Tribune
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Publié le 26 Février 2013

Enderlin-Al-Dura : une histoire française

 

Par Luc Rosenzweig

 

France Télévisions a instrumentalisé la justice pour faire obstacle à la vérité

 

Lundi 16 janvier, devant la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris, se tenait, pour la troisième fois, une audience où Charles Enderlin et France Télévisions demandaient à la justice française de condamner Philippe Karsenty, directeur de Médias-Ratings, un site web de notation des médias, pour diffamation dans l’affaire Al-Dura. Karsenty a mis en cause l’authenticité d’un reportage diffusé dans le JT de France 2, le 30 septembre 2000, dans lequel Charles Enderlin, directeur du bureau de France 2 à Jérusalem, commentait des images filmées à Gaza par le cameraman palestinien Talal Abou Rahma, collaborateur habituel de la chaîne publique française.  Dans le commentaire, Charles Enderlin affirme que ces images montrent la mort d’un enfant, Mohammed Al-Dura, victime de tirs de l’armée israélienne alors que son père, Jamal aurait, lui, été grièvement blessé.

 

Cette nouvelle audience devant la Cour d’appel de Paris faisait suite à l’annulation, par la Cour de cassation, de l’arrêt de cette même Cour d’appel, laquelle, en mai 2008, avait relaxé Philippe Karsenty du chef de diffamation, infirmant ainsi un premier jugement prononcé en sa défaveur par le tribunal de grande instance de Paris.

 

Quoique parfaitement fondé en droit, le motif de la cassation est pour le moins étonnant pour ceux qui se soucient de l’établissement de la vérité dans cette interminable affaire. La Cour a en effet considéré que l’arrêt de la présidente de la Cour d’appel ordonnant à France Télévisions de mettre à la disposition de la Cour les « rushes » (les images tournées, mais non diffusées) du reportage contesté était en contradiction avec les procédures judiciaires en matière de diffamation. Il appartient en effet au prévenu, et à lui seul d’apporter à la justice les preuves et documents pouvant attester de sa bonne foi et de la véracité des accusations portées.

 

C’est pourtant cette divulgation publique qui permit, dans les mois qui suivirent, d’établir « beyond reasonable doubt » comme diraient les Américains, que ce reportage était une supercherie, voire une mise en scène pure et simple. C’est pourquoi, au cœur de ce deuxième procès en appel, Charles Enderlin et France 2 n’ont pas plaidé sur la véracité des faits rapportés, mais sur le fait que Philippe Karsenty, au moment où, en novembre 2004, il portait de graves accusations contre France 2, Charles Enderlin et Arlette Chabot, directrice de l’information de la chaîne publique, ne répondait pas aux critères pouvant excuser la diffamation, notamment en matière d’enquête sérieuse et de prudence dans la formulation.  Comme ces subtilités sont difficilement perceptibles par le grand public, une condamnation définitive de Karsenty permettrait à Enderlin et à France 2 de clamer que l’affaire est close, et que la vérité  des faussaires  est devenue vérité judiciaire. Il n’en est évidemment rien, et c’est avec une parfaite placidité que je peux, aujourd’hui, réaffirmer que Charles Enderlin et France 2 se sont rendus complices d’un bidonnage éhonté commis par leur cameraman de Gaza, dont les conséquences furent dramatiques1. Je suis certain que France 2 ne poursuivra plus aucun de ceux qui partagent ce point de vue, comme la documentariste allemande Esther Schapira, le philosophe Pierre-André Taguieff2 ou tous ceux qui s’apprêtent à publier de nouveaux ouvrages ou à réaliser de nouveaux documentaires sur la question. Car l’affaire a tellement évolué, grâce notamment à la persévérance de Philippe Karsenty, que désormais tout procès en diffamation serait perdu par la chaîne publique. C’est pourquoi, pour les faussaires et leurs complices, il est essentiel d’obtenir, le 3 avril, un arrêt de la Cour d’appel en leur faveur. Cela leur permettra de continuer à s’appuyer sur la justice française pour empêcher l’émergence, en France, d’une vérité déjà largement admise dans d’autres pays, notamment en Israël, aux États-Unis et en Allemagne.

 

Pour avoir été, depuis mai 2004, partie prenante du débat sur ce sujet, j’ai pu observer comment Charles Enderlin et France 2 ont mis toute leur énergie à empêcher la vérité de surgir en instrumentalisant sans vergogne la justice française...

 

 

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