Tribune
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Publié le 19 Mars 2015

L'appel au dialogue entre Juifs et musulmans après les attentats de Mohamed Merah

« Il est nécessaire que les futurs Imams et Rabbins se rencontrent, étudient ensemble et apprennent à se respecter »

Par Marc Knobel, Historien, Directeur des Etudes au CRIF, publié dans le Huffington Post le 19 mars 2015
Le 11 mars 2012, à Toulouse, le Maréchal des logis-chef Imad Ibn Ziaten, 30 ans, gare sa moto sur une esplanade. Un homme arrive en scooter et s'arrête à sa hauteur. Sortant une arme à feu de sa poche, il tire. Ibn-Ziaten est abattu froidement. Le jeudi 15 mars, à Montauban, le soldat de première classe Mohamed Farah Chamse-Dine Legouad, 24 ans, retire de l'argent dans un distributeur. Il est accompagné par deux camarades. Un homme à scooter, casqué et vêtu de noir ralentit, s'approche des militaires par derrière et ouvre le feu. Il abat Mohamed Legouad et son ami Abel Chennouf.
Quant à Loïc Liber, il est touché à la moelle épinière. Enfin, c'est à Toulouse, que le lundi 19 mars, peu avant 8 h 30 du matin, à l'heure où les élèves de l'école Ozar Hatorah s'apprêtent à entrer en cours, que l'homme casqué gare son scooter. Il s'avance d'un pas tranquille, sort une arme et ouvre le feu sur un groupe de personnes massées devant l'établissement. Un professeur de religion du collège, Jonathan Sandler, 30 ans, est atteint au ventre. Il s'écroule au pied de son fils Arieh, 5 ans, mortellement touché lui aussi.
Le tueur fait quelques pas dans la cour, ouvre le feu à nouveau. La fille du directeur de l'école, Myriam Monsonego, 7 ans, tente de s'échapper. Elle ne fait que quelques foulées, avant d'être atteinte d'une balle dans le dos. Le tueur tire alors sur le petit Gabriel Sandler, 4 ans. Puis, il revient vers Myriam, l'empoigne férocement par les cheveux et l'achève d'une balle dans la tête, avant de prendre la fuite sur son deux-roues. Un autre adolescent est grièvement blessé. Les enfants crient dans tous les sens.
C'est l'horreur
Nous le voyons ici, le symbole républicain et national est visé à travers des militaires, mais le terroriste vise également des Juifs (un adulte, trois enfants) et... des Musulmans (deux des militaires sont de religion musulmane). Face à ces attentats, les autorités religieuses et philosophiques se sont exprimées sur le drame de Toulouse, en France et à l'étranger.
Tour d'horizon des principales interventions de responsables Musulmans et juifs, qui souhaitent faire front commun. Mais, des divergences apparaissent.
Invité le 1er avril 2012 de TV5 Monde-RFI-Le Monde, Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France, appelle les Musulmans à manifester massivement pour dénoncer l'islamisme radical dont se réclame Mohamed Merah: « Je souhaite une très grande manifestation avec des milliers et des milliers de musulmans modérés c'est-à-dire de Français de confession musulmane, auxquels s'associeraient de nombreux Français et la communauté juive pour dire 'Ce n'est pas possible, ce n'est plus possible'. Le consensus de sérénité et de paix ne doit pas être [seulement] politique, mais français et religieux. Juifs et musulmans doivent afficher leurs valeurs communes et leurs différences. » Sur le même plateau, Mohammed Moussaoui réagit. Le Président du CFCM (Conseil français du culte musulman), dit craindre « un risque d'instrumentalisation politique de ce type de manifestation ».
Il explique ensuite que le CFCM n'est pas en mesure d'organiser une manifestation de cette nature, de mobiliser les Musulmans, les organisations musulmanes étant divisées. À plusieurs reprises, il insiste sur le fait que "l'islam français n'est pas assez organisé". « Le CFCM est en pleine restructuration. En terme de projet éducatif et d'encadrement, on est loin d'avoir les outils suffisants ». La réforme annoncée pour ce printemps a échoué et l'institution n'est pas parvenue à réintégrer à son fonctionnement la plupart de ces membres historiques, dont l'Union des organisations islamiques de France (UOIF).
Gilles Bernheim répond. Il est nécessaire que les futurs imams et rabbins se rencontrent, étudient ensemble et apprennent à se respecter: « Il [faut] que les religions sachent faire le ménage quand elles ont besoin de le faire au sein de leur propre communauté. » Le prochain Président de la République devra « faire en en sorte d'assurer un avenir meilleur pour l'ensemble des citoyens sans référence à leurs convictions religieuses », selon Moussaoui. Et Bernheim de renchérir: « [Il devra agir] dans un esprit de justice, d'équité, de probité; il y a dans les religions des richesses pour la France. »
Ce dialogue passionnant, complexe -à l'image des relations qu'entretiennent Juifs et musulmans-, fait quelquefois d'une certaine méfiance, mais aussi d'attentes -et elles sont nombreuses-, reflète la réalité. Les Musulmans souffrent d'être amalgamés à des terroristes fous ce que l'on peut bien évidemment comprendre, tandis que les Juifs se demandent comment faire passer un message capable de toucher et de pacifier toutes les composantes de l'islam à la française. Car, les Juifs n'attendent pas seulement une condamnation de principe, mais bien une prise de conscience, nécessaire à l'instauration, selon eux, de rencontres sereines, d'un dialogue constant.
Et chez les Musulmans? La consternation est palpable. « Tous les Musulmans de France condamnent ces actes. Tuer des enfants, des personnes innocentes, n'a rien à voir avec l'islam. C'est l'acte d'une personne seule qui ne connaît pas notre religion, n'en a pas reçu les enseignements. L'islam, c'est la paix », réagit l'imam de Toulon Mustapha El Ouammou. « Il m'arrive d'avoir des discussions avec ce genre de jeunes gens. Souvent, ils sont têtus. Ils ne sont musulmans que depuis six mois et ils veulent vous expliquer les hadiths, les paroles de Dieu, dont l'étude constitue, à elle seule, la spécialité de savants. Ils portent la barbe, le chachia et le kamis, mais ce sont des coffres vides ».
Interviewé sur le site libéral Atlantico.fr, le vice-Président du Conseil français du Culte Musulman précise: « Je réfute toute instrumentalisation du mot 'musulman'. Nous sommes des Musulmans pas des 'musulmans modérés'. Le musulman est celui qui pratique une foi qui suit les textes sacrés du Coran. A ce titre-là, lorsque quelqu'un effectue la moindre violence au nom de l'Islam, je considère que ce n'est pas un musulman qui agit de la sorte: c'est un criminel, un assassin, un terroriste ».
Même son de cloche chez l'imam de Bordeaux, Tareq Oubrou: « Je suis quasiment certain que le jeune de Toulouse ne savait pas lire le Coran en arabe. On connaît les profils violents et fragiles dans nos mosquées, des profils qui frôlent les cas psychiatriques, des jeunes qui passent de la délinquance à l'ultra-religiosité. Malheureusement, le discours de certains religieux, notamment sur Internet, embarquent des Musulmans dans un rapport de force avec la société. Des discours de lamentation rejettent le malheur des Musulmans sur les autres et donnent matière à violence. Le texte devient prétexte. Face à cela notre seule réponse est la parole, les sermons, les appels à la spiritualité et à l'humanité. Mais, pour ces jeunes, nous ne sommes pas crédibles; ils préfèrent les discours de haine ou de stigmatisation » (La Vie, 22 mars 2012)… Lire l’intégralité.
 

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