Tribune
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Publié le 4 Juillet 2012

Golfe persique, détroit d'Ormuz et nouvelles sanctions contre l'Iran

Par Hélène Keller-Lind

 

L'Iran se livre à des exercices militaires de grande ampleur, nom de code « Le grand prophète 7 ». Les États-Unis renforcent leur présence militaire dans le Golfe persique, protégeant le détroit d'Ormuz menacé de fermeture par l'Iran en réponse aux nouvelles sanctions mises en place pour tenter d'amener la République islamique à respecter ses engagements internationaux. L'Union européenne interdit l'importation de brut iranien. La Chine en réduit considérablement l'importation. Le tout sur fond de blocage des négociations entre le G5 + 1 et l'Iran et de la permanence d'un discours iranien violemment anti-israélien et antisémite.

Le temps des paroles serait-il terminé ?

 

« Des drones du Corps des Gardes de la Révolution islamique ont détruit sept bases appartenant à des forces extérieures installées dans le désert de Lout, dans une province au centre de l'Iran au cours des exercices « Le Grand Prophète 7 » nous apprend le 3 juillet l'agence de presse iranienne IRNA http://irna.ir/News/Politic/IRGC-bombers-destroy-seven-hypothetical-bases-during-new-drills/80211911 dans le cadre de ce même exercice « une pluie de missiles Shahab de différentes portées lancés depuis diverses bases en Iran s'est abattue sur la cible qui est une réplique d'une base ennemie, avec une précision de 100 % » renchérit l'agence Fars News.Réplique située dans le désert  de Kavit au centre du pays. Et s'il y avait le moindre doute, l'agence précise : « bien que l'Iran fasse régulièrement des exercices militaires, ceux-ci semblent souligner la menace qu'a faite l'Iran de frapper les bases militaires dans les pays voisins – Afghanistan, Bahreïn, Koweït et Arabie Saoudite – s'il est attaqué par Israël ou les États-Unis. Tel-Aviv et Washington menacent depuis longtemps d'attaquer l'Iran ». http://english.farsnews.com/newstext.php?nn=9103084802

 

Le même jour ont apprend que les États-Unis ont renforcé sans effet de manches leur présence militaire dans le Golfe persique, protégeant le détroit d'Ormuz [ point de passage maritime essentiel ]menacé de fermeture par l'Iran en réponse aux nouvelles sanctions mises en place le 1er juillet à la fois par les États-Unis et l'Union européenne, mais aussi par la Chine qui a annoncé qu'elle réduit ses importations de brut iranien. Manœuvre bien évidemment destinée à rassurer également Israël qui se trouve en première ligne face à la République islamique dont le Président a clairement dit, à mainte reprise, que cet État devait être « rayé de la carte »...Une situation qui n'est pas sans risques souligne le New York Times http://www.nytimes.com/2012/07/03/world/middleeast/us-adds-forces-in-persian-gulf-a-signal-to-iran.html?_r=1&nl=todaysheadlines&emc=edit_th_20120703

 

On avait eu jusqu'ici plusieurs tentatives de négociations entre le G5 + 1 – pays du Conseil de Sécurité + l'Allemagne – à Istanbul, Bagdad ou Moscou. Ce qui semble n'avoir été que de vaines paroles...On a aujourd'hui un discours plus musclé qui se tient par forces armées interposées, mais aussi un durcissement de sanctions qui n'ont pas été sans effet.

 

Un point de la situation concernant la double approche diplomatique et sanctions avec la Maison-Blanche

 

Dans une longue téléconférence du 28 juin, divers responsables américains de haut niveau ont dressé un point complet de la situation iranienne, http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2012/06/28/background-press-briefing-teleconference-iran-sanctions se bornant à évoquer les sanctions et le manque de progrès dans les négociations jusqu'ici sans faire allusion toutefois à ce déploiement militaire. Cette téléconférence a été organisée par la Maison-Blanche à l'occasion de ce qui était qualifié « de deux étapes importantes dans l'effort international fait pour exercer des pressions sur l'Iran pour que ce pays se conforme à ses obligations internationales quant à son programme nucléaire ».

