Tribune
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Publié le 6 Juin 2014

Au D-Day, un soldat particulier : René de Naurois

Par Richard Prasquier, Président d’Honneur du CRIF

Parmi les 130 000 soldats qui sont le 6 juin 1944 partis à l’assaut sur les plages de Normandie, il n’y eut, on le sait, que 177 Français, des commandos hautement entraînés, sous les ordres du capitaine de corvette Philippe Kieffer, qui ont débarqué au matin devant les Britanniques sur la plage de Coleville, dite «Sword ».20% d’entre eux furent mis hors de combat ce jour-là.

Parmi les héros du commando Kieffer, je voudrais ce jour anniversaire, rappeler la mémoire d’un homme admirable, que j’ai eu le privilège de connaître: il s’agit de l’aumônier du groupe, le père René de Naurois.

Il est mort en 1906, quelques mois avant ses 100 ans, ayant passé en partie ses années d’après-guerre à devenir une autorité ornithologique de réputation internationale, spécialiste des oiseaux de la côte mauritanienne. Cette paisible expertise masque l’extraordinaire énergie de cet homme et la force de son engagement pour la liberté, la démocratie, la résistance et pour le sauvetage des Juifs à qui ce montagnard aguerri faisait passer la frontière des Alpes.

Peu de Français ont connu aussi bien que lui le régime nazi avant la guerre et peu ont autant que lui tenté alors de tirer la sonnette d’alarme: à peine ordonné prêtre, il était devenu aumônier adjoint de la colonie de langue française de Berlin entre 1937 et 1939 ; lors de ses retours en France, il alertait  sur le caractère criminel  et l'antisémitisme du régime nazi ainsi que sur le caractère antichrétien de ce régime. Sa colère était intacte, à 95 ans passés, quand il se rappelait l’indifférence de ses interlocuteurs…

Dans le clergé français, un autre homme, un peu plus âgé, s’était forgé des conclusions identiques par ses expériences en Allemagne et en Autriche avant-guerre: c’était le père Chaillet, jésuite de Lyon, résistant de la première heure et fondateur du Témoignage chrétien. Mais dans la haute hiérarchie, les positions étaient bien moins tranchées: le père de Naurois a eu la chance d’exercer pendant la guerre ses fonctions à Toulouse, dont l’évêque était Mgr Saliège, dont chacun connait le comportement exemplaire.

René de Naurois,  avait donné des cours à l’école de cadres d’Uriage auprès de Hubert Beuve Méry, du père de Lubac et de quelques autres intellectuels, dont l’importance dans le domaine des idées d’après-guerre fut capitale, jusqu’à ce que cette école soit obligée de fermer, une fois que les enseignants avaient fini par comprendre que le maréchal Pétain n’était pas seulement l’icône de Verdun, mais un danger moral pour la France,  René de Naurois, avec l’accord de Mgr Saliège, franchit alors les Pyrénées pour rejoindre de Gaulle et s’engager dans l’action contre le régime nazi.

L'’amitié pour le judaïsme de René de Naurois était profonde, et son indignation envers la Shoah était sans limites. Cet homme qui, sans aucune ostentation, pendant tout un siècle, a continuellement et comme naturellement fait les bons choix, était de ceux qui obligent par leur exemple leurs interlocuteurs à grandir eux-mêmes.

Il était Compagnon de la Libération et Juste des Nations. Sauf erreur de ma part, seul son maître, le cardinal Saliège, a cumulé ces deux décorations prestigieuses .  René de Naurois a défendu ses idées par le verbe, l’action civile de sauvetage des Juifs et la participation au combat. Que sa mémoire soit en bénédiction.

En ce jour du soixante-dixième anniversaire d’un événement exceptionnel, n’oublions pas non plus qu’à Birkenau, ce jour même, le « travail » continuait comme d’habitude depuis que les Juifs hongrois avaient commencé d’arriver, environ 3500 Juifs gazés, nettement plus que le nombre de soldats américains morts à Ohama Beach.

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