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Publié le 3 Octobre 2019

Religions - La naissance des religions : L’invention de l’Eglise, la religion perpétuellement réinventée

Entre le Moyen Âge et l’époque moderne, l’Eglise comme institution n’a eu de cesse de se réinventer, de se mettre en récit au gré des besoins du temps présent.

Publié le 1er octobre sur France Culture

Il faut toujours porter une grande attention à l’orthographe et plus encore à l’utilisation des majuscules et des minuscules, surtout quand nous parlons de l’invention de l’Église. Déjà, l’église avec un e accent aigu minuscule – ou un bas de casse comme le disent des typographes – nécessite, pour être construire, de la pierre, du mortier, une charpente et une couverture. L’église, en minuscule est un bâtiment. Sinon l’Église prend un É majuscule (accentué de préférence) – une capitale dirait un typographe –, pour être construite, a besoin d’un dogme, d’un clergé, pourquoi pas de conciles, de quelques patriarches et d’un pape. L’Église en majuscule est une  institution.

Édifice ou institution, dans les deux cas, l’église porte une histoire : le bâtiment est un livre de pierres et l’institution invente son propre récit qui explique notre monde. Le sujet n’est donc pas minuscule : il est capital ! 

Pour parler avec nous de cette "réinvention perpétuelle" de l'Eglise, nous recevons aujourd'hui en première partie d'émission Bénédicte Sère, maître de conférences HDR en histoire du Moyen-Âge à l’université de Paris Nanterre et membre du Césor-EHESS, auteur de L’invention de l’Eglise, paru aux PUF le 11 septembre 2019.

"L’Église a besoin de puiser dans des origines lointaines pour trouver sa légitimité dans le présent. Ce jeu de réécriture, cette quête des origines lointaines, est nécessaire pour rendre compte d’une histoire linéaire. Il faut gommer les accidents, gommer les ruptures, gommer les hiatus et arriver à rendre compte de ce que j’appelle le « continuisme » et plus spécialement le « double continuisme ». C’est-à-dire cette linéarité du Moyen-Âge à la modernité et de la linéarité du religieux vers le politique". Bénédicte Sère

"La réforme est vraiment le vocable qui a ponctué toute l’histoire de l’église, des origines jusqu’au XXe siècle. Et la Réforme c’est aussi la Réforme de Luther, ce chiisme, cette grande déflagration qui a marqué le XVIe siècle. « réforme » est un terme chargé, controversé. A Vatican II on ne l’emploie pas, on le contourne, et on parle d’ « aggiornamento ». Ce mot  ne sert à rien mais il fallait absolument contourner le terme de réforme qui remettais en question l’Église". Bénédicte Sère

Comment, en situation coloniale, impose-t-on une religion, des pratiques, des croyances ? Ce sera l'objet de notre seconde partie d'émission consacrée à l'histoire, à travers l’institution du mariage, de cette autre invention de l’Eglise : celle des missionnaires.
Avec nous, Charlotte de Castelnau-L’Estoile, professeure d’histoire moderne à l’université Paris Diderot, codirectrice de la collection « Clio » aux PUF, notamment l’auteure d’Un catholicisme colonial, le mariage des Indiens et des esclaves au Brésil, XVIe-XVIIe siècle, PUF, paru le 25 septembre 2019.

"Si on reprend l’idée d’une longue histoire de l’Eglise, l’évangélisation est bien antérieure au colonialisme. L’histoire de l’Eglise n’est qu’une histoire d’évangélisation : aller évangéliser les nations, toutes. Au XIVe siècle, la question de l’évangélisation se poursuit sauf qu’au lieu de se faire exclusivement en Europe elle va se faire sur les quatre continents du monde. D’abord en Afrique, puis en Asie et enfin en Amérique. Ce n’est qu’un processus qui se continue, et ce processus est très important sur le plan politique car c’est une forme de légitimation pour ces européens qui sortent d’Europe, c’est une justification de leur présence. […] Les missionnaires se comparent aux actes des apôtres, pour eux c’est ça leur guide de voyage". Charlotte de Castelnau-L’Estoile

Archives : 

  • L'Abbé Pierre, dans l'émission Radioscopie, France Inter, 1969
  • Le purgatoire, lecture de La Divine Comédie, RTF, 1958
  • L'église contre le progrès ?, RTF, 1962

Extrait de film :

  • Mission, de Roland Joffé, 1986

Lecture par Nathalie Kanoui : Bulle “Romani pontificis” de Pie V, 1571, extrait d'Un catholicisme colonial, le mariage des Indiens et des esclaves au Brésil, XVIe-XVIIe siècle, de Charlotte de Castelneau-L’Estoile, PUF, 2019, pp.108-109

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