Lu dans la presse
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Publié le 30 Novembre 2015

Notre drapeau, qu’on ne trouve pas (toujours)…

Une difficulté réelle et significative : se procurer un drapeau Français n’est pas une chose simple, ni immédiate en France.

Par Jean-Philippe Moinet, fondateur de la Revue Civique, publié dans la Revue Civique le 30 novembre 2015
 
On peut bien sûr se débrouiller, imprimer un drapeau à partir de son ordinateur, ce que j’ai fini par faire: une demie douzaine de drapeaux tricolores, en format A4 et collés les uns aux autres, ont formé une sorte de guirlande. J’avais bien un petit drapeau national dans mon bureau mais il n’était pas à la hauteur de l’événement, en ce jour d’hommage national aux 130 morts victimes du terrorisme, ciblés sur nos terrasses ou salles de concert. Ma fille de 9 ans était bien ennuyée, elle aussi, mais elle a vite trouvé l’astuce, avant de partir à l’école: elle a découpé trois chemises cartonnés, aux couleurs désirées, et fabriqué à coups de ciseaux et de scotchs un solide drapeau. Trois bouts de ficelles à la fenêtre, et le tour était joué ! Des voisins, eux, avaient joliment arboré trois ballons gonflables aux couleurs de la République.
 
Ces bricolages citoyens ont fait que les balcons parisiens n’étaient pas vraiment pavoisés, malgré les bonnes volontés, en ce jour symbolique où la Nation semblait unie, dans la Cour d’honneur des Invalides. Le dernier souvenir d’une liesse tricolore, où les drapeaux avaient été, en quelques jours, portés par une foule parisienne remonte au 14 juillet 2008, qui célébrait une joie cette fois : les Français devenaient champion du monde de football. Depuis, on ne peut pas dire que le drapeau ait vraiment servi, ni même qu’il ait fait l’objet d’une emblématique sacralisation nationale. Personne n’y pense vraiment, en notre culture où l’individu a remplacé, depuis très longtemps, le Roi.
 
La sauvage et lâche agression terroriste du 13 novembre constitue-t-elle, de ce point de vue – l’emblématique, le symbole culturel – un vrai tournant, ou les filtres tricolores des photos de profil Facebook, et l’impressionnant succès immédiatement (et mondialement) remporté par nos trois couleurs, ne seront-elles qu’un éphémère reflet d’une émotion, aussi forte et partagée que passagère ? Il est sans doute trop tôt pour répondre avec certitude à cette question, mais tout événement historique de cette force – et l’impact terroriste sur la France a été naturellement immense – produit des effets en tous domaines, y compris en ce domaine de la symbolique, des références auxquelles un peuple cherche à se raccrocher. Pour se serrer les coudes, rester debout et regarder l’avenir.
 
La tricolorisation symbolique des profils Facebook, massive pendant plus d’une semaine en particulier chez les jeunes, comme la tricolorisation appréciée des bâtiments publics, n’est donc pas anecdotique. Le patriotisme citoyen prend ainsi une forme nouvelle, en l’occurrence trois couleurs, qui en disent long, contrairement à tous les discours passéistes et convenus sur le « suicide français », sur notre vitalité républicaine et nationale. Un sondage indiquait dimanche dernier (Odoxa pour Aujourd’hui en France) qu’une écrasante majorité – 83% – des Français estimaient que les utilisateurs des réseaux sociaux « ont eu raison » « à la suite des attentats de Paris, d’afficher le drapeau français sur leur photo de profil ». Preuve est ainsi faite qu’un élan patriotique, certes symbolique et sans doute éphémère, a traversé toutes les couches de la population, les jeunes ayant été particulièrement à l’avant-garde dans cet usage « viral » de nos couleurs nationales.
 
Le choc a été tel, qu’il vaut bien le réflexe unitaire du drapeau : pas besoin de mots, pas besoin de discours, les couleurs incarnent l’unité silencieuse, recueillie, le désir de se retrouver, une fraternité active, portée à la hauteur de la sauvagerie terroriste et des peurs qu’elle a pu, malheureusement, colporter durablement. Ces peurs que, bien sûr, en ce genre de circonstances dramatiques, les plus cyniques cherchent politiquement non seulement à récupérer, mais à instrumentaliser. C’est le très actuel danger, qui parcoure toutes les régions françaises, à moins de dix jours d’élections qu’une large majorité d’électeurs s’apprêtait à bouder. Le premier mouvement d’extrême droite en Europe, le FN, surfe à l’évidence sur la vague des peurs. Le 11 septembre 2001 avait pour partie produit, sept mois plus tard, le 21 avril 2002, avec Jean-Marie Le Pen mis en selle pour le 2ème tour de la présidentielle. Cette fois-ci, c’est son héritière politique, formé durant 30 ans à l’école idéologique du père, qui s’apprête à prendre la présidence d’une des plus importantes régions françaises, le Nord-Picardie. Tandis qu’au Sud, la petite fille du même Le Pen se pourlèche les babines identitaires, en lorgnant sur la présidence de la région Provence, autre grande région qui peut tomber dans l’escarcelle du parti d’extrême droite. Un autre choc, politique, surviendra-t-il le 12 décembre prochain ?... Lire l'intégralité.

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