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Publié le 28 Février 2019

Monde/Sécurité - Cinq questions pour comprendre la conférence sur la sécurité au Moyen-Orient

Une conférence sur la sécurité au Moyen-Orient s'est tenue il y a quelques semaines à Varsovie, en Pologne, à l'initiative des Etats-Unis. S'ils peinent à en faire un succès, les Etats-Unis auront autour de la table des pays partisans d'une ligne dure contre Téhéran. Le Figaro fait le point en cinq questions.

Photo : le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, et le vice-président américain, Mike Pence - BRENDAN SMIALOWSKI/AFP

Publié le 13 février dans Le Figaro

Note aux lecteurs : cet article a été publié en amont de la conférence sur la sécurité au Moyen-Orient. Il est à lire en conséquence.

  • Quel est l'objectif de cette conférence ?

L'Iran sera au coeur des échanges mercredi et jeudi afin de s'assurer que le pays «n'ait pas d'influence déstabilisatrice», selon les mots du chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, le 11 janvier. L'idée de centrer cette réunion internationale autour d'un seul pays avait provoqué un tollé diplomatique - notamment du côté des Russes et des Européens. Le 30 janvier, Mike Pompeo s'était donc ravisé et avait élargi l'ordre du jour: le sommet a été renommé «conférence ministérielle pour la promotion de la paix et de la sécurité au Moyen-Orient» selon l'intitulé officiel, mais la question iranienne demeure bien centrale.

Aussi au programme des discussions: la cybersécurité, «le terrorisme et l'extrémisme, le développement et la prolifération des missiles, le commerce et la sécurité maritimes et les menaces posées par les groupes de substitution dans la région», peut-on lire dans le communiqué de la Maison-Blanche. Le processus de paix israëlo-palestinienne, les crises humanitaires en Syrie et au Yémen seront également abordés dans cette «réunion de réflexion de classe mondiale», a déclaré Jonathan Cohen, l'ambassadeur des États-Unis par intérim à l'ONU.

  • Qui l'organise ?

Les Etats-Unis et la Pologne organisent conjointement cette conférence. En guise d'émissaires américains, seront présents à Varsovie Jason Greenbalt, envoyé américain pour la paix israëlo-palestinienne et Jared Kushner, conseiller et gendre de Donald Trump chargé de présenter des propositions sur la paix entre Israël et les Palestiniens. Ils seront accompagnés de Brian Hook, représentant spécial de Washington pour l'Iran, nommé en août 2018, et à la tête d'un groupe d'action iranien créé pour coordonner la campagne de pression américaine sur Téhéran.

Ce sera aussi l'occasion pour la Pologne et les Etats-Unis de resserrer leur partenariat stratégique. Le premier multiplie ses efforts auprès du second pour que soit installée une base américaine sur le sol polonais. Aux yeux du gouvernement conservateur, la Pologne se rendrait ainsi moins vulnérable aux menaces russes, plus prégnantes depuis l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014. En marge du sommet de Varsovie, les deux pays vont par ailleurs signer un contrat d'achat de vingt lance-roquettes pour 414 millions de dollars (365 millions d'euros), qui seront livrés à la Pologne d'ici à 2023.

  • Pourquoi à Varsovie ?

Le pays a été choisi «précisément parce qu'il est neutre dans les conflits impliquant les pays du Moyen-Orient», a déclaré un conseiller du président polonais à l'agence de presse polonaise PAP le 14 janvier. Il réagissait à une passe d'armes entre son pays et le gouvernement iranien.

Dès l'annonce de ce sommet, le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, a vilipendé la Pologne sur Twitter: «Le gouvernement polonais n'arrive pas à effacer la honte: alors que l'Iran a sauvé des Polonais pendant la Seconde Guerre mondiale, il accueille désormais un cirque anti-iranien» a-t-il écrit en référence aux plus de 100.000 ressortissants polonais qui ont trouvé refuge en Iran à partir de 1942. Javad Zarif a convoqué le 13 janvier le plus haut diplomate polonais basé en Iran, Wojciech Unolt, et les deux ministres adjoints des Affaires étrangères Maciej Lang et Abbas Araghchi se sont entretenus le 21 janvier. Bien que la Pologne ait affirmé ne pas partager les récentes déclarations américaines sur l'Iran, ces rencontres se sont révélées infructueuses.

En représailles, l'Iran a annulé un festival de cinéma polonais qui devait se tenir fin janvier à Téhéran.

  • Dans quel contexte s'ouvre-t-il ?

Les relations entre Téhéran et Washington sont glaciales depuis la décision américaine de se retirer de l'accord sur le nucléaire iranien (PAGC, pour plan d'action global) et de rétablir des sanctions économiques à l'égard des entreprises de la puissance chiite.

Cette réunion est aussi hautement stratégique depuis la décision des Etats-Unis de retirer ses troupes de Syrie. Le président iranien Hassan Rohani sera d'ailleurs le même jour, à Moscou avec les présidents russe et turc, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, sur la situation syrienne.

  • Quels pays seront présents ?

Seuls onze pays ont confirmé leur venue, a annoncé le ministre des Affaires étrangères polonais Jacek Czaputowicz, et tous sont partisans d'une ligne dure contre Téhéran - qui n'a pas été invité. «L'Arabie saoudite, Bahreïn, Israël, le Yémen, la Jordanie, le Koweït, le Maroc, Oman et les Émirats arabes unis ont confirmé que leurs délégations seraient dirigées par des ministres. L'Egypte et la Tunisie vont probablement envoyer des vice-ministres». Benyamin Nétanyahou place la lutte contre l'Iran «en tête d'agenda, a-t-il déclaré au cours d'une réunion avec son cabinet dimanche. «Comment continuer à l'empêcher de s'implanter en Syrie, comment déjouer ses agressions dans la région et, surtout, comment empêcher l'Iran d'acquérir des armes nucléaires», a énuméré le premier ministre israëlien.

Federica Mogherini, la haute représentante de l'Union européenne (UE) pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a fait savoir qu'elle ne se rendrait pas à Varsovie en raison de sa présence au même moment au 32e sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba (Ethiopie). Le ministre britannique des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, sera pour sa part présent. L'Allemagne a fait le choix d'envoyer un haut fonctionnaire en lieu et place d'Heiko Maas, ministre allemand des Affaires étrangères. La France devrait l'imiter: aucun déplacement à Varsovie ne figure sur l'agenda officiel du ministre Jean-Yves Le Drian.

La Russie et l'Autorité Palestinienne ont également décliné l'invitation. Le premier estime que la réunion trop centrée sur «un pays», tandis que le ministère palestinien des Affaires étrangères a estimé dans un communiqué qu'elle s'inscrivait dans le cadre d'un «complot américain dont l'objectif est d'amener les participants à adopter les points de vue américains en particulier sur la question palestinienne». Le communiqué a prévenu que le gouvernement palestinien ignorera toutes les conclusions de cette conférence. Aux yeux des Palestiniens, les Etats-Unis ne peuvent plus servir de principal intermédiaire dans le processus de paix israélo-palestinien, notamment depuis la décision de Donald Trump de transférer l'ambassade américaine d'Israël à Jérusalem. Le Liban, enfin, a décidé de boycotter la conférence de Varsovie.

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