspondants en Iran du quotidien californien The Los Angeles Times. La plupart des manifestants arrêtés (450 officiellement) sont jeunes, voire adolescents, selon les autorités, et sans casier judiciaire.

Les femmes sont également présentes dans les cortèges, et les rassemblements ont été nombreux dans les zones de peuplement des minorités kurdes et sunnites, aux périphéries du pays.

Les autorités accusent, elles, des « fauteurs de troubles » armés de s’infiltrer parmi les manifestants et certains dirigeants ont dénoncé le rôle présumé de « contre-révolutionnaires » installés à l’étranger.

Le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, a accusé, mardi, « les ennemis » de l’Iran de fomenter des troubles dans le pays. « Ces derniers jours, les ennemis de l’Iran ont employé divers moyens – argent, armes, politiques, appareils de renseignement – pour créer des troubles dans la République islamique », a déclaré le plus haut dirigeant du pays, cité par les médias officiels.

Le général Rassoul Sanaïrad, l’adjoint politique du chef des gardiens de la révolution, a, lui, accusé l’Organisation des moudjahidin du peuple iranien et les groupes monarchistes installés à l’étranger « d’être derrière ces événements », selon l’agence de presse Tasnim. Le président Rohani a ainsi demandé mardi à Emmanuel Macron de prendre des mesures contre les activités d’un « groupuscule terroriste » iranien installé en France qu’il accuse d’« encourager la violence », dans une claire allusion aux Moudjahidin du peuple.

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Le mouvement de protestation, qui s’était propagé cinq jours durant dans une quarantaine de villes a semblé marqué un temps d’arrêt mardi.

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