Tribune
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Publié le 24 Juillet 2014

Juifs de France : la tentation du grand départ

Par Pascal Airault, Irène Inchauspé et Charles Sapin, publié dans l’Opinion le 22 juillet 2014

Après les débordements de Paris et Sarcelles, la communauté juive vit dans l’angoisse des agressions physiques et des attaques de ses commerces et de ses lieux de culte

« Sarcelles, c’est un symbole très fort dans la communauté juive de France, à tel point qu’elle était surnommée “la petite Jérusalem”, raconte Avi Zana, directeur de l’institution israélienne chargée de l’accueil des immigrants AMI (aliya et meilleure intégration) dans la ville sainte. 

Depuis les incidents de dimanche, j’ai beaucoup d’appels de France, les gens se disent qu’il n’y a plus de limites et que tout peut arriver. » L’Agence juive s’attend à 5 000 départs de Juifs de France vers Israël en 2014, contre un peu plus de 3 000 l’an dernier. « Ca paraît encore peu, ajoute Avi Zana, mais c’est la première fois que l’on voit cela depuis la guerre des Six jours en 1967, et si l’on rapporte ce chiffre non pas aux 550 000 membres de cette communauté dans l’Hexagone mais à son cœur actif, c’est beaucoup ».

Dans telle famille juive de Sarcelles, trois sœurs ont récemment abordé le sujet. La plus religieuse part en Israël en fin de semaine pour trouver un appartement. « Ma sœur et son mari réfléchissent déjà depuis quelque temps à faire leur aliya (N.D.L.R. : l’acte d’immigration en Israël), explique Valérie, la cadette. Les derniers événements ne font que renforcer leur conviction. Mon autre sœur et moi avons peur pour notre famille mais nous ne sommes pas prêts à émigrer en Israël. Si la situation persiste, on réfléchira à partir mais plutôt aux Etats-Unis ou Canada ». Hors Israël, ces deux pays accueillent les deux plus importantes communautés juives du monde ; la France occupant le troisième rang.

Dans l’Hexagone, cela fait plus de dix ans que la communauté juive est entrée dans une phase de doute et questionnement, après la deuxième Intifada qui s’est accompagnée d’une multiplication des actes antisémites en France. Plus récemment, il y a eu le meurtre d’Ilan Halimi en 2006, le massacre de Toulouse par Mohamed Merah en 2012, celui de Bruxelles par le djihadiste revenu de Syrie Mehdi Nemmouche en mai 2014. Parallèlement, de nombreux « incidents » antijuifs sont à déplorer, des profanations de synagogues ou de cimetières aux attaques physiques : le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) en a recensé 423 en 2013, après 614 en 2012. Et cela sur fond de libération de la parole antisémite, illustrée par les spectacles de l’humoriste Dieudonné ou encore sur les réseaux sociaux.

Au-delà des faits, il y a aussi leur perception : selon un sondage réalisé en novembre 2013 par l’Agence des droits fondamentaux de l’UE auprès de la population juive européenne, c’est en Hongrie, en Belgique et en France que celle-ci se sent la plus menacée. La peur atteint son paroxysme même si beaucoup considèrent que le gouvernement de Manuel Valls agit avec vigueur contre l’antisémitisme au contraire de Lionel Jospin, qui, en 2002, avait donné l’impression de ne pas prendre ces alarmes au sérieux. « Dans cette période de peur, beaucoup de Juifs s’intéressent à la question du retour, se rendent à l’Agence juive pour discuter et y retirer des dossiers. Ce qui ne veut pas dire qu’ils les rempliront », nuance Marc Knobel, historien et directeur des études au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).

Un choix plus économique que militant. La volonté de départ tient à de multiples raisons, au-delà de la simple question sécuritaire. Certains quittent la France pour des études ou des opportunités professionnelles plus alléchantes, d’autres pour se rapprocher de leurs familles ou réaliser leurs convictions religieuses. En début d’année, le gouvernement Netanyahou a présenté un plan visant à encourager l’aliya des Juifs Français. Cette initiative prévoit d’accueillir 42 000 d’entre eux d’ici à 2017… Lire la suite.

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