Tribune
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Publié le 8 Février 2012

Le Front national et le CRIF : ce qui les sépare

Le CRIF n’invite pas Marine Le Pen à son dîner annuel. Doit-il continuer à appliquer cette règle de conduite ou considérer que Marine Le Pen a normalisé sa formation politique et que dès lors, le dialogue avec elle devient possible ? Que Marine Le Pen ne soit pas antisémite me semble certain. Cependant le CRIF ne doit pas définir ses choix par rapport à cette seule question. Organisation française et citoyenne, il doit se prononcer sur l’ensemble du programme du parti.

Voici la raison la plus évidente qui rend impossible sa présence à ce dîner : en janvier 2011 la présidente du FN a déclaré qu’elle refuserait de s’y rendre si elle y était conviée. En outre selon elle, cette soirée serait une sorte de mise en demeure solennelle de nos gouvernants pour qu’ils se conforment à la politique étrangère que souhaite le CRIF. Le gouvernement s’y déplacerait « pour recevoir des leçons » dans ce domaine. Tant que la culture de l’histoire occulte et du complot n’auront pas disparu de l’horizon frontiste, le CRIF n’est pas obligé d’être masochiste au point d’accueillir ceux qui lui prêtent, comme souvent à l’extrême- droite, un rôle de tireur de ficelles de la vie politique. Enfin il n’y a pas de compromis possible sur des questions essentielles pour tous les juifs : la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans la déportation et l’extermination ; les subventions publiques aux associations communautaires et l’abattage rituel que le FN veulent supprimer ; la volonté du parti d’inscrire dans notre Constitution que « La République ne reconnaît aucune communauté ». C’est un déni de réalité car dans la République une et indivisible, la communauté juive (entre autres) existe et veut continuer à exister.

 

On objectera que le FN reconnaît le droit à l’existence d’Israël et s’oppose à l’islamisme, qu’il serait sinon un allié possible des juifs, du moins un interlocuteur pas plus infréquentable que les formations prônant le boycott d’Israël. Argument irrecevable : le CRIF n’invite plus les partis de la gauche radicale qui critiquent, caricaturent et boycottent l’Etat hébreu. Quant à la question de l’islam, il n’est pas nécessaire de stigmatiser une religion pour lutter efficacement contre le terrorisme et les fondamentalistes. Sur ce terrain la droite républicaine a fait son travail.

 

Le dîner du CRIF n’est pas un événement communautariste : c’est une rencontre entre des Français se réclamant des diverses options du judaïsme et leurs représentants. En conséquence le CRIF doit déterminer si les options fondamentales du FN sont conciliables avec celles qu’il défend. Ma réponse est « non », sur deux points non négociables : la préférence nationale (qui serait opposable à tous les étrangers) et la suppression du droit du sol. J’ajoute à titre personnel, la volonté absurde, partagée par une certaine gauche, d’imposer l’assimilation et non l’intégration, donc le modèle du citoyen désincarné, d’une France éradicatrice des différences culturelles. Bref, le modèle égalitariste au lieu de l’égalité.

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