Lu dans la presse
|
Publié le 7 Novembre 2016

#Opinion - Tahar Ben Jelloun : Pourquoi les musulmans n'ont pas su s'opposer à Daech

L'islam a échoué à se réformer, laissant le champ libre à une vision rigoriste du Coran.

En fait, le monde musulman, divers et semblable, n'a jamais réussi à se libérer d'un lourd fardeau historique qui a empêché l'émergence de l'individu, la libération de la femme et l'émancipation de l'intelligence et de la culture

Par Tahar Ben Jelloun, publié dans le Point le 6 novembre 2016
 
L'État islamique d'Irak et de Cham (Daech) se veut l'incarnation d'un islam où le Ciel régit les choses de la Terre, autrement dit, le temps est considéré par le croyant comme un reflet de l'éternité. Cette vision fige l'islam dans un statut rigide et immuable. Elle provient d'une lecture littéraliste du Coran, une lecture sans distance, sans symboles ni métaphores, une lecture où la Raison a été répudiée et où tout débat est assimilé à une forme de rébellion, une remise en question qui induit l'athéisme.
 
Ce courant a été privilégié par un grand théologien du XIIIe siècle, Ibn Tamyyia, et propagé au XVIIIe siècle par Ibn Adelwahhab. C'est ce courant et cette vision d'un islam rigoriste que suivent des pays comme l'Arabie saoudite et le Qatar. C'est aussi l'idéologie que prônent les Frères musulmans.
 
Mahmoud Hussein, après avoir consacré deux volumes à la Sîra (la vie du prophète Mahomet) et analysé Ce que le Coran ne dit pas (Grasset), explique dans un nouvel ouvrage, Les Musulmans au défi de Daech (Gallimard), comment et pourquoi la communauté musulmane de par le monde n'a pas su ou pu s'opposer à Daech, à son discours démagogique, basé sur une interprétation fallacieuse des textes et de l'histoire.
Dictatures
 
En fait, le monde musulman, divers et semblable, n'a jamais réussi à se libérer d'un lourd fardeau historique qui a empêché l'émergence de l'individu, la libération de la femme et l'émancipation de l'intelligence et de la culture. Ainsi la modernité n'a pas trouvé sa place dans les sociétés qui mettent l'islam au-dessus du contrat social. Pourtant, Mahmoud Hussein nous rappelle que vers la fin du XIXe siècle et le début du XXe, des tentatives de « réformer l'islam » afin de l'adapter aux temps modernes ont eu lieu en Égypte, en Irak, en Syrie, en Indonésie et aussi en Tunisie.
 
Elles ont échoué pour des raisons plus politiques que religieuses. Des partis autoritaires et non démocratiques se sont opposés à cette modernité devenue un danger majeur pour leur existence. En même temps, l'Occident, et en particulier l'Amérique, n'a rien fait pour encourager ces réformes et a au contraire soutenu et protégé des dictatures dans des États comme l'Arabie saoudite où on applique la charia... Lire l'intégralité.

Votre demande a bien été prise en compte.
Nous vous remercions de votre intérêt.