Lu dans la presse
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Publié le 10 Mai 2016

Rwanda : le procès du "génocide au village"

A l'occasion du procès de deux Rwandais en France, Libération revient sur le génocide.

En cent jours seulement, les massacres firent près d’un million de victimes

Par Maria Malagardis, publié dans Libération le 9 mai 2016
 
Sur la carte du monde, Kabarondo est un point microscopique, situé sur le flanc est d’un minuscule pays d’Afrique. Les deux bourgmestres (maires) qui se sont succédé de 1977 à 1994 à la tête de cette petite commune rwandaise sont jugés à partir de ce mardi devant la cour d’assises de Paris lors d’un procès qui devrait durer 38 jours et verra défiler plus de 80 témoins. Parfois de simples paysans qui n’avaient jamais pris l’avion avant d’être convoqués sur l’île de la Cité pour y évoquer un drame qui s’est déroulé il y a déjà vingt-deux ans.
 
Tito Barahira, 64 ans, et Octavien Ngenzi, 60 ans - qui plaident tous deux «non coupables» -, ne se seraient jamais retrouvés devant un tribunal français si le Rwanda n’avait pas été le théâtre de l’une des pires tragédies du XXe siècle. Un génocide, reconnu comme tel par la communauté internationale, qui oblige désormais la justice française, en vertu de la loi sur la «compétence universelle», à traduire aux assises ceux qui sont accusés de génocide et crimes contre l’humanité et qui se trouvent sur son sol. Même s’ils sont étrangers.
 
Après un premier procès organisé en 2014 contre Pascal Simbikangwa (ex-chef des services secrets rwandais finalement condamné à 25 ans d’emprisonnement en première instance, peine dont il a fait appel), c’est au tour de deux dirigeants locaux d’affronter les fantômes du passé. Autant le premier procès concernait les hautes sphères de l’Etat, autant celui qui s’ouvre ce mardi conduira à se pencher sur «le génocide au village» : la vie d’une petite commune regroupant 45 000 habitants à la veille des massacres, qui va soudain s’embraser. Mais le destin de Kabarondo s’inscrit dans celui plus large du basculement d’un pays entier.
 
Tout commence à l’aube du 7 avril 1994. Prenant prétexte de l’assassinat, la veille au soir, du président du pays, Juvénal Habyarimana, tué dans un attentat resté mystérieux, ses partisans les plus extrémistes sonnent le tocsin : tous les Tutsis, membres de l’ethnie minoritaire du pays, doivent mourir, accusés collectivement d’avoir tué le chef de l’Etat. La stupeur provoquée par la mort d’Habyarimana et, surtout, l’impression d’une «colère spontanée» de ses sympathisants ne va durer que quelques jours. Très vite en effet, il apparaît que ce sont justement les plus extrémistes au sein de l’entourage d’Habyarimana qui ont pris le pouvoir à Kigali, la capitale. Et qu’ils mobilisent tous les services de l’Etat, de l’armée et des médias officiels, pour mettre en œuvre l’extermination des Tutsis. En cent jours seulement, les massacres feront près d’un million de victimes... Lire l'intégralité.

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