Lu dans la presse
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Publié le 6 Novembre 2012

Texte de l’intervention de Samuel Sandler - Cérémonie d’hommage aux victimes de l’attentat du 19 mars 2012

Monsieur le Président de la République

Monsieur le premier Ministre de l’État d’Israël

Mesdames, Messieurs

Chers amis,

 

En France, le dernier dimanche d’avril, est célébrée la journée nationale de la déportation. À cette occasion, je prends la parole à la synagogue de Versailles en présence des plus hautes autorités civiles, militaires et religieuses de la région. 

Je rappelle ce qui s’est passé à Louveciennes le 22 juillet 1944.

 

Louveciennes est une ville de la banlieue de Versailles, constituée principalement de grandes demeures bourgeoises. L’une d’entre elles abritait des jeunes filles juives dont les parents étaient déportés.

 

22 Juillet 1944, les armées alliées ont débarqué en Normandie depuis le 6 juin, et elles sont à une cinquantaine de kilomètres de Louveciennes.

 

En ce matin du 22 juillet 1944, le nazi Alois Brunner vient arrêter, et déporter les 34 jeunes filles âgées entre 7 et 14 ans.

 

Je rappelle chaque année ces faits, pour que l’on se souvienne que la Shoa, ce n’était pas toujours dans la lointaine Pologne, mais aussi dans les environs de Versailles.

 

Les nazis avaient perdu la guerre, mais il fallait continuer à exterminer les Juifs, les enfants juifs.

 

Depuis ma plus tendre enfance, je ne cesse de penser à mon cousin Jeannot, 8 ans, arrêté au Havre en mars 43, déporté à Maidanek avec ses parents et notre grand-mère Pauline. Ma mère ne s’en est jamais remise. Mes parents se sont cachés à Limoges sous une fausse identité pendant la guerre, et ma sœur dans un couvent.

 

En rappelant cela, je croyais aussi, qu’au 21ème siècle, en France, il était impensable que l’on puisse tuer des enfants, des enfants juifs.

 

Hélas, en ce 19 mars 2012  à Toulouse, Gabriel 3 ans, Arié 6 ans, leur petite cousine Myriam, 8 ans, Jonathan le père d’Arie et de Gabriel, mon fils, ont été assassiné, parce qu’ils étaient juifs.

 

La veille de ce drame, le 18 mars à 9 h 30, j’ai eu avec mon fils Jonathan une conversation téléphonique. Nous avons parlé de Pessah (Pâques) et du Seder (la soirée pascale) que nous devions passer ensemble  chez nous à Versailles. Je ne savais pas que c’était la dernière fois que j’entendrai s sa voix.

 

Malheureusement, en ce soir du Seder tant attendu, il n’était plus parmi nous.

 

Durant toute  la soirée, je le voyais et l’entendais, petit enfant, chanter avec joie et entrain le piyout (poème) : Adir Hou.

Je voyais et j’entendais Arié, il y a deux ans à Jérusalem, poser la question Ma Nichtana (quelle est la différence  entre cette nuit et toutes les autres nuits).

 

Jamais je n’entendrai  Gabriel, chanter Ma Nichtana, la main criminelle à fait taire sa voix pour l’éternité.

 

Je ne verrais pas, ni n’entendrais Jonathan et ses deux fils, s’écrier et répéter avec enthousiasme l’antique appel plus que bimillénaire : « L’an prochain à Jérusalem ». Tous les trois sont unis à tout jamais à Givat Shaul, le cimetière de Jérusalem. Mais leur Jérusalem n’est plus celle de ce monde. 

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