Lu dans la presse
|
Publié le 25 Juillet 2016

#Terrorisme - Mgr Pontier : "Ne flattons pas ce sentiment de peur qui habite tout homme"

L'archevêque de Marseille et Président des évêques de France prévient.

Je veux dire aux responsables de notre pays, ne faites pas porter la stigmatisation sur la dimension religieuse de la vie des gens

Interview publiée dans la Provence le 24 juillet 2016
 
Beaucoup de Français sont sidérés par l'attentat de Nice. Ils sont tétanisés par la peur. Les comprenez-vous ?
 
Il faut commencer par penser aux victimes et aux familles qui ont été brisées et qui sont maintenant avec une autre vie. Il faut vraiment ne pas court-circuiter cette étape où la peur qu'on peut avoir ne repose pas sur le risque qu'on court, mais sur la réalité de ceux qui l'ont subi. Les Français ont-ils raison d'avoir peur ? D'abord un certain nombre n'ont pas peur. Mettre un peu de raison dans les drames actuels, qu'on ne peut pas nier, comme la vulnérabilité de notre pays, ne doit pas nous faire oublier toute la sécurité qui existe dans ce pays. Nous avons vu l'Euro de foot se dérouler sans le moindre incident de cet ordre-là - le reste était dû à l'alcool. On a beaucoup de raisons de ne pas verser dans la peur en sachant aussi que la peur va nous empêcher de réfléchir profondément à ce qui se vit dans notre monde...
 
Les responsables musulmans en France, qui sont vos homologues religieux, sont-ils à la hauteur de l'enjeu ?
 
L'un des premiers à intervenir le 14 juillet au soir est le président national du Conseil du Culte musulman, M. Anouar Kbibech. Certains vont se dire qu'il a été le premier à condamner l'attentat car il sait bien qu'on va reprocher aux musulmans d'être à l'origine de cela. Il sait également qu'on est dans ce climat où beaucoup veulent nous opposer au nom des religions. Cette porte-là, il faut qu'ensemble nous la refusions. Il y a un certain nombre de musulmans qui ont des responsabilités au plan national et qui sont dans cette posture. Et ça, c'est porteur d'espérance pour notre pays.
 
Quelle parole les catholiques doivent-ils porter dans cette société angoissée ?
 
Je veux d'abord dire aux responsables de notre pays : Ne faites pas porter la stigmatisation sur la dimension religieuse de la vie des gens, mais au contraire appuyez-vous sur elle pour en faire un facteur de sociabilisation et de paix. En mettant en place sans arrêt une laïcité de plus en plus excluante - on le voit dans la dernière loi Travail avec un article (1) passé presque inaperçu qui étend la neutralité désormais au domaine privé et pas qu'au domaine public, alors que jusqu'à présent c'était l'État qui était chargé de permettre et de faciliter l'expression de la liberté religieuse - on en vient à suspecter la religion d'être à l'origine de tous les malheurs du monde. Cela, j'ai vraiment envie de le dire fortement car ça prend de plein fouet tous les croyants.
 
S'agissant des croyants chrétiens, et catholiques, je les invite à puiser dans les trésors de notre foi. Le trésor de notre foi, ce n'est pas la condamnation de l'autre mais la fraternité. Notre foi nous dit "tout homme est ton frère". Et on ne peut pas s'engager dans un chemin différent de celui-là. Aujourd'hui il est important que nous les chrétiens soyons de ceux qui disons "tout homme est mon frère" et qui créons des lieux de rencontre, de travail ensemble, de vie associative. Nous souhaitons que la société soit comme ça mais il faut la bâtir, elle ne nous tombera pas toute cuite dessus ! Ne soyons pas de ceux qui opposent les gens mais de ceux qui fraternisent et qui font des choses concrètes ensemble. C'est dans cette mesure que nous nous estimerons... Lire l'intégralité.

Votre demande a bien été prise en compte.
Nous vous remercions de votre intérêt.