 

A partir de cette date, « tout établissement financier basé dans une économie qui n'a pas été exemptée de nos sanctions et conduit sciemment une transaction importante avec la Banque centrale d'Iran pour la vente ou l'achat de pétrole ou de produits pétroliers à l'Iran ou en provenance d'Iran, sera soumis à des sanctions des États-Unis ».

 

La Chine et Singapour qui ont réduit considérablement leurs importations de brut iranien font partie des pays bénéficiant d'une telle exemption pour les 180jours à venir, rappelait  la porte-parole Erin Pelton, citant une déclaration du Secrétaire d’État Hillary Clinton. La porte-parole soulignant par ailleurs l'attitude positive de la Chine en la matière, Chine qui a voté quatre trains de sanctions contre l'Iran au Conseil de Sécurité et « soutient notre double approche mêlant diplomatie et  pressions ». Ce qui entre dans la stratégie américaine de construire « une coalition internationale ».

 

Erin Pelton notait par ailleurs que les sanctions existant déjà ont eu « un effet significatif sur le gouvernement et l'économie iranienne » qui perd avec ces exportations de brut « des milliards de dollars ». Pour éviter une hausse du prix du pétrole, les États-Unis travaillent avec d'autres fournisseurs pour qu'ils augmentent leur production. Erin Pelton mentionnait également l'impact qu'aurait la mise en place de l'interdiction d'importation de brut iranien par l'Union européenne pour le 1er juillet. Un ensemble de mesures représentant un coût de plus en lus élevé pour l'Iran dont ce serait l'intérêt, dit-elle de « respecter ses obligations internationales », ce qui a été possible dans les négociations G 5+1, mais n'a pas encore été fait.

 

L'un des responsables restés anonymes prenant part à cette téléconférence chiffrait les pertes financières de l'Iran dues à ces réductions d'exportation de brut à « 8 milliards de dollars au moins par trimestre ». Il cite d'autres sanctions qui ont un énorme effet, à savoir contre les investissements et fournitures de matériel dans le développement de l'industrie du pétrole et du gaz. Les grandes entreprises japonaises et européennes dans le domaine de l'énergie s'étant retirées du marché iranien. Effet des sanctions également sur les transports iraniens, Iran Air étant fortement touché, par exemple, ou des compagnies maritimes de transport qui ne sont plus assurées.

 

Autre résultat : « l'inflation iranienne est de bien plus de 20 %. La monnaie iranienne, le rial, a perdu 40 % environ de sa valeur depuis novembre 2011. Le chômage augmente ».

 

Un second responsable précisait que « 24 grandes banques iraniennes sont désormais coupées en grande partie du système financier international, ce qui rend toute transaction commerciale extrêmement difficile ». Mesures renforcées avec le nouveau train de sanctions prenant effet début juillet.  « Il sera [donc] très difficile pour l'Iran de financer son commerce. Il sera de plus en plus difficile pour l'Iran d'avoir accès à ses réserves à l'étranger et de gérer son économie ».

 

Au cours de la session de questions-réponses ayant suivi cette conférence le même constat a été redit : soit l'Iran se conforme à ses obligations internationales et le montre lors des négociations en cours, soit les sanctions mises en place par une large coalition internationale et qui ont un effet indéniable sur l'économie iranienne se feront plus mordantes.

 

Une incitation à la haine d'Israël continue en Iran

 

Pendant ce temps le régime des ayatollahs attaque Israël et les Juifs quotidiennement. La lecture des agences de presse et médias iraniens en donne un aperçu. On y parle de divers complots sionistes, les condamnations de la Syrie seraient motivées par son opposition à Israël, les Palestiniens vivraient dans des conditions effroyables, les Juifs détiendraient le trafic de drogue dans le monde comme le leur aurait enseigné le Talmud pour détruire les non-Juifs http://www.desinfos.com/spip.php?page=article&id_article=31727 , etc. Le Hamas ou le Hezbollah sont encensés. Autre mouvement terroriste, le FPLP, est reçu à bras ouverts à Téhéran http://www.desinfos.com/spip.php?page=article&id_article=31490 Etc. La « fin du régime sioniste », considérée comme imminente est évoquée avec satisfaction...Le tout dénotant une obsession aux allures inquiétantes...

